Pendant que le vicaire, l’air égaré, tenait ses discours incohérents, à
l’ombre de la haie dans les prairies basses de Halliford, pendant que
mon frère regardait les fugitifs arriver sans cesse par Westminster
Bridge, les Marsiens avaient repris l’offensive. Autant qu’on peut en
être certain, d’après les récits contradictoires qu’on a avancés, la
plupart, affairés par de nouveaux préparatifs, restèrent auprès des
carrières de Horsell, ce soir-là, jusqu’à neuf heures, pressant quelque
travail et produisant d’immenses nuages de fumée noire.
Mais assurément trois d’entre eux sortirent vers huit heures; ils
s’avancèrent avec lenteur et précaution, traversant Byfleet et Pyrford,
jusqu’à Ripley et Weybridge, et se trouvèrent ainsi contre le couchant
en vue des batteries en alerte. Ils n’avançaient pas ensemble, mais
séparés l’un de l’autre par une distance d’environ un mille et demi. Ils
communiquaient entre eux aux moyen de hurlements semblables à la sirène
des navires, montant et descendant une sorte de gamme.
C’étaient ces hurlements, et la canonnade de Ripley et de St George’s
Hill, que nous avions entendus à Upper Halliford. Les canonniers de
Ripley, artilleurs volontaires et fort novices, qu’on n’aurait jamais dû
placer dans une pareille position, tirèrent une volée désordonnée,
prématurée et inefficace, et se débandèrent, à pied et à cheval, à
travers le village désert; le Marsien enjamba tranquillement leurs
canons, sans se servir de son Rayon Ardent, choisit délicatement ses pas
parmi eux, les dépassa et arriva inopinément sur les batteries de
Painshill Park, qu’il détruisit.
Cependant, les troupes de St George’s Hill étaient mieux conduites ou
avaient plus de courage. Dissimulées derrière un bois de sapins, il
semble que le Marsien ne se soit pas attendu à les trouver là. Ils
pointèrent leurs canons aussi délibérément que s’ils avaient été à la
manœuvre et firent feu à une portée d’environ mille mètres.
Les obus éclatèrent tout autour du Marsien, et on le vit faire quelques
pas encore, chanceler et s’écrouler; tous poussèrent un cri, et avec une
hâte frénétique rechargèrent les pièces. Le Marsien renversé fit
entendre un ululement prolongé; immédiatement, un second géant
étincelant lui répondit et apparut au-dessus des arbres vers le sud. Il
est possible qu’une des jambes du tripode ait été brisée par les obus.
La seconde volée passa au-dessus du Marsien renversé et, simultanément,
ses deux compagnons braquèrent leur Rayon Ardent sur la batterie. Les
caissons sautèrent, les sapins tout autour des pièces prirent feu et un
ou deux artilleurs seulement, protégés dans leur fuite par la crête de
la colline, s’échappèrent.
Après cela, les trois géants durent s’arrêter et tenir conseil; les
éclaireurs qui les épiaient rapportent qu’ils restèrent absolument
stationnaires pendant la demi-heure suivante. Le Marsien qui était à
terre se glissa péniblement hors de son espèce de capuchon, petit être
brun rappelant étrangement, dans la distance, quelque tache de rouille
et se mit apparemment à réparer sa machine. Vers neuf heures, il eut
terminé, car son capuchon reparut par-dessus les arbres.
Quelques minutes après neuf heures, ces trois premiers éclaireurs furent
rejoints par quatre autres Marsiens, qui portaient un gros tube noir.
Chacun des trois autres fut muni d’un tube similaire, et les sept
géants se disposèrent à égales distances en une ligne courbe entre St
George’s Hill, Weybridge, et le village de Send, au sud-ouest de Ripley.
Aussitôt qu’ils se furent mis en mouvement, une douzaine de fusées
montèrent des collines pour avertir les batteries de Ditton et de Esher.
En même temps, quatre des engins de combat, armés de leurs tubes,
traversèrent la rivière, et deux d’entre eux, se détachant en noir
contre le ciel occidental, nous apparurent, tandis que le vicaire et
moi, las et endoloris, nous nous hâtions sur la route qui monte vers le
Nord, au sortir d’Halliford. Ils avançaient nous sembla-t-il, sur un
nuage, car une brume laiteuse couvrait les champs et s’élevait jusqu’au
tiers de leur hauteur.
A cette vue, le vicaire poussa un faible cri rauque et se mit à courir;
mais je savais qu’il était inutile de se sauver devant un Marsien, et,
me jetant de côté, je me glissai entre des buissons de ronces et
d’orties, au fond du grand fossé qui bordait la route. S’étant retourné,
le vicaire m’aperçut et vint me rejoindre.
Les deux Marsiens s’arrêtèrent, le plus proche de nous debout, en face
de Sunbury; le plus éloigné n’étant qu’une tache grise indistincte du
côté de l’étoile du soir, vers Staines.
Les hurlements que poussaient de temps à autre les Marsiens avaient
cessé. Dans le plus grand silence, ils prirent position en une vaste
courbe sur une ligne de douze milles d’étendue. Jamais, depuis
l’invention de la poudre, un commencement de bataille n’avait été aussi
paisible. Pour nous, aussi bien que pour quelqu’un qui, de Ripley,
aurait pu examiner les choses, les Marsiens faisaient l’effet d’être les
maîtres uniques de la nuit ténébreuse, à peine éclairée qu’elle était
par un mince croissant de lune, par les étoiles, les lueurs attardées du
couchant, et les reflets rougeâtres des incendies de St George’s Hill et
des bois en flammes de Painshill.
Mais, faisant partout face à cette ligne d’attaque, à Staines, à
Hounslow, à Ditton, à Esher, à Ockham, derrière les collines et les bois
au sud du fleuve, au nord dans les grasses prairies basses, partout où
un village ou un bouquet d’arbres offrait un suffisant abri, des canons
attendaient. Les fusées-signaux éclatèrent, laissèrent pleuvoir leurs
étincelles à travers la nuit et s’évanouirent, surexcitant d’une
impatience inquiète tous ceux qui servaient ces batteries. Dès que les
Marsiens se seraient avancés jusqu’à portée des bouches à feu,
immédiatement, ces formes noires d’hommes immobiles seraient secouées
par l’ardeur du combat, ces canons, aux reflets sombres dans la nuit
tombante, cracheraient un furieux tonnerre.
Sans doute, la pensée qui préoccupait la plupart de ces cerveaux
vigilants, de même qu’elle était ma seule perplexité, était cette
énigmatique question de savoir ce que les Marsiens comprenaient de nous.
Se rendaient-ils compte que nos millions d’individus étaient organisés,
disciplinés, unis pour la même œuvre? Ou bien, interprétaient-ils ces
jaillissements de flamme, les vols soudains de nos obus,
l’investissement régulier de leur campement, comme nous pourrions
interpréter, dans une ruche d’abeilles dérangée, un furieux et unanime
assaut? (A ce moment personne ne savait quel genre de nourriture il leur
fallait.) Cent questions de ce genre se pressaient en mon esprit, tandis
que je contemplais ce plan de bataille. Au fond de moi-même, j’avais la
sensation rassurante de tout ce qu’il y avait de forces inconnues et
cachées derrière nous, vers Londres. Avait-on préparé des fosses et des
trappes? Les poudrières de Hounslow allaient-elles servir de piège? Les
Londoniens auraient-ils le courage de faire de leur immense province
d’édifices un vaste Moscou en flammes?
Puis, après une interminable attente, nous sembla-t-il, pendant laquelle
nous restâmes blottis dans la haie, un son nous parvint, comme la
détonation éloignée d’un canon. Un autre se fit entendre plus proche,
puis un autre encore. Alors, le Marsien qui se trouvait le plus près de
nous éleva son tube et le déchargea, à la manière d’un canon, avec un
bruit sourd qui fit trembler le sol. Le Marsien qui était près de
Staines lui répondit. Il n’y eut ni flammes ni fumée, rien que cette
lourde détonation.
Ces décharges successives me firent une telle impression qu’oubliant
presque ma sécurité personnelle et mes mains bouillies, je me hissai
par-dessus la haie pour voir ce qui se passait du côté de Sunbury. Au
même moment, une seconde détonation suivit et un énorme projectile passa
en tourbillonnant au-dessus de ma tête, allant vers Hounslow. Je
m’attendais à voir au moins des flammes, de la fumée, quelque évidence
de l’effet de sa chute. Mais je ne vis autre chose que le ciel bleu et
profond, avec une étoile solitaire, et le brouillard blanc s’étendant
large et bas à mes pieds. Il n’y avait eu aucun fracas, aucune explosion
en réponse. Le silence était revenu. Les minutes se prolongèrent.
—Qu’arrive-t-il? demanda le vicaire qui se dressa debout à côté de moi.
—Dieu le sait! répondis-je.
Une chauve-souris passa en voltigeant et disparut. Un lointain tumulte
de cris monta et cessa. Je me tournai à nouveau du côté du Marsien et je
le vis qui se dirigeait à droite, au long de la rivière, de son allure
rotative si rapide.
A chaque instant, je m’attendais à entendre s’ouvrir contre lui le feu
de quelque batterie cachée; mais rien ne troubla le calme du soir. La
silhouette du Marsien diminuait dans l’éloignement, et bientôt la brume
et la nuit l’eurent englouti. D’une même impulsion, nous grimpâmes un
peu plus haut. Vers Sunbury se trouvait une forme sombre, comme si une
colline conique s’était soudain dressée, cachant à nos regards la
contrée d’au delà; puis, plus loin, sur l’autre rive au-dessus de
Walton, nous aperçûmes un autre de ces sommets. Pendant que nous les
examinions, ces formes coniques s’abaissèrent et s’élargirent.
Mû par une pensée soudaine, je portai mes regards vers le nord, où je
vis que trois de ces nuages noirs s’élevaient.
Une tranquillité soudaine se fit. Loin vers le sud-est, faisant mieux
ressortir le calme silence, nous entendions les Marsiens s’entr’
appeler avec de longs ululements; puis l’air fut ébranlé de nouveau par
les explosions éloignées de leurs tubes. Mais l’artillerie terrestre ne
leur répliquait pas.
Il nous était impossible, alors, de comprendre ces choses, mais je
devais, plus tard, apprendre la signification de ces sinistres kopjes
qui s’amoncelaient dans le crépuscule. Chacun des Marsiens, placé ainsi
que je l’ai indiqué et obéissant à quelque signal inconnu, avait
déchargé, au moyen du tube en forme de canon qu’il portait, une sorte
d’immense obus sur tout taillis, coteau ou groupe de maisons, sur tout
autre possible abri à canons, qui se trouvait en face de lui.
Quelques-uns ne tirèrent qu’un seul de ces projectiles, d’autres, deux,
comme dans le cas de celui que nous avions vu; celui de Ripley n’en
déchargea, prétendit-on, pas moins de cinq, coup sur coup. Ces
projectiles se brisaient en touchant le sol—sans faire explosion—et
immédiatement dégageaient un énorme volume d’une vapeur lourde et noire,
se déroulant et se répandant vers le ciel, en un immense nuage sombre,
une colline gazeuse qui s’écroulait et s’étendait d’elle-même sur la
contrée environnante. Le contact de cette vapeur et l’inspiration de ses
âcres nuages étaient la mort pour tout ce qui respire.
Cette vapeur était très lourde, plus lourde que la fumée la plus dense,
si bien qu’après le premier dégagement tumultueux, elle se répandait
dans les couches d’air inférieures et retombait sur le sol d’une façon
plutôt liquide que gazeuse, abandonnant les collines, pénétrant dans les
vallées, les fossés, au long des cours d’eau, ainsi que fait, dit-on, le
gaz acide carbonique s’échappant des fissures des roches volcaniques.
Partout où elle venait en contact avec l’eau, quelque action chimique se
produisait; la surface se couvrait instantanément d’une sorte de lie
poudreuse qui s’enfonçait lentement, laissant se former d’autres
couches. Cette espèce d’écume était absolument insoluble, et il est
étrange que, le gaz produisant un effet aussi immédiat, on ait pu boire
sans danger l’eau dont on l’avait extraite. La vapeur ne se diffusait
pas comme le font ordinairement les gaz. Elle flottait par nuages
compacts, descendant paresseusement les pentes et récalcitrante au vent;
elle se combinait très lentement avec la brume et l’humidité de l’air,
et tombait sur le sol en forme de poussière. Sauf en ce qui concerne un
élément inconnu, donnant un groupe de quatre lignes dans le bleu du
spectre, on ignore encore entièrement la nature de cette substance.
Lorsque le tumultueux soulèvement de sa dispersion était terminé, la
fumée noire se tassait tout contre le sol, avant même sa précipitation
en poussière, si bien qu’à cinquante pieds en l’air, sur les toits, aux
étages supérieurs des hautes maisons et sur les grands arbres, il y
avait quelque chance d’échapper à l’empoisonnement, comme les faits le
prouvèrent ce soir-là à Street Cobham et à Ditton.
L’homme qui échappa à la suffocation dans le premier de ces villages fit
un étonnant récit de l’étrangeté de ces volutes et de ces replis; il
raconta comment, du haut du clocher de l’église, il vit les maisons du
village ressurgir peu à peu, hors de ce néant noirâtre, ainsi que des
fantômes. Il resta là pendant un jour et demi, épuisé, mourant de faim
et de soif, écorché par le soleil, voyant à ses pieds la terre sous le
ciel bleu, et contre le fond des collines lointaines, une étendue
recouverte comme d’un velours noir, avec des toits rouges, des arbres
verts, puis, plus tard, des haies, des buissons, des granges, des
remises, des murs voilés de noir, se dressant ici et là dans le soleil.
Ceci se passait à Street Cobham, où la fumée noire resta jusqu’à ce
qu’elle se fût absorbée d’elle-même dans le sol. Ordinairement, dès
qu’elle avait rempli son objet, les Marsiens en débarrassaient
l’atmosphère au moyen de jets de vapeur.
C’est ce qu’ils firent avec les couches qui s’étaient déroulées auprès
de nous, comme nous pûmes le voir à la lueur des étoiles, derrière les
fenêtres d’une maison déserte d’Upper Halliford, où nous étions
retournés. De là, aussi, nous apercevions les feux électriques des
collines de Richmond et de Kingston, fouillant la nuit en tout sens;
puis vers onze heures les vitres résonnèrent et nous entendîmes les
détonations des grosses pièces de siège qu’on avait mises en batterie
sur ces hauteurs. La canonnade continua par intervalles réguliers,
pendant l’espace d’un quart d’heure, envoyant au hasard des projectiles
contre les Marsiens invincibles, à Hampton et à Ditton; puis les rayons
pâles des feux électriques s’évanouirent et furent remplacés par de vifs
reflets rouges.
Alors le quatrième cylindre—météore d’un vert brillant—tomba dans
Bushey Park, ainsi que je l’appris plus tard. Avant que l’artillerie des
collines de Richmond et de Kingston n’ait ouvert le feu, une violente
canonnade se fit entendre au lointain, vers le sud-ouest, due, je pense,
à des batteries qui tiraient à l’aventure, avant que la fumée noire ne
submergeât les canonniers.
Ainsi, de la même façon méthodique que les hommes emploient pour enfumer
un nid de guêpes, les Marsiens recouvraient toute la contrée, vers
Londres, de cette étrange vapeur suffocante. La courbe de leur ligne
s’étendait lentement et elle atteignit bientôt, d’un côté, Hanwell et de
l’autre Coombe et Malden. Toute la nuit, leurs tubes destructeurs furent
à l’œuvre. Pas une seule fois, après que le Marsien de St George’s Hill
eut été abattu, ils ne s’approchèrent à portée de l’artillerie. Partout
où ils supposaient que pouvaient être dissimulés des canons, ils
envoyaient un projectile contenant leur vapeur noire, et quand les
batteries étaient en vue, ils pointaient simplement le Rayon Ardent.
Vers minuit, les arbres en flammes sur les pentes de Richmond Park, et
les incendies de Kingston Hill éclairèrent un réseau de fumée noire qui
cachait toute la vallée de la Tamise et s’étendait aussi loin que l’œil
pouvait voir. A travers cette confusion, s’avançaient deux Marsiens qui
dirigeaient en tous sens leurs bruyants jets de vapeur.
Les Marsiens, cette nuit-là, semblaient ménager le Rayon Ardent, soit
qu’ils n’eussent qu’une provision limitée de matière nécessaire à sa
production, soit qu’ils aient voulu ne pas détruire entièrement le pays,
mais seulement terrifier et anéantir l’opposition qu’ils avaient
soulevée. Ils obtinrent assurément ce dernier résultat. La nuit du
dimanche fut la fin de toute résistance organisée contre leurs
mouvements. Après cela, aucune troupe d’hommes n’osa les affronter, si
désespérée eût été l’entreprise. Même les équipages des torpilleurs et
des cuirassés, qui avaient remonté la Tamise avec leurs canons à tir
rapide, refusèrent de s’arrêter, se mutinèrent et regagnèrent la mer. La
seule opération offensive que les hommes aient tentée cette nuit-là fut
la préparation de mines et de fosses, avec une énergie frénétique et
spasmodique.
Peut-on s’imaginer le sort de ces batteries d’Esher épiant anxieusement
le crépuscule? Aucun des hommes qui les servaient ne survécut. On se
représente les dispositions réglementaires, les officiers alertes et
attentifs, les pièces prêtes, les munitions empilées à portée, les
avant-trains attelés, les groupes de spectateurs civils observant la
manœuvre d’aussi près qu’il leur était permis, tout cela, dans la grande
tranquillité du soir; plus loin, les ambulances, avec les blessés et les
brûlés de Weybridge; enfin la sourde détonation du tube des Marsiens, et
le bizarre projectile tourbillonnant par-dessus les arbres et les
maisons, et s’écrasant au milieu des champs environnants.
On peut se représenter aussi, le soudain redoublement d’attention, les
volutes et les replis épais de ces ténèbres qui s’avançaient contre le
sol, s’élevaient vers le ciel et faisaient du crépuscule une obscurité
palpable; cet étrange et horrible antagoniste enveloppant ses victimes;
les hommes et les chevaux à peine distincts, courant et fuyant, criant
et hennissant, tombant à terre; les hurlements de terreur;
Alors, le Marsien qui se trouvait le plus près de nous éleva son
tube et le déchargea, à la manière d’un canon, avec un bruit sourd
qui fit trembler le sol. Le Marsien qui était près de Staines lui
répondit. Il n’y eut ni flammes ni fumée, rien que cette lourde
détonation.
(CHAPITRE XV)
les canons soudain abandonnés; les hommes suffoquant et se tordant sur
le sol, et la rapide dégringolade du cône opaque de fumée. Puis,
l’obscurité sombre et impénétrable—rien qu’une masse silencieuse de
vapeur compacte cachant ses morts.
Un peu avant l’aube, la vapeur noire se répandit dans les rues de
Richmond, et, en un dernier effort, le gouvernement, affolé et
désorganisé, prévenait la population de Londres de la nécessité de fuir.
Pendant que le vicaire, l’air égaré, tenait ses discours incohérents, à
l’ombre de la haie dans les prairies basses de Halliford, pendant que
mon frère regardait les fugitifs arriver sans cesse par Westminster
Bridge, les Marsiens avaient repris l’offensive. Autant qu’on peut en
être certain, d’après les récits contradictoires qu’on a avancés, la
plupart, affairés par de nouveaux préparatifs, restèrent auprès des
carrières de Horsell, ce soir-là, jusqu’à neuf heures, pressant quelque
travail et produisant d’immenses nuages de fumée noire.
Mais assurément trois d’entre eux sortirent vers huit heures; ils
s’avancèrent avec lenteur et précaution, traversant Byfleet et Pyrford,
jusqu’à Ripley et Weybridge, et se trouvèrent ainsi contre le couchant
en vue des batteries en alerte. Ils n’avançaient pas ensemble, mais
séparés l’un de l’autre par une distance d’environ un mille et demi. Ils
communiquaient entre eux aux moyen de hurlements semblables à la sirène
des navires, montant et descendant une sorte de gamme.
C’étaient ces hurlements, et la canonnade de Ripley et de St George’s
Hill, que nous avions entendus à Upper Halliford. Les canonniers de
Ripley, artilleurs volontaires et fort novices, qu’on n’aurait jamais dû
placer dans une pareille position, tirèrent une volée désordonnée,
prématurée et inefficace, et se débandèrent, à pied et à cheval, à
travers le village désert; le Marsien enjamba tranquillement leurs
canons, sans se servir de son Rayon Ardent, choisit délicatement ses pas
parmi eux, les dépassa et arriva inopinément sur les batteries de
Painshill Park, qu’il détruisit.
Cependant, les troupes de St George’s Hill étaient mieux conduites ou
avaient plus de courage. Dissimulées derrière un bois de sapins, il
semble que le Marsien ne se soit pas attendu à les trouver là. Ils
pointèrent leurs canons aussi délibérément que s’ils avaient été à la
manœuvre et firent feu à une portée d’environ mille mètres.
Les obus éclatèrent tout autour du Marsien, et on le vit faire quelques
pas encore, chanceler et s’écrouler; tous poussèrent un cri, et avec une
hâte frénétique rechargèrent les pièces. Le Marsien renversé fit
entendre un ululement prolongé; immédiatement, un second géant
étincelant lui répondit et apparut au-dessus des arbres vers le sud. Il
est possible qu’une des jambes du tripode ait été brisée par les obus.
La seconde volée passa au-dessus du Marsien renversé et, simultanément,
ses deux compagnons braquèrent leur Rayon Ardent sur la batterie. Les
caissons sautèrent, les sapins tout autour des pièces prirent feu et un
ou deux artilleurs seulement, protégés dans leur fuite par la crête de
la colline, s’échappèrent.
Après cela, les trois géants durent s’arrêter et tenir conseil; les
éclaireurs qui les épiaient rapportent qu’ils restèrent absolument
stationnaires pendant la demi-heure suivante. Le Marsien qui était à
terre se glissa péniblement hors de son espèce de capuchon, petit être
brun rappelant étrangement, dans la distance, quelque tache de rouille
et se mit apparemment à réparer sa machine. Vers neuf heures, il eut
terminé, car son capuchon reparut par-dessus les arbres.
Quelques minutes après neuf heures, ces trois premiers éclaireurs furent
rejoints par quatre autres Marsiens, qui portaient un gros tube noir.
Chacun des trois autres fut muni d’un tube similaire, et les sept
géants se disposèrent à égales distances en une ligne courbe entre St
George’s Hill, Weybridge, et le village de Send, au sud-ouest de Ripley.
Aussitôt qu’ils se furent mis en mouvement, une douzaine de fusées
montèrent des collines pour avertir les batteries de Ditton et de Esher.
En même temps, quatre des engins de combat, armés de leurs tubes,
traversèrent la rivière, et deux d’entre eux, se détachant en noir
contre le ciel occidental, nous apparurent, tandis que le vicaire et
moi, las et endoloris, nous nous hâtions sur la route qui monte vers le
Nord, au sortir d’Halliford. Ils avançaient nous sembla-t-il, sur un
nuage, car une brume laiteuse couvrait les champs et s’élevait jusqu’au
tiers de leur hauteur.
A cette vue, le vicaire poussa un faible cri rauque et se mit à courir;
mais je savais qu’il était inutile de se sauver devant un Marsien, et,
me jetant de côté, je me glissai entre des buissons de ronces et
d’orties, au fond du grand fossé qui bordait la route. S’étant retourné,
le vicaire m’aperçut et vint me rejoindre.
Les deux Marsiens s’arrêtèrent, le plus proche de nous debout, en face
de Sunbury; le plus éloigné n’étant qu’une tache grise indistincte du
côté de l’étoile du soir, vers Staines.
Les hurlements que poussaient de temps à autre les Marsiens avaient
cessé. Dans le plus grand silence, ils prirent position en une vaste
courbe sur une ligne de douze milles d’étendue. Jamais, depuis
l’invention de la poudre, un commencement de bataille n’avait été aussi
paisible. Pour nous, aussi bien que pour quelqu’un qui, de Ripley,
aurait pu examiner les choses, les Marsiens faisaient l’effet d’être les
maîtres uniques de la nuit ténébreuse, à peine éclairée qu’elle était
par un mince croissant de lune, par les étoiles, les lueurs attardées du
couchant, et les reflets rougeâtres des incendies de St George’s Hill et
des bois en flammes de Painshill.
Mais, faisant partout face à cette ligne d’attaque, à Staines, à
Hounslow, à Ditton, à Esher, à Ockham, derrière les collines et les bois
au sud du fleuve, au nord dans les grasses prairies basses, partout où
un village ou un bouquet d’arbres offrait un suffisant abri, des canons
attendaient. Les fusées-signaux éclatèrent, laissèrent pleuvoir leurs
étincelles à travers la nuit et s’évanouirent, surexcitant d’une
impatience inquiète tous ceux qui servaient ces batteries. Dès que les
Marsiens se seraient avancés jusqu’à portée des bouches à feu,
immédiatement, ces formes noires d’hommes immobiles seraient secouées
par l’ardeur du combat, ces canons, aux reflets sombres dans la nuit
tombante, cracheraient un furieux tonnerre.
Sans doute, la pensée qui préoccupait la plupart de ces cerveaux
vigilants, de même qu’elle était ma seule perplexité, était cette
énigmatique question de savoir ce que les Marsiens comprenaient de nous.
Se rendaient-ils compte que nos millions d’individus étaient organisés,
disciplinés, unis pour la même œuvre? Ou bien, interprétaient-ils ces
jaillissements de flamme, les vols soudains de nos obus,
l’investissement régulier de leur campement, comme nous pourrions
interpréter, dans une ruche d’abeilles dérangée, un furieux et unanime
assaut? (A ce moment personne ne savait quel genre de nourriture il leur
fallait.) Cent questions de ce genre se pressaient en mon esprit, tandis
que je contemplais ce plan de bataille. Au fond de moi-même, j’avais la
sensation rassurante de tout ce qu’il y avait de forces inconnues et
cachées derrière nous, vers Londres. Avait-on préparé des fosses et des
trappes? Les poudrières de Hounslow allaient-elles servir de piège? Les
Londoniens auraient-ils le courage de faire de leur immense province
d’édifices un vaste Moscou en flammes?
Puis, après une interminable attente, nous sembla-t-il, pendant laquelle
nous restâmes blottis dans la haie, un son nous parvint, comme la
détonation éloignée d’un canon. Un autre se fit entendre plus proche,
puis un autre encore. Alors, le Marsien qui se trouvait le plus près de
nous éleva son tube et le déchargea, à la manière d’un canon, avec un
bruit sourd qui fit trembler le sol. Le Marsien qui était près de
Staines lui répondit. Il n’y eut ni flammes ni fumée, rien que cette
lourde détonation.
Ces décharges successives me firent une telle impression qu’oubliant
presque ma sécurité personnelle et mes mains bouillies, je me hissai
par-dessus la haie pour voir ce qui se passait du côté de Sunbury. Au
même moment, une seconde détonation suivit et un énorme projectile passa
en tourbillonnant au-dessus de ma tête, allant vers Hounslow. Je
m’attendais à voir au moins des flammes, de la fumée, quelque évidence
de l’effet de sa chute. Mais je ne vis autre chose que le ciel bleu et
profond, avec une étoile solitaire, et le brouillard blanc s’étendant
large et bas à mes pieds. Il n’y avait eu aucun fracas, aucune explosion
en réponse. Le silence était revenu. Les minutes se prolongèrent.
—Qu’arrive-t-il? demanda le vicaire qui se dressa debout à côté de moi.
—Dieu le sait! répondis-je.
Une chauve-souris passa en voltigeant et disparut. Un lointain tumulte
de cris monta et cessa. Je me tournai à nouveau du côté du Marsien et je
le vis qui se dirigeait à droite, au long de la rivière, de son allure
rotative si rapide.
A chaque instant, je m’attendais à entendre s’ouvrir contre lui le feu
de quelque batterie cachée; mais rien ne troubla le calme du soir. La
silhouette du Marsien diminuait dans l’éloignement, et bientôt la brume
et la nuit l’eurent englouti. D’une même impulsion, nous grimpâmes un
peu plus haut. Vers Sunbury se trouvait une forme sombre, comme si une
colline conique s’était soudain dressée, cachant à nos regards la
contrée d’au delà; puis, plus loin, sur l’autre rive au-dessus de
Walton, nous aperçûmes un autre de ces sommets. Pendant que nous les
examinions, ces formes coniques s’abaissèrent et s’élargirent.
Mû par une pensée soudaine, je portai mes regards vers le nord, où je
vis que trois de ces nuages noirs s’élevaient.
Une tranquillité soudaine se fit. Loin vers le sud-est, faisant mieux
ressortir le calme silence, nous entendions les Marsiens s’entr’
appeler avec de longs ululements; puis l’air fut ébranlé de nouveau par
les explosions éloignées de leurs tubes. Mais l’artillerie terrestre ne
leur répliquait pas.
Il nous était impossible, alors, de comprendre ces choses, mais je
devais, plus tard, apprendre la signification de ces sinistres kopjes
qui s’amoncelaient dans le crépuscule. Chacun des Marsiens, placé ainsi
que je l’ai indiqué et obéissant à quelque signal inconnu, avait
déchargé, au moyen du tube en forme de canon qu’il portait, une sorte
d’immense obus sur tout taillis, coteau ou groupe de maisons, sur tout
autre possible abri à canons, qui se trouvait en face de lui.
Quelques-uns ne tirèrent qu’un seul de ces projectiles, d’autres, deux,
comme dans le cas de celui que nous avions vu; celui de Ripley n’en
déchargea, prétendit-on, pas moins de cinq, coup sur coup. Ces
projectiles se brisaient en touchant le sol—sans faire explosion—et
immédiatement dégageaient un énorme volume d’une vapeur lourde et noire,
se déroulant et se répandant vers le ciel, en un immense nuage sombre,
une colline gazeuse qui s’écroulait et s’étendait d’elle-même sur la
contrée environnante. Le contact de cette vapeur et l’inspiration de ses
âcres nuages étaient la mort pour tout ce qui respire.
Cette vapeur était très lourde, plus lourde que la fumée la plus dense,
si bien qu’après le premier dégagement tumultueux, elle se répandait
dans les couches d’air inférieures et retombait sur le sol d’une façon
plutôt liquide que gazeuse, abandonnant les collines, pénétrant dans les
vallées, les fossés, au long des cours d’eau, ainsi que fait, dit-on, le
gaz acide carbonique s’échappant des fissures des roches volcaniques.
Partout où elle venait en contact avec l’eau, quelque action chimique se
produisait; la surface se couvrait instantanément d’une sorte de lie
poudreuse qui s’enfonçait lentement, laissant se former d’autres
couches. Cette espèce d’écume était absolument insoluble, et il est
étrange que, le gaz produisant un effet aussi immédiat, on ait pu boire
sans danger l’eau dont on l’avait extraite. La vapeur ne se diffusait
pas comme le font ordinairement les gaz. Elle flottait par nuages
compacts, descendant paresseusement les pentes et récalcitrante au vent;
elle se combinait très lentement avec la brume et l’humidité de l’air,
et tombait sur le sol en forme de poussière. Sauf en ce qui concerne un
élément inconnu, donnant un groupe de quatre lignes dans le bleu du
spectre, on ignore encore entièrement la nature de cette substance.
Lorsque le tumultueux soulèvement de sa dispersion était terminé, la
fumée noire se tassait tout contre le sol, avant même sa précipitation
en poussière, si bien qu’à cinquante pieds en l’air, sur les toits, aux
étages supérieurs des hautes maisons et sur les grands arbres, il y
avait quelque chance d’échapper à l’empoisonnement, comme les faits le
prouvèrent ce soir-là à Street Cobham et à Ditton.
L’homme qui échappa à la suffocation dans le premier de ces villages fit
un étonnant récit de l’étrangeté de ces volutes et de ces replis; il
raconta comment, du haut du clocher de l’église, il vit les maisons du
village ressurgir peu à peu, hors de ce néant noirâtre, ainsi que des
fantômes. Il resta là pendant un jour et demi, épuisé, mourant de faim
et de soif, écorché par le soleil, voyant à ses pieds la terre sous le
ciel bleu, et contre le fond des collines lointaines, une étendue
recouverte comme d’un velours noir, avec des toits rouges, des arbres
verts, puis, plus tard, des haies, des buissons, des granges, des
remises, des murs voilés de noir, se dressant ici et là dans le soleil.
Ceci se passait à Street Cobham, où la fumée noire resta jusqu’à ce
qu’elle se fût absorbée d’elle-même dans le sol. Ordinairement, dès
qu’elle avait rempli son objet, les Marsiens en débarrassaient
l’atmosphère au moyen de jets de vapeur.
C’est ce qu’ils firent avec les couches qui s’étaient déroulées auprès
de nous, comme nous pûmes le voir à la lueur des étoiles, derrière les
fenêtres d’une maison déserte d’Upper Halliford, où nous étions
retournés. De là, aussi, nous apercevions les feux électriques des
collines de Richmond et de Kingston, fouillant la nuit en tout sens;
puis vers onze heures les vitres résonnèrent et nous entendîmes les
détonations des grosses pièces de siège qu’on avait mises en batterie
sur ces hauteurs. La canonnade continua par intervalles réguliers,
pendant l’espace d’un quart d’heure, envoyant au hasard des projectiles
contre les Marsiens invincibles, à Hampton et à Ditton; puis les rayons
pâles des feux électriques s’évanouirent et furent remplacés par de vifs
reflets rouges.
Alors le quatrième cylindre—météore d’un vert brillant—tomba dans
Bushey Park, ainsi que je l’appris plus tard. Avant que l’artillerie des
collines de Richmond et de Kingston n’ait ouvert le feu, une violente
canonnade se fit entendre au lointain, vers le sud-ouest, due, je pense,
à des batteries qui tiraient à l’aventure, avant que la fumée noire ne
submergeât les canonniers.
Ainsi, de la même façon méthodique que les hommes emploient pour enfumer
un nid de guêpes, les Marsiens recouvraient toute la contrée, vers
Londres, de cette étrange vapeur suffocante. La courbe de leur ligne
s’étendait lentement et elle atteignit bientôt, d’un côté, Hanwell et de
l’autre Coombe et Malden. Toute la nuit, leurs tubes destructeurs furent
à l’œuvre. Pas une seule fois, après que le Marsien de St George’s Hill
eut été abattu, ils ne s’approchèrent à portée de l’artillerie. Partout
où ils supposaient que pouvaient être dissimulés des canons, ils
envoyaient un projectile contenant leur vapeur noire, et quand les
batteries étaient en vue, ils pointaient simplement le Rayon Ardent.
Vers minuit, les arbres en flammes sur les pentes de Richmond Park, et
les incendies de Kingston Hill éclairèrent un réseau de fumée noire qui
cachait toute la vallée de la Tamise et s’étendait aussi loin que l’œil
pouvait voir. A travers cette confusion, s’avançaient deux Marsiens qui
dirigeaient en tous sens leurs bruyants jets de vapeur.
Les Marsiens, cette nuit-là, semblaient ménager le Rayon Ardent, soit
qu’ils n’eussent qu’une provision limitée de matière nécessaire à sa
production, soit qu’ils aient voulu ne pas détruire entièrement le pays,
mais seulement terrifier et anéantir l’opposition qu’ils avaient
soulevée. Ils obtinrent assurément ce dernier résultat. La nuit du
dimanche fut la fin de toute résistance organisée contre leurs
mouvements. Après cela, aucune troupe d’hommes n’osa les affronter, si
désespérée eût été l’entreprise. Même les équipages des torpilleurs et
des cuirassés, qui avaient remonté la Tamise avec leurs canons à tir
rapide, refusèrent de s’arrêter, se mutinèrent et regagnèrent la mer. La
seule opération offensive que les hommes aient tentée cette nuit-là fut
la préparation de mines et de fosses, avec une énergie frénétique et
spasmodique.
Peut-on s’imaginer le sort de ces batteries d’Esher épiant anxieusement
le crépuscule? Aucun des hommes qui les servaient ne survécut. On se
représente les dispositions réglementaires, les officiers alertes et
attentifs, les pièces prêtes, les munitions empilées à portée, les
avant-trains attelés, les groupes de spectateurs civils observant la
manœuvre d’aussi près qu’il leur était permis, tout cela, dans la grande
tranquillité du soir; plus loin, les ambulances, avec les blessés et les
brûlés de Weybridge; enfin la sourde détonation du tube des Marsiens, et
le bizarre projectile tourbillonnant par-dessus les arbres et les
maisons, et s’écrasant au milieu des champs environnants.
On peut se représenter aussi, le soudain redoublement d’attention, les
volutes et les replis épais de ces ténèbres qui s’avançaient contre le
sol, s’élevaient vers le ciel et faisaient du crépuscule une obscurité
palpable; cet étrange et horrible antagoniste enveloppant ses victimes;
les hommes et les chevaux à peine distincts, courant et fuyant, criant
et hennissant, tombant à terre; les hurlements de terreur;
Alors, le Marsien qui se trouvait le plus près de nous éleva son
tube et le déchargea, à la manière d’un canon, avec un bruit sourd
qui fit trembler le sol. Le Marsien qui était près de Staines lui
répondit. Il n’y eut ni flammes ni fumée, rien que cette lourde
détonation.
(CHAPITRE XV)
les canons soudain abandonnés; les hommes suffoquant et se tordant sur
le sol, et la rapide dégringolade du cône opaque de fumée. Puis,
l’obscurité sombre et impénétrable—rien qu’une masse silencieuse de
vapeur compacte cachant ses morts.
Un peu avant l’aube, la vapeur noire se répandit dans les rues de
Richmond, et, en un dernier effort, le gouvernement, affolé et
désorganisé, prévenait la population de Londres de la nécessité de fuir.