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Bérénice (éditions Didot, 1854)Chapitre 15 / 29

Scène IV.

ANTIOCHUS, ARSACE.
ANTIOCHUS.

Ne me trompé-je point ? l’ai-je bien entendue ?
Que je me garde, moi, de paraître à sa vue !
Je m’en garderai bien. Et ne partais-je pas,
Si Titus, malgré moi, n’eût arrêté mes pas ?
Sans doute il faut partir. Continuons, Arsace ;
Elle croit m’affliger : sa haine me fait grâce.
Tu me voyais tantôt inquiet, égaré ;
Je partais amoureux, jaloux, désespéré ;
Et maintenant, Arsace, après cette défense,
Je partirai peut-être avec indifférence.

ARSACE.

Moins que jamais, seigneur, il faut vous éloigner.

ANTIOCHUS.

Moi ! je demeurerai pour me voir dédaigner ?
Des froideurs de Titus je serai responsable ?
Je me verrai punir parce qu’il est coupable ?
Avec quelle injustice et quelle indignité
Elle doute à mes yeux de ma sincérité !
Titus l’aime, dit-elle, et moi je l’ai trahie.
L’ingrate ! m’accuser de cette perfidie !
Et dans quel temps encor ? dans le moment fatal
Que j’étale à ses yeux les pleurs de mon rival,
Que, pour la consoler, je le faisais paraître
Amoureux et constant, plus qu’il ne l’est peut-être.

ARSACE.

Et de quel soin, seigneur, vous allez vous troubler ?
Laissez à ce torrent le temps de s’écouler :
Dans huit jours, dans un mois, n’importe, il faut qu’il passe.
Demeurez seulement.

ANTIOCHUS.

Demeurez seulement. Non, je la quitte, Arsace.
Je sens qu’à sa douleur je pourrais compatir :
Ma gloire, mon repos, tout m’excite à partir.
Allons ; et de si loin évitons la cruelle,
Que de longtemps, Arsace, on ne nous parle d’elle.
Toutefois il nous reste encore assez de jour :
Je vais dans mon palais attendre ton retour.
Va voir si sa douleur ne l’a point trop saisie.
Cours ; et partons du moins assurés de sa vie.