XV
Qu’est-ce que tu feras de tant d’herbes fauchées,
O vent ? que feras-tu des pailles desséchées
Et de l’arbre abattu ?
Que feras-tu de ceux qui s’en vont avant l’heure,
Et de celui qui rit et de celui qui pleure,
O vent, qu’en feras-tu ?
Que feras-tu des cœurs ! que feras-tu des âmes ?
Nous aimâmes, hélas ! nous crûmes, nous pensâmes :
Un moment nous brillons ;
Puis, sur les panthéons ou sur les ossuaires,
Nous frissonnons, ceux-ci drapeaux, ceux-là suaires,
Tous, lambeaux et haillons !
Et ton souffle nous tient, nous arrache et nous ronge !
Et nous étions la vie, et nous sommes le songe !
Et voilà que tout fuit !
Et nous ne savons plus qui nous pousse et nous mène,
Et nous questionnons en vain notre âme pleine
De tonnerre et de nuit !