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Le Jeu de l’amour et du hasardChapitre 7 / 33

Scène VI

DORANTE, en valet, MONSIEUR ORGON, SILVIA, MARIO.
Dorante.

Je cherche monsieur Orgon ; n’est-ce pas à lui que j’ai l’honneur de faire la révérence ?

Monsieur Orgon.

Oui, mon ami, c’est à lui-même.

Dorante.

Monsieur, vous avez sans doute reçu de nos nouvelles ; j’appartiens à monsieur Dorante qui me suit, et qui m’envoie toujours devant, vous assurer de ses respects, en attendant qu’il vous en assure lui-même.

Monsieur Orgon.

Tu fais ta commission de fort bonne grâce. Lisette, que dis-tu de ce garçon-là ?

Silvia.

Moi, monsieur, je dis qu’il est le bienvenu, et qu’il promet.

Dorante.

Vous avez bien de la bonté ; je fais du mieux qu’il m’est possible.

Mario.

Il n’est pas mal tourné, au moins ; ton cœur n’a qu’à se bien tenir, Lisette.

Silvia.

Mon cœur ! c’est bien des affaires.

Dorante.

Ne vous fâchez pas, mademoiselle ; ce que dit monsieur ne m’en fait point accroire.

Silvia.

Cette modestie-là me plaît ; continuez de même.

Mario.

Fort bien ! Mais il me semble que ce nom de mademoiselle qu’il te donne est bien sérieux. Entre gens comme vous, le style des compliments ne doit pas être si grave ; vous seriez toujours sur le qui-vive ; allons traitez-vous plus commodément. Tu as nom Lisette ; et toi, mon garçon, comment t’appelles-tu ?

Dorante.

Bourguignon, monsieur, pour vous servir.

Silvia.

Eh bien, Bourguignon, soit !

Dorante.

Va donc pour Lisette ; je n’en serai pas moins votre serviteur.

Mario.

Votre serviteur ! ce n’est point encore là votre jargon ; c’est ton serviteur qu’il faut dire.

Monsieur Orgon.

Ah ! ah ! ah ! ah !

Silvia, bas à Mario.

Vous me jouez, mon frère.

Dorante.

À l’égard du tutoiement, j’attends les ordres de Lisette.

Silvia.

Voilà la glace rompue ! Fais comme tu voudras, Bourguignon, puisque cela divertit ces messieurs.

Dorante.

Je t’en remercie, Lisette, et je réponds sur-le-champ à l’honneur que tu me fais.

Monsieur Orgon.

Courage, mes enfants ; si vous commencez à vous aimer, vous voilà débarrassés des cérémonies.

Mario.

Oh ! doucement ; s’aimer, c’est une autre affaire ; vous ne savez peut-être pas que j’en veux au cœur de Lisette, moi qui vous parle. Il est vrai qu’il m’est cruel ; mais je ne veux pas que Bourguignon aille sur mes brisées.

Silvia.

Oui ! le prenez-vous sur ce ton-là ? Et moi, je veux que Bourguignon m’aime.

Dorante.

Tu te fais tort de dire je veux, belle Lisette ; tu n’as pas besoin d’ordonner pour être servie.

Mario.

Monsieur Bourguignon, vous avez pillé cette galanterie-là quelque part.

Dorante.

Vous avez raison, monsieur ; c’est dans ses yeux que je l’ai prise.

Mario.

Tais-toi, c’est encore pis ; je te défends d’avoir tant d’esprit.

Silvia.

Il ne l’a pas à vos dépens ; et, s’il en trouve dans mes yeux, il n’a qu’à prendre.

Monsieur Orgon.

Mon fils, vous perdrez votre procès ; retirons-nous. Dorante va venir, allons le dire à ma fille ; et vous, Lisette, montrez à ce garçon l’appartement de son maître. Adieu, Bourguignon.

Dorante.

Monsieur, vous me faites trop d’honneur.