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Les contemplations. Aujourd'huiChapitre 65 / 115

X

Et la terre, agitant la ronce à sa surface,

Dit : – L’homme est mort ; c’est bien ; que veut-on que j’en fasse

Pourquoi me le rend-on ?

Terre ! fais- en des fleurs ! des lys que l’aube arrose !

De cette bouche aux dents béantes, fais la rose

Entr’ouvrant son bouton !

Fais ruisseler ce sang dans tes sources d’eaux vives,

Et fais-le boire aux bœufs mugissants, tes. convives ;

Prends ces chairs en haillons ;

Fais de ces seins bleuis sortir des violettes,

Et couvre de ces yeux que t’offrent les squelettes

L’aile des papillons.

Fais avec tous ces morts une joyeuse vie.

Fais-en le fier torrent’ qui gronde et qui dévie,

La mousse aux frais tapis !

Fais-en des rocs, des joncs, des fruits, des vignes mûres,

Des brises, des parfums, des bois pleins de murmures,

Des sillons pleins d’épis !

Fais-en des buissons verts, fais-en de grandes herbes !

Et qu’en ton sein profond d’où se lèvent les gerbes,

A travers leur sommeil,

Les effroyables morts sans souffle et sans paroles

Se sentent frissonner dans toutes ces corolles

Qui tremblent au soleil !