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Jules César : tragédie en cinq actesChapitre 7 / 18

TOUJOURS A ROME. — UNE AUTRE PARTIE DE LA MÊME RUE DEVANT LA MAISON DE BRUTUS

(Entrent PORTIA et LUCIUS.)

 

PORTIA.

Je t’en prie, garçon, cours au palais du sénat ; ne reste pas à me répondre, mais pars sur-le-champ97 : pourquoi restes-tu ?

LUCIUS.

Pour connaître ma commission, madame.

PORTIA.

Je voudrais que tu y eusses été, et que tu fusses de retour 98 avant que je puisse te dire ce que tu devais y faire.

(A part.)

O constance, sois forte de mon côté ! Place une montagne immense entre mon cœur et ma langue ! J’ai l’âme d’un homme, mais la force d’une femme. Qu’il est difficile pour les femmes de garder le secret ! Es-tu ici encore ?

LUCIUS.

Madame, que devrais-je faire ? Courir au Capitole, et rien autre chose ? Et ainsi revenir vers vous, et rien autre chose ?

PORTIA.

Oui, rapporte-moi la nouvelle, garçon, si ton maître parait bien portant, car il est parti malade ; et prends bonne note de ce que fait César, quels solliciteurs le pressent. Écoute, garçon ! quel est ce bruit ?

LUCIUS.

Je n’en entends pas, madame.

PORTIA.

Je t’en prie, écoute bien : j’ai entendu une rumeur tumultueuse, comme une bataille, et le vent l’apporte du Capitole.

LUCIUS.

En vérité, madame, je n’entends rien.

(entre le devin.)

PORTIA.

Viens ici, individu : de quel côté as-tu été ?

LE DEVIN.

A ma propre maison, bonne dame.

PORTIA.

Quelle heure est-il ?

LE DEVIN.

Environ neuf heures, madame.

PORTIA.

César est-il encore allé au Capitole ?

LE DEVIN.

Madame, pas encore ; je vais prendre ma place, pour le voir passer se rendant au Capitole.

PORTIA.

Tu as quelque requête pour César, n’est-ce pas ?

LE DEVIN.

J’en ai, madame ; s’il plaît à César d’être assez bon pour César que de m’écouter, je le supplierai de se traiter lui-même en ami.

PORTIA.

Eh quoi ! connais-tu quelque mal projeté contre lui ?

LE DEVIN.

Aucun dont je sache l’existence, beaucoup dont j’appréhende la possibilité99. Bonjour à vous. Ici la rue est étroite : la foule de sénateurs, de préteurs, de solliciteurs habituels qui suit César aux talons, écraserait un homme faible presque jusqu’à l’étouffer100. Je me trouverai une place plus déserte, et là je parlerai au grand César quand il passera.

(Il sort.)

PORTIA.

Il faut que je rentre.

(A part.)

Malheur à moi ! quelle faible chose que le cœur d’une femme ! 0 Brutus, que les cieux te favorisent dans ton entreprise ! — Certainement le garçon m’a entendue. — Brutus a une requête que César ne veut pas accorder. Oh ! je m’affaisse : cours, Lucius, et recommande-moi à mon seigneur ; dis que je suis joyeuse, reviens vers moi et rapporte-moi ce qu’il te dira.

(Ils sortent séparément.)

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