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Les Plaideurs (éditions Didot, 1854)Chapitre 12 / 27

Scène III.

L’INTIMÉ, ISABELLE, CHICANEAU.
CHICANEAU.

Oui, je suis donc un sot, un voleur, à son compte !
Un sergent s’est chargé de la remercier ;
Et je lui vais servir un plat de mon métier.
Je serais bien fâché que ce fût à refaire,
Ni qu’elle m’envoyât assigner la première.
Mais un homme ici parle à ma fille ! Comment !
Elle lit un billet ! Ah ! c’est de quelque amant.
Approchons.

ISABELLE.

Approchons. Tout de bon, ton maître est-il sincère ?
Le croirai-je ?

L’INTIMÉ.

Le croirai-je ? Il ne dort non plus que votre père.

(apercevant Chicaneau.)

Il se tourmente ; il vous… fera voir aujourd’hui

Que l’on ne gagne rien à plaider contre lui.

ISABELLE, apercevant Chicaneau.

C’est mon père !

(à l’Intimé.)

C’est mon père ! Vraiment, vous leur pouvez apprendre

Que si l’on nous poursuit nous saurons nous défendre.

(déchirant le billet.)

Tenez, voilà le cas qu’on fait de votre exploit.

CHICANEAU.

Comment ! C’est un exploit que ma fille lisoit !

Ah ! tu seras un jour l’honneur de ta famille :
Tu défendras ton bien. Viens, mon sang ; viens, ma fille.
Va, je t’achèterai le Praticien françois.
Mais, diantre ! il ne faut pas déchirer les exploits.

ISABELLE, à l’Intimé.

Au moins, dites-leur bien que je ne les crains guère :
Ils me feront plaisir ; je les mets à pis faire.

CHICANEAU.

Eh ! ne te fâche point.

ISABELLE, à l’Intimé.

Eh ! ne te fâche point. Adieu, monsieur.