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Iphigénie en Aulide (Racine), Didot, 1854Chapitre 13 / 38

Scène VII.

ACHILLE, ÉRIPHILE, DORIS.
ACHILLE.

Elle me fuit ! Veillé-je ! ou n’est-ce point un songe ?
Dans quel trouble nouveau cette fuite me plonge !
Madame, je ne sais si sans vous irriter
Achille devant vous pourra se présenter ;
Mais si d’un ennemi vous souffrez la prière,
Si lui-même souvent a plaint sa prisonnière,
Vous savez quel sujet conduit ici leurs pas ?
Vous savez…

ÉRIPHILE.

Vous savez… Quoi ! seigneur, ne le savez-vous pas,
Vous qui, depuis un mois brûlant sur ce rivage,
Avez conclu vous-même et hâté leur voyage ?

ACHILLE.

De ce même rivage absent depuis un mois,
Je le revis hier pour la première fois.

ÉRIPHILE.

Quoi ! lorsque Agamemnon écrivait à Mycène,
Votre amour, votre main n’a pas conduit la sienne ?
Quoi ! vous, qui de sa fille adoriez les attraits…

ACHILLE.

Vous m’en voyez encore épris plus que jamais,
Madame ; et si l’effet eût suivi ma pensée,
Moi-même dans Argos je l’aurais devancée.
Cependant on me fuit. Quel crime ai-je commis ?
Mais je ne vois partout que des yeux ennemis.
Que dis-je ? en ce moment Calchas, Nestor, Ulysse,
De leur vaine éloquence employant l’artifice,
Combattaient mon amour, et semblaient m’annoncer
Que, si j’en crois ma gloire, il faut y renoncer.
Quelle entreprise ici pourrait être formée ?
Suis-je, sans le savoir, la fable de l’armée ?
Entrons : c’est un secret qu’il leur faut arracher.