Scène III.
ROXANE, ATALIDE, ZATIME.
ROXANE.
Madame, j’ai reçu des lettres de l’armée.
De tout ce qui s’y passe êtes-vous informée ?
ATALIDE.
On m’a dit que du camp un esclave est venu :
Le reste est un secret qui ne m’est pas connu.
ROXANE.
Amurat est heureux : la fortune est changée,
Madame, et sous ses lois Babylone est rangée.
ATALIDE.
ROXANE.
Eh quoi, madame ! Osmin… Était mal averti ;
Et depuis son départ cet esclave est parti.
C’en est fait.
ATALIDE, à part.
C’en est fait. Quel revers !
ROXANE.
C’en est fait. Quel revers ! Pour comble de disgrâce,
Le sultan, qui l’envoie, est parti sur ses traces.
ATALIDE.
Quoi ! les Persans armés ne l’arrêtent donc pas ?
ROXANE.
Non, madame, vers nous il revient à grands pas.
ATALIDE.
Que je vous plains, madame ! et qu’il est nécessaire
D’achever promptement ce que vous vouliez faire !
ROXANE.
Il est tard de vouloir s’opposer au vainqueur.
ATALIDE, à part.
ROXANE.
Ô ciel ! Le temps n’a point adouci sa rigueur.
Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.
ATALIDE.
ROXANE.
Et que vous mande-t-il ? Voyez : lisez vous-même.
Vous connaissez, madame, et la lettre et le seing.
ATALIDE.
Du cruel Amurat je reconnais la main.
(elle lit.)
« Avant que Babylone éprouvât ma puissance,
« Je vous ai fait porter mes ordres absolus :
« Je ne veux point douter de votre obéissance,
« Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus.
« Je laisse sous mes lois Babylone asservie,
« Et confirme en partant mon ordre souverain.
« Vous, si vous avez soin de votre propre vie,
« Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »
ROXANE.
ATALIDE, à part.
Eh bien ? Cache tes pleurs, malheureuse Atalide !
ROXANE.
ATALIDE.
Que vous semble ? Il poursuit son dessein parricide.
Mais il pense proscrire un prince sans appui :
Il ne sait pas l’amour qui vous parle pour lui ;
Que vous et Bajazet vous ne faites qu’une âme ;
Que plutôt, s’il le faut, vous mourrez…
ROXANE.
Que plutôt, s’il le faut, vous mourrez… Moi, madame !
Je voudrais le sauver, je ne le puis haïr ;
Mais…
ATALIDE.
Mais… Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ?
ROXANE.
Mais… Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ? D’obéir.
ATALIDE.
ROXANE.
D’obéir ! Et que faire en ce péril extrême ?
Il le faut.
ATALIDE.
Il le faut. Quoi ! ce prince aimable… qui vous aime…
Verra finir ses jours qu’il vous a destinés !
ROXANE.
Il le faut ; et déjà mes ordres sont donnés.
ATALIDE.
ZATIME.
Je me meurs. Elle tombe, et ne vit plus qu’à peine.
ROXANE.
Allez, conduisez-la dans la chambre prochaine ;
Mais au moins observez ses regards, ses discours,
Tout ce qui convaincra leurs perfides amours.
Scène III.
ROXANE, ATALIDE, ZATIME.
ROXANE.
Madame, j’ai reçu des lettres de l’armée.
De tout ce qui s’y passe êtes-vous informée ?
ATALIDE.
On m’a dit que du camp un esclave est venu :
Le reste est un secret qui ne m’est pas connu.
ROXANE.
Amurat est heureux : la fortune est changée,
Madame, et sous ses lois Babylone est rangée.
ATALIDE.
ROXANE.
Eh quoi, madame ! Osmin… Était mal averti ;
Et depuis son départ cet esclave est parti.
C’en est fait.
ATALIDE, à part.
C’en est fait. Quel revers !
ROXANE.
C’en est fait. Quel revers ! Pour comble de disgrâce,
Le sultan, qui l’envoie, est parti sur ses traces.
ATALIDE.
Quoi ! les Persans armés ne l’arrêtent donc pas ?
ROXANE.
Non, madame, vers nous il revient à grands pas.
ATALIDE.
Que je vous plains, madame ! et qu’il est nécessaire
D’achever promptement ce que vous vouliez faire !
ROXANE.
Il est tard de vouloir s’opposer au vainqueur.
ATALIDE, à part.
ROXANE.
Ô ciel ! Le temps n’a point adouci sa rigueur.
Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.
ATALIDE.
ROXANE.
Et que vous mande-t-il ? Voyez : lisez vous-même.
Vous connaissez, madame, et la lettre et le seing.
ATALIDE.
Du cruel Amurat je reconnais la main.
(elle lit.)
« Avant que Babylone éprouvât ma puissance,
« Je vous ai fait porter mes ordres absolus :
« Je ne veux point douter de votre obéissance,
« Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus.
« Je laisse sous mes lois Babylone asservie,
« Et confirme en partant mon ordre souverain.
« Vous, si vous avez soin de votre propre vie,
« Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »
ROXANE.
ATALIDE, à part.
Eh bien ? Cache tes pleurs, malheureuse Atalide !
ROXANE.
ATALIDE.
Que vous semble ? Il poursuit son dessein parricide.
Mais il pense proscrire un prince sans appui :
Il ne sait pas l’amour qui vous parle pour lui ;
Que vous et Bajazet vous ne faites qu’une âme ;
Que plutôt, s’il le faut, vous mourrez…
ROXANE.
Que plutôt, s’il le faut, vous mourrez… Moi, madame !
Je voudrais le sauver, je ne le puis haïr ;
Mais…
ATALIDE.
Mais… Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ?
ROXANE.
Mais… Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ? D’obéir.
ATALIDE.
ROXANE.
D’obéir ! Et que faire en ce péril extrême ?
Il le faut.
ATALIDE.
Il le faut. Quoi ! ce prince aimable… qui vous aime…
Verra finir ses jours qu’il vous a destinés !
ROXANE.
Il le faut ; et déjà mes ordres sont donnés.
ATALIDE.
ZATIME.
Je me meurs. Elle tombe, et ne vit plus qu’à peine.
ROXANE.
Allez, conduisez-la dans la chambre prochaine ;
Mais au moins observez ses regards, ses discours,
Tout ce qui convaincra leurs perfides amours.