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Les contemplations. Aujourd'huiChapitre 76 / 115

IV

Donc ne nous disons pas : – Nous avons nos étoiles. –

Des flottes de soleils peut-être à pleines voiles

Viennent en ce moment ;

Peut-être que demain le Créateur terrible,

Refaisant notre nuit, va contre un autre crible

Changer le firmament.

Qui sait ? que savons-nous ? sur notre horizon sombre,

Que la création impénétrable encombre

De ses taillis sacrés,

Muraille obscure où vient battre le flot de l’être,

Peut-être allons-nous voir brusquement apparaître

Des astres effarés ;

Des astres éperdus arrivant des abîmes,

Venant des profondeurs ou descendant des cimes,

Et, sous nos noirs arceaux,

Entrant en foule, épars, ardents, pareils au rêve,

Comme dans un grand vent s’abat sur une grève

Une troupe d’oiseaux ;

Surgissant, clairs flambeaux, feux purs, rouges fournaises,

Aigrettes de rubis ou tourbillons de braises,

Sur nos bords, sur nos monts,

Et nous pétrifiant de leurs aspects étranges ;

Car dans le gouffre énorme il est des mondes anges

Et des soleils démons !

Peut-être en ce moment, du fond des nuits funèbres, "

Montant vers nous, gonflant ses vagues de ténèbres

Et ses flots de rayons,

Le muet Infini, sombre mer ignorée,

Roule vers notre ciel une grande marée

De constellations !

Marine-Terrace, avril 1854.