Scène première
LISETTE, MONSIEUR ORGON.
Monsieur Orgon.
Eh bien, que me veux-tu Lisette ?
Lisette.
J’ai à vous entretenir un moment.
Monsieur Orgon.
De quoi s’agit-il ?
Lisette.
De vous dire l’état où sont les choses, parce
qu’il est important que vous en soyez éclairci, afin
que vous n’ayez point à vous plaindre de moi.
Monsieur Orgon.
Ceci est donc bien sérieux ?
Lisette.
Oui, très sérieux. Vous avez consenti au déguisement
de Mlle Silvia ; moi-même je l’ai trouvé
d’abord sans conséquence ; mais je me suis trompée.
Monsieur Orgon.
Et de quelle conséquence est-il donc ?
Lisette.
Monsieur, on a de la peine à se louer soi-même ;
mais malgré toutes les règles de la modestie, il faut pourtant que je vous dise que, si vous ne
mettez ordre à ce qui arrive, votre prétendu n’aura
plus de cœur à donner à mademoiselle votre fille.
Il est temps qu’elle se déclare, cela presse ; car,
un jour plus tard, je n’en réponds plus.
Monsieur Orgon.
Eh ! d’où vient qu’il ne voudrait plus de ma
fille, quand il la connaîtra, te défies-tu de ses
charmes ?
Lisette.
Non ; mais vous ne vous méfiez pas assez des
miens. Je vous avertis qu’ils vont leur train, et je
ne vous conseille pas de les laisser faire.
Monsieur Orgon.
Je vous en fais mes compliments, Lisette. (Il rit.)
Ah ! ah ! ah !
Lisette.
Nous y voilà ; vous plaisantez, monsieur ; vous
vous moquez de moi ; j’en suis fâchée, car vous y serez pris.
Monsieur Orgon.
Ne t’en embarrasse pas, Lisette ; va ton chemin.
Lisette.
Je vous le répète encore, le cœur de Dorante va
bien vite. Tenez, actuellement, je lui plais beaucoup ;
ce soir, il m’aimera ; il m’adorera demain.
Je ne le mérite pas, il est de mauvais goût, vous
en direz ce qu’il vous plaira, mais cela ne laissera
pas que d’être. Voyez-vous ? demain, je me garantis adorée.
Monsieur Orgon.
Eh bien, que vous importe ? S’il vous aime tant, qu’il vous épouse.
Lisette.
Quoi ! vous ne l’en empêcheriez pas ?
Monsieur Orgon.
Non, foi d’homme d’honneur, si tu le mènes jusque-là.
Lisette.
Monsieur, prenez-y garde. Jusqu’ici je n’ai pas
aidé à mes appas, je les ai laissé faire tout seuls,
j’ai ménagé sa tête : si je m’en mêle, je la renverse ;
il n’y aura plus de remède.
Monsieur Orgon.
Renverse, ravage, brûle, enfin épouse ; je te le
permets, si tu le peux.
Lisette.
Sur ce pied-là, je compte ma fortune faite.
Monsieur Orgon.
Mais dis-moi : ma fille t’a-t-elle parlé ? Que
pense-t-elle de son prétendu ?
Lisette.
Nous n’avons encore guère trouvé le moment de
nous parler, car ce prétendu m’obsède ; mais, à
vue de pays, je ne la crois pas contente ; je la
trouve triste, rêveuse, et je m’attends bien qu’elle
me priera de le rebuter.
Monsieur Orgon.
Et moi, je te le défends. J’évite de m’expliquer
avec elle : j’ai mes raisons pour faire durer ce
déguisement ; je veux qu’elle examine son futur
plus à loisir. Mais le valet, comment se gouverne-t-il ?
ne se mêle-t-il pas d’aimer ma fille ?
Lisette.
C’est un original ; j’ai remarqué qu’il fait l’homme de conséquence avec elle, parce qu’il
est bien tourné ; il la regarde et soupire.
Monsieur Orgon.
Et cela la fâche ?
Lisette.
Mais… elle rougit.
Monsieur Orgon.
Bon ! tu te trompes ; les regards d’un valet ne
l’embarrassent pas jusque-là.
Lisette.
Monsieur, elle rougit.
Monsieur Orgon.
C’est donc d’indignation.
Lisette.
À la bonne heure !
Monsieur Orgon.
Eh bien, quand tu lui parleras, dis-lui que tu
soupçonnes ce valet de la prévenir contre son
maître, et si elle se fâche, ne t’en inquiète point :
ce sont mes affaires. Mais voici Dorante, qui te cherche apparemment.
Scène première
LISETTE, MONSIEUR ORGON.
Monsieur Orgon.
Eh bien, que me veux-tu Lisette ?
Lisette.
J’ai à vous entretenir un moment.
Monsieur Orgon.
De quoi s’agit-il ?
Lisette.
De vous dire l’état où sont les choses, parce
qu’il est important que vous en soyez éclairci, afin
que vous n’ayez point à vous plaindre de moi.
Monsieur Orgon.
Ceci est donc bien sérieux ?
Lisette.
Oui, très sérieux. Vous avez consenti au déguisement
de Mlle Silvia ; moi-même je l’ai trouvé
d’abord sans conséquence ; mais je me suis trompée.
Monsieur Orgon.
Et de quelle conséquence est-il donc ?
Lisette.
Monsieur, on a de la peine à se louer soi-même ;
mais malgré toutes les règles de la modestie, il faut pourtant que je vous dise que, si vous ne
mettez ordre à ce qui arrive, votre prétendu n’aura
plus de cœur à donner à mademoiselle votre fille.
Il est temps qu’elle se déclare, cela presse ; car,
un jour plus tard, je n’en réponds plus.
Monsieur Orgon.
Eh ! d’où vient qu’il ne voudrait plus de ma
fille, quand il la connaîtra, te défies-tu de ses
charmes ?
Lisette.
Non ; mais vous ne vous méfiez pas assez des
miens. Je vous avertis qu’ils vont leur train, et je
ne vous conseille pas de les laisser faire.
Monsieur Orgon.
Je vous en fais mes compliments, Lisette. (Il rit.)
Ah ! ah ! ah !
Lisette.
Nous y voilà ; vous plaisantez, monsieur ; vous
vous moquez de moi ; j’en suis fâchée, car vous y serez pris.
Monsieur Orgon.
Ne t’en embarrasse pas, Lisette ; va ton chemin.
Lisette.
Je vous le répète encore, le cœur de Dorante va
bien vite. Tenez, actuellement, je lui plais beaucoup ;
ce soir, il m’aimera ; il m’adorera demain.
Je ne le mérite pas, il est de mauvais goût, vous
en direz ce qu’il vous plaira, mais cela ne laissera
pas que d’être. Voyez-vous ? demain, je me garantis adorée.
Monsieur Orgon.
Eh bien, que vous importe ? S’il vous aime tant, qu’il vous épouse.
Lisette.
Quoi ! vous ne l’en empêcheriez pas ?
Monsieur Orgon.
Non, foi d’homme d’honneur, si tu le mènes jusque-là.
Lisette.
Monsieur, prenez-y garde. Jusqu’ici je n’ai pas
aidé à mes appas, je les ai laissé faire tout seuls,
j’ai ménagé sa tête : si je m’en mêle, je la renverse ;
il n’y aura plus de remède.
Monsieur Orgon.
Renverse, ravage, brûle, enfin épouse ; je te le
permets, si tu le peux.
Lisette.
Sur ce pied-là, je compte ma fortune faite.
Monsieur Orgon.
Mais dis-moi : ma fille t’a-t-elle parlé ? Que
pense-t-elle de son prétendu ?
Lisette.
Nous n’avons encore guère trouvé le moment de
nous parler, car ce prétendu m’obsède ; mais, à
vue de pays, je ne la crois pas contente ; je la
trouve triste, rêveuse, et je m’attends bien qu’elle
me priera de le rebuter.
Monsieur Orgon.
Et moi, je te le défends. J’évite de m’expliquer
avec elle : j’ai mes raisons pour faire durer ce
déguisement ; je veux qu’elle examine son futur
plus à loisir. Mais le valet, comment se gouverne-t-il ?
ne se mêle-t-il pas d’aimer ma fille ?
Lisette.
C’est un original ; j’ai remarqué qu’il fait l’homme de conséquence avec elle, parce qu’il
est bien tourné ; il la regarde et soupire.
Monsieur Orgon.
Et cela la fâche ?
Lisette.
Mais… elle rougit.
Monsieur Orgon.
Bon ! tu te trompes ; les regards d’un valet ne
l’embarrassent pas jusque-là.
Lisette.
Monsieur, elle rougit.
Monsieur Orgon.
C’est donc d’indignation.
Lisette.
À la bonne heure !
Monsieur Orgon.
Eh bien, quand tu lui parleras, dis-lui que tu
soupçonnes ce valet de la prévenir contre son
maître, et si elle se fâche, ne t’en inquiète point :
ce sont mes affaires. Mais voici Dorante, qui te cherche apparemment.