XXVIII.
Ce fut la Madelon qui découvrit le pot aux roses; et, si elle le fit
sans malice, encore en tira-t-elle un mauvais parti. Elle s'était bien
consolée de Landry, et, n'ayant pas perdu beaucoup de temps à l'aimer,
elle n'en avait guère demandé pour l'oublier. Cependant il lui était
resté sur le cœur une petite rancune qui n'attendait que l'occasion
pour se faire sentir, tant il est vrai que le dépit chez les femmes
dure plus que le regret.
Voici comment la chose arriva. La belle Madelon, qui était renommée
pour son air sage et pour ses manières fières avec les garçons, était
cependant très-coquette en dessous, et pas moitié si raisonnable ni si
fidèle dans ses amitiés que le pauvre grelet, dont on avait si mal
parlé et si mal auguré. Adonc la Madelon avait déjà eu deux amoureux,
sans compter Landry, et elle se prononçait pour un troisième, qui
était son cousin, le fils cadet au père Caillaud de la Priche. Elle se
prononça si bien qu'étant surveillée par le dernier à qui elle avait
donné de l'espérance, et craignant qu'il ne fît un éclat, ne sachant
où se cacher pour causer à loisir avec le nouveau, elle se laissa
persuader par celui-ci d'aller babiller dans le colombier où justement
Landry avait d'honnêtes rendez-vous avec la petite Fadette.
Cadet Caillaud avait bien cherché la clef de ce colombier, et ne
l'avait point trouvée parce qu'elle était toujours dans la poche de
Landry; et il n'avait osé la demander à personne, parce qu'il n'avait
pas de bonnes raisons pour en expliquer la demande. Si bien que
personne, hormis Landry, ne s'inquiétait de savoir où elle était.
Cadet Caillaud, songeant qu'elle était perdue, ou que son père la
tenait dans son trousseau, ne se gêna point pour enfoncer la porte.
Mais, le jour où il le fit, Landry et Fadette se trouvaient là, et ces
quatre amoureux se trouvèrent bien penauds en se voyant les uns les
autres. C'est ce qui les engagea tous également à se taire et à ne
rien ébruiter.
Mais la Madelon eut comme un retour de jalousie et de colère, en
voyant Landry, qui était devenu un des plus beaux garçons du pays et
des plus estimés, garder, depuis la Saint-Andoche, une si belle
fidélité à la petite Fadette, et elle forma la résolution de s'en
venger. Pour cela, sans en rien confier à Cadet Caillaud, qui était
honnête homme et ne s'y fût point prêté, elle se fit aider d'une ou
deux jeunes fillettes de ses amies lesquelles, un peu dépitées aussi
du mépris que Landry paraissait faire d'elles en ne les priant plus
jamais à danser, se mirent à surveiller si bien la petite Fadette,
qu'il ne leur fallut pas grand temps pour s'assurer de son amitié avec
Landry. Et sitôt qu'elles les eurent épiés et vus une ou deux fois
ensemble, elles en firent grand bruit dans tout le pays, disant à qui
voulait les écouter, et Dieu sait si la médisance manque d'oreilles
pour se faire entendre et de langues pour se faire répéter, que Landry
avait fait une mauvaise connaissance dans la personne de la petite
Fadette.
Alors toute la jeunesse femelle s'en mêla, car lorsqu'un garçon de
belle mine et de bon avoir s'occupe d'une personne, c'est comme une
injure à toutes les autres, et si l'on peut trouver à mordre sur cette
personne-là, on ne s'en fait pas faute. On peut dire aussi que,
quand une méchanceté est exploitée par les femmes, elle va vite et
loin.
Aussi, quinze jours après l'aventure de la tour à Jacot, sans qu'il
fût question de la tour, ni de Madelon, qui avait eu bien soin de ne
pas se mettre en avant, et qui feignait même d'apprendre comme une
nouvelle ce qu'elle avait dévoilé la première à la sourdine, tout le
monde savait, petits et grands, vieilles et jeunes, les amours de
Landry le besson avec Fanchon le grelet.
Et le bruit en vint jusqu'aux oreilles de la mère Barbeau, qui s'en
affligea beaucoup et n'en voulut point parler à son homme. Mais le
père Barbeau l'apprit d'autre part, et Sylvain, qui avait bien
discrètement gardé le secret de son frère, eut le chagrin de voir que
tout le monde le savait.
Or, un soir que Landry songeait à quitter la Bessonnière de bonne
heure, comme il avait coutume de faire, son père lui dit, en présence
de sa mère, de sa sœur aînée et de son besson:—Ne sois pas si
hâteux de nous quitter, Landry, car j'ai à te parler; mais j'attends
que ton parrain soit ici, car c'est devant ceux de la famille qui
s'intéressent le plus à ton sort, que je veux te demander une
explication.
Et quand le parrain, qui était l'oncle Landriche, fut arrivé, le père
Barbeau parla en cette manière:
—Ce que j'ai à te dire te donnera un peu de honte, mon Landry; aussi
n'est-ce pas sans un peu de honte moi-même, et sans beaucoup de
regret, que je me vois obligé de te confesser devant ta famille. Mais
j'espère que cette honte te sera salutaire et te guérira d'une
fantaisie qui pourrait te porter préjudice.
Il paraît que tu as fait une connaissance qui date de la dernière
Saint-Andoche, il y aura prochainement un an. On m'en a parlé dès le
premier jour, car c'était une chose imaginante que de te voir danser
tout un jour de fête avec la fille la plus laide, la plus malpropre et
la plus mal famée de notre pays. Je n'ai pas voulu y prêter attention,
pensant que tu en avais fait un amusement, et je n'approuvais pas
précisément la chose, parce que, s'il ne faut pas fréquenter les
mauvaises gens, encore ne faut-il pas augmenter leur humiliation et le
malheur qu'ils ont d'être haïssables à tout le monde. J'avais négligé
de t'en parler, pensant, à te voir triste le lendemain, que tu t'en
faisais reproche à toi-même et que tu n'y retournerais plus. Mais
voilà que, depuis une semaine environ, j'entends dire bien autre
chose, et, encore que ce soit par des personnes dignes de foi, je ne
veux point m'y fier, à moins que tu ne me le confirmes. Si je t'ai
fait tort en te soupçonnant, tu ne l'imputeras qu'à l'intérêt que je
te porte et au devoir que j'ai de surveiller ta conduite: car, si la
chose est une fausseté, tu me feras grand plaisir en me donnant ta
parole et en me faisant connaître qu'on t'a desservi à tort dans mon
opinion.
—Mon père, dit Landry, voulez-vous bien me dire de quoi vous
m'accusez, et je vous répondrai selon la vérité et le respect que je
vous dois.
—On t'accuse, Landry, je crois te l'avoir suffisamment donné à
entendre, d'avoir un commerce malhonnête avec la petite fille de la
mère Fadet, qui est une assez mauvaise femme; sans compter que la
propre mère de cette malheureuse fille a vilainement quitté son mari,
ses enfants et son pays pour suivre les soldats. On t'accuse de te
promener de tous les côtés avec la petite Fadette, ce qui me ferait
craindre de te voir engager par elle dans de mauvaises amours, dont
toute ta vie tu pourrais avoir à te repentir. Entends-tu, à la fin?
—J'entends bien, mon cher père, répondit Landry, et souffrez-moi
encore une question avant que je vous réponde. Est-ce à cause de sa
famille, ou seulement à cause d'elle-même, que vous regardez la
Fanchon Fadette comme une mauvaise connaissance pour moi?
—C'est sans doute à cause de l'une et de l'autre, reprit le père
Barbeau avec un peu plus de sévérité qu'il n'en avait mis au
commencement; car il s'était attendu à trouver Landry bien penaud, et
il le trouvait tranquille et comme résolu à tout. C'est d'abord,
fit-il, qu'une mauvaise parenté est une vilaine tache, et que jamais
une famille estimée et honorée comme est la mienne ne voudrait faire
alliance avec la famille Fadet. C'est ensuite que la petite Fadet, par
elle-même, n'inspire d'estime et de confiance à personne. Nous l'avons
vue s'élever et nous savons tous ce qu'elle vaut. J'ai bien entendu
dire, et je reconnais pour l'avoir vu deux ou trois fois, que depuis
un an elle se tient mieux, ne court plus avec les petits garçons et ne
parle mal à personne. Tu vois que je ne veux pas m'écarter de la
justice; mais cela ne me suffit pas pour croire qu'une enfant qui a
été si mal élevée puisse jamais faire une honnête femme, et
connaissant la grand'mère comme, je l'ai connue, j'ai tout lieu
de craindre qu'il n'y ait là une intrigue montée pour te soutirer des
promesses et te causer de la honte et de l'embarras. On m'a même dit
que la petite était enceinte, ce que je ne veux point croire à la
légère, mais ce qui me peinerait beaucoup, parce que la chose te
serait attribuée et reprochée, et pourrait finir par un procès et du
scandale.
Landry, qui, depuis le premier mot, s'était bien promis d'être prudent
et de s'expliquer avec douceur, perdit patience. Il devint rouge comme
le feu, et se levant:—Mon père, dit-il, ceux qui vous ont dit cela
ont menti comme des chiens. Ils ont fait une telle insulte à Fanchon
Fadet, que si je les tenais là, il faudrait qu'ils eussent à se dédire
ou à se battre avec moi, jusqu'à ce qu'il en restât un de nous par
terre. Dites-leur qu'ils sont des lâches et des païens et qu'ils
viennent donc me le dire en face, ce qu'ils vous ont insinué en
traîtres, et nous en aurons beau jeu!
—Ne te fâche pas comme cela, Landry, dit Sylvinet tout abattu de
chagrin: mon père ne t'accuse point d'avoir fait du tort à cette
fille; mais il craint qu'elle ne se soit mise dans l'embarras
avec d'autres, et qu'elle ne veuille faire croire, en se promenant de
jour et de nuit avec toi, que c'est à toi de lui donner une
réparation.
XXVIII.
Ce fut la Madelon qui découvrit le pot aux roses; et, si elle le fit
sans malice, encore en tira-t-elle un mauvais parti. Elle s'était bien
consolée de Landry, et, n'ayant pas perdu beaucoup de temps à l'aimer,
elle n'en avait guère demandé pour l'oublier. Cependant il lui était
resté sur le cœur une petite rancune qui n'attendait que l'occasion
pour se faire sentir, tant il est vrai que le dépit chez les femmes
dure plus que le regret.
Voici comment la chose arriva. La belle Madelon, qui était renommée
pour son air sage et pour ses manières fières avec les garçons, était
cependant très-coquette en dessous, et pas moitié si raisonnable ni si
fidèle dans ses amitiés que le pauvre grelet, dont on avait si mal
parlé et si mal auguré. Adonc la Madelon avait déjà eu deux amoureux,
sans compter Landry, et elle se prononçait pour un troisième, qui
était son cousin, le fils cadet au père Caillaud de la Priche. Elle se
prononça si bien qu'étant surveillée par le dernier à qui elle avait
donné de l'espérance, et craignant qu'il ne fît un éclat, ne sachant
où se cacher pour causer à loisir avec le nouveau, elle se laissa
persuader par celui-ci d'aller babiller dans le colombier où justement
Landry avait d'honnêtes rendez-vous avec la petite Fadette.
Cadet Caillaud avait bien cherché la clef de ce colombier, et ne
l'avait point trouvée parce qu'elle était toujours dans la poche de
Landry; et il n'avait osé la demander à personne, parce qu'il n'avait
pas de bonnes raisons pour en expliquer la demande. Si bien que
personne, hormis Landry, ne s'inquiétait de savoir où elle était.
Cadet Caillaud, songeant qu'elle était perdue, ou que son père la
tenait dans son trousseau, ne se gêna point pour enfoncer la porte.
Mais, le jour où il le fit, Landry et Fadette se trouvaient là, et ces
quatre amoureux se trouvèrent bien penauds en se voyant les uns les
autres. C'est ce qui les engagea tous également à se taire et à ne
rien ébruiter.
Mais la Madelon eut comme un retour de jalousie et de colère, en
voyant Landry, qui était devenu un des plus beaux garçons du pays et
des plus estimés, garder, depuis la Saint-Andoche, une si belle
fidélité à la petite Fadette, et elle forma la résolution de s'en
venger. Pour cela, sans en rien confier à Cadet Caillaud, qui était
honnête homme et ne s'y fût point prêté, elle se fit aider d'une ou
deux jeunes fillettes de ses amies lesquelles, un peu dépitées aussi
du mépris que Landry paraissait faire d'elles en ne les priant plus
jamais à danser, se mirent à surveiller si bien la petite Fadette,
qu'il ne leur fallut pas grand temps pour s'assurer de son amitié avec
Landry. Et sitôt qu'elles les eurent épiés et vus une ou deux fois
ensemble, elles en firent grand bruit dans tout le pays, disant à qui
voulait les écouter, et Dieu sait si la médisance manque d'oreilles
pour se faire entendre et de langues pour se faire répéter, que Landry
avait fait une mauvaise connaissance dans la personne de la petite
Fadette.
Alors toute la jeunesse femelle s'en mêla, car lorsqu'un garçon de
belle mine et de bon avoir s'occupe d'une personne, c'est comme une
injure à toutes les autres, et si l'on peut trouver à mordre sur cette
personne-là, on ne s'en fait pas faute. On peut dire aussi que,
quand une méchanceté est exploitée par les femmes, elle va vite et
loin.
Aussi, quinze jours après l'aventure de la tour à Jacot, sans qu'il
fût question de la tour, ni de Madelon, qui avait eu bien soin de ne
pas se mettre en avant, et qui feignait même d'apprendre comme une
nouvelle ce qu'elle avait dévoilé la première à la sourdine, tout le
monde savait, petits et grands, vieilles et jeunes, les amours de
Landry le besson avec Fanchon le grelet.
Et le bruit en vint jusqu'aux oreilles de la mère Barbeau, qui s'en
affligea beaucoup et n'en voulut point parler à son homme. Mais le
père Barbeau l'apprit d'autre part, et Sylvain, qui avait bien
discrètement gardé le secret de son frère, eut le chagrin de voir que
tout le monde le savait.
Or, un soir que Landry songeait à quitter la Bessonnière de bonne
heure, comme il avait coutume de faire, son père lui dit, en présence
de sa mère, de sa sœur aînée et de son besson:—Ne sois pas si
hâteux de nous quitter, Landry, car j'ai à te parler; mais j'attends
que ton parrain soit ici, car c'est devant ceux de la famille qui
s'intéressent le plus à ton sort, que je veux te demander une
explication.
Et quand le parrain, qui était l'oncle Landriche, fut arrivé, le père
Barbeau parla en cette manière:
—Ce que j'ai à te dire te donnera un peu de honte, mon Landry; aussi
n'est-ce pas sans un peu de honte moi-même, et sans beaucoup de
regret, que je me vois obligé de te confesser devant ta famille. Mais
j'espère que cette honte te sera salutaire et te guérira d'une
fantaisie qui pourrait te porter préjudice.
Il paraît que tu as fait une connaissance qui date de la dernière
Saint-Andoche, il y aura prochainement un an. On m'en a parlé dès le
premier jour, car c'était une chose imaginante que de te voir danser
tout un jour de fête avec la fille la plus laide, la plus malpropre et
la plus mal famée de notre pays. Je n'ai pas voulu y prêter attention,
pensant que tu en avais fait un amusement, et je n'approuvais pas
précisément la chose, parce que, s'il ne faut pas fréquenter les
mauvaises gens, encore ne faut-il pas augmenter leur humiliation et le
malheur qu'ils ont d'être haïssables à tout le monde. J'avais négligé
de t'en parler, pensant, à te voir triste le lendemain, que tu t'en
faisais reproche à toi-même et que tu n'y retournerais plus. Mais
voilà que, depuis une semaine environ, j'entends dire bien autre
chose, et, encore que ce soit par des personnes dignes de foi, je ne
veux point m'y fier, à moins que tu ne me le confirmes. Si je t'ai
fait tort en te soupçonnant, tu ne l'imputeras qu'à l'intérêt que je
te porte et au devoir que j'ai de surveiller ta conduite: car, si la
chose est une fausseté, tu me feras grand plaisir en me donnant ta
parole et en me faisant connaître qu'on t'a desservi à tort dans mon
opinion.
—Mon père, dit Landry, voulez-vous bien me dire de quoi vous
m'accusez, et je vous répondrai selon la vérité et le respect que je
vous dois.
—On t'accuse, Landry, je crois te l'avoir suffisamment donné à
entendre, d'avoir un commerce malhonnête avec la petite fille de la
mère Fadet, qui est une assez mauvaise femme; sans compter que la
propre mère de cette malheureuse fille a vilainement quitté son mari,
ses enfants et son pays pour suivre les soldats. On t'accuse de te
promener de tous les côtés avec la petite Fadette, ce qui me ferait
craindre de te voir engager par elle dans de mauvaises amours, dont
toute ta vie tu pourrais avoir à te repentir. Entends-tu, à la fin?
—J'entends bien, mon cher père, répondit Landry, et souffrez-moi
encore une question avant que je vous réponde. Est-ce à cause de sa
famille, ou seulement à cause d'elle-même, que vous regardez la
Fanchon Fadette comme une mauvaise connaissance pour moi?
—C'est sans doute à cause de l'une et de l'autre, reprit le père
Barbeau avec un peu plus de sévérité qu'il n'en avait mis au
commencement; car il s'était attendu à trouver Landry bien penaud, et
il le trouvait tranquille et comme résolu à tout. C'est d'abord,
fit-il, qu'une mauvaise parenté est une vilaine tache, et que jamais
une famille estimée et honorée comme est la mienne ne voudrait faire
alliance avec la famille Fadet. C'est ensuite que la petite Fadet, par
elle-même, n'inspire d'estime et de confiance à personne. Nous l'avons
vue s'élever et nous savons tous ce qu'elle vaut. J'ai bien entendu
dire, et je reconnais pour l'avoir vu deux ou trois fois, que depuis
un an elle se tient mieux, ne court plus avec les petits garçons et ne
parle mal à personne. Tu vois que je ne veux pas m'écarter de la
justice; mais cela ne me suffit pas pour croire qu'une enfant qui a
été si mal élevée puisse jamais faire une honnête femme, et
connaissant la grand'mère comme, je l'ai connue, j'ai tout lieu
de craindre qu'il n'y ait là une intrigue montée pour te soutirer des
promesses et te causer de la honte et de l'embarras. On m'a même dit
que la petite était enceinte, ce que je ne veux point croire à la
légère, mais ce qui me peinerait beaucoup, parce que la chose te
serait attribuée et reprochée, et pourrait finir par un procès et du
scandale.
Landry, qui, depuis le premier mot, s'était bien promis d'être prudent
et de s'expliquer avec douceur, perdit patience. Il devint rouge comme
le feu, et se levant:—Mon père, dit-il, ceux qui vous ont dit cela
ont menti comme des chiens. Ils ont fait une telle insulte à Fanchon
Fadet, que si je les tenais là, il faudrait qu'ils eussent à se dédire
ou à se battre avec moi, jusqu'à ce qu'il en restât un de nous par
terre. Dites-leur qu'ils sont des lâches et des païens et qu'ils
viennent donc me le dire en face, ce qu'ils vous ont insinué en
traîtres, et nous en aurons beau jeu!
—Ne te fâche pas comme cela, Landry, dit Sylvinet tout abattu de
chagrin: mon père ne t'accuse point d'avoir fait du tort à cette
fille; mais il craint qu'elle ne se soit mise dans l'embarras
avec d'autres, et qu'elle ne veuille faire croire, en se promenant de
jour et de nuit avec toi, que c'est à toi de lui donner une
réparation.