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Les Plaideurs (éditions Didot, 1854)Chapitre 23 / 27

Scène XIV.

DANDIN, LÉANDRE, L’INTIMÉ, PETIT-JEAN.
PETIT-JEAN.

Contre un de vos voisins… Arrête ! arrête ! attrape !

LÉANDRE.

Ah ! c’est mon prisonnier, sans doute, qui s’échappe !

L’INTIMÉ.

Non, non, ne craignez rien.

PETIT-JEAN.

Non, non, ne craignez rien. Tout est perdu… Citron…
Votre chien… vient là-bas de manger un chapon.
Rien n’est sûr devant lui : ce qu’il trouve il l’emporte.

LÉANDRE.

Bon; voilà pour mon père une cause. Main-forte !
Qu’on se mette après lui. Courez tous.

DANDIN.

Qu’on se mette après lui. Courez tous. Point de bruit,
Tout doux. Un amené sans scandale suffit.

LÉANDRE.

Çà, mon père, il faut faire un exemple authentique.
Jugez sévèrement ce voleur domestique.

DANDIN.

Mais je veux faire au moins la chose avec éclat.
Il faut de part et d’autre avoir un avocat.
Nous n’en avons pas un.

LÉANDRE.

Nous n’en avons pas un. Eh bien ! il en faut faire.
Voilà votre portier et votre secrétaire :

Vous en ferez, je crois, d’excellents avocats ;
Ils sont fort ignorants.

L’INTIMÉ.

Ils sont fort ignorants. Non pas, monsieur, non pas.
J’endormirai monsieur tout aussi bien qu’un autre.

PETIT-JEAN.

Pour moi, je ne sais rien ; n’attendez rien du nôtre.

LÉANDRE.

C’est ta première cause, et l’on te la fera.

PETIT-JEAN.

Mais je ne sais pas lire.

LÉANDRE.

Mais je ne sais pas lire. Eh ! l’on te soufflera.

DANDIN.

Allons nous préparer. Çà, messieurs, point d’intrigue.
Fermons l’œil aux présents, et l’oreille à la brigue.
Vous, maître Petit-Jean, serez le demandeur ;
Vous, maître l’Intimé, soyez le défendeur.