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Les contemplations. Aujourd'huiChapitre 69 / 115

XV

Qu’est-ce que tu feras de tant d’herbes fauchées,

O vent ? que feras-tu des pailles desséchées

Et de l’arbre abattu ?

Que feras-tu de ceux qui s’en vont avant l’heure,

Et de celui qui rit et de celui qui pleure,

O vent, qu’en feras-tu ?

Que feras-tu des cœurs ! que feras-tu des âmes ?

Nous aimâmes, hélas ! nous crûmes, nous pensâmes :

Un moment nous brillons ;

Puis, sur les panthéons ou sur les ossuaires,

Nous frissonnons, ceux-ci drapeaux, ceux-là suaires,

Tous, lambeaux et haillons !

Et ton souffle nous tient, nous arrache et nous ronge !

Et nous étions la vie, et nous sommes le songe !

Et voilà que tout fuit !

Et nous ne savons plus qui nous pousse et nous mène,

Et nous questionnons en vain notre âme pleine

De tonnerre et de nuit !

O vent, que feras-tu de ces tourbillons d’êtres,

Hommes, femmes, vieillards, enfants, esclaves, maîtres,

Souffrant, priant, aimant,

Doutant, peut-être cendre et peut-être semence,

Qui roulent, frémissants et pâles, vers l’immense

Évanouissement !