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Bérénice (éditions Didot, 1854)Chapitre 24 / 29

Scène II.

ANTIOCHUS, ARSACE.
ARSACE.

Ah ! quel heureux destin en ces lieux vous renvoie,
Seigneur ?

ANTIOCHUS.

Seigneur ? Si mon retour t’apporte quelque joie,
Arsace, rends-en grâce à mon seul désespoir.

ARSACE.

La reine part, seigneur.

ANTIOCHUS.

La reine part, seigneur. Elle part ?

ARSACE.

La reine part, seigneur. Elle part ? Dès ce soir :
Ses ordres sont donnés. Elle s’est offensée
Que Titus à ses pleurs l’ait si longtemps laissée.
Un généreux dépit succède à sa fureur :
Bérénice renonce à Rome, à l’empereur ;
Et même veut partir avant que Rome instruite
Puisse voir son désordre et jouir de sa fuite.
Elle écrit à César.

ANTIOCHUS.

Elle écrit à César. Ô ciel ! qui l’aurait cru ?
Et Titus ?

ARSACE.

Et Titus ? À ses yeux Titus n’a point paru.
Le peuple avec transport l’arrête et l’environne,
Applaudissant aux noms que le sénat lui donne ;
Et ces noms, ces respects, ces applaudissements,
Deviennent pour Titus autant d’engagements
Qui, le liant, seigneur, d’une honorable chaîne,
Malgré tous ses soupirs et les pleurs de la reine,
Fixent dans son devoir ses vœux irrésolus.
C’en est fait : et peut-être il ne la verra plus.

ANTIOCHUS.

Que de sujets d’espoir, Arsace ! je l’avoue :
Mais d’un soin si cruel la fortune me joue.
J’ai vu tous mes projets tant de fois démentis,
Que j’écoute en tremblant tout ce que tu me dis ;
Et mon cœur, prévenu d’une crainte importune,
Croit, même en espérant, irriter la fortune.
Mais que vois-je ? Titus porte vers nous ses pas !
Que veut-il ?