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La Confession d’un enfant du siècle (Charpentier, 1888)Chapitre 31 / 39

CHAPITRE V


Un jour, en rentrant au logis, je vis ouverte une petite chambre qu’elle appelait son oratoire ; il n’y avait, en effet, pour tout meuble qu’un prie-Dieu et un petit autel, avec une croix et quelques vases de fleurs. Du reste, les murs et les rideaux, tout était blanc comme la neige. Elle s’y enfermait quelquefois, mais rarement, depuis que je vivais chez elle.

Je me penchai contre la porte, et je vis Brigitte assise à terre au milieu de fleurs qu’elle venait de jeter. Elle tenait une petite couronne qui me parut être d’herbes sèches, et elle la brisait entre ses mains.

— Que faites-vous donc ? lui demandai-je. Elle tressaillit et se leva. — Ce n’est rien, dit-elle, un jouet d’enfant ; c’est une vieille couronne de roses qui s’est fanée dans cet oratoire ; il y a longtemps que je l’y avais mise ; je suis venue pour changer mes fleurs.

Elle parlait d’une voix tremblante et paraissait prête à défaillir. Je me souvins de ce nom de Brigitte-la-Rose, que je lui avais entendu donner. Je lui demandai si par hasard ce n’était pas sa couronne de rosière qu’elle venait de briser ainsi.

— Non, répondit-elle en pâlissant.

— Oui, m’écriai-je, oui, sur ma vie ! Donnez-m’en les morceaux.

Je les ramassai et les posai sur l’autel, puis je restai muet, les yeux fixés sur ce débris.

— N’aurais-je pas raison, dit-elle, si c’était ma couronne, de l’avoir ôtée de ce mur où elle était depuis si longtemps ? À quoi ces ruines sont-elles bonnes ? Brigitte-la-Rose n’est plus de ce monde, pas plus que les roses qui l’ont baptisée.

Elle sortit ; j’entendis un sanglot, et la porte se ferma sur moi ; je tombai à genoux sur la pierre, et je pleurai amèrement.

Lorsque je remontai chez elle, je la trouvai assise à table ; le dîner était prêt, et elle m’attendait. Je pris ma place en silence, et il ne fut pas question de ce que nous avions dans le cœur.