SCÈNE III
Une fontaine dans le parc.
Entre Pelléas.
PELLÉAS.
C'est le dernier soir… Le dernier soir… Il faut
que tout finisse… J'ai joué comme un enfant
autour d'une chose que je ne soupçonnais pas…
J'ai joué en rêve autour des pièges de la destinée…
Qui est-ce qui m'a réveillé tout à coup? Je
vais fuir en criant de joie et de douleur comme
un aveugle qui fuirait l'incendie de sa maison…
Je vais lui dire que je vais fuir… Il est tard; elle
ne vient pas… Je ferais mieux de m'en aller sans
la revoir… Il faut que je la regarde bien cette
fois-ci… Il y a des choses que je ne me rappelle
plus… on dirait, par moment, qu'il y a plus de
cent ans que je ne l'ai vue… Et je n'ai pas encore
regardé son regard… Il ne me reste rien si je m'en
vais ainsi. Et tous ces souvenirs… c'est comme si
j'emportais un peu d'eau dans un sac de mousseline…
Il faut que je la voie une dernière fois,
jusqu'au fond de son cœur… Il faut que je lui
dise tout ce que je n'ai pas dit…
Entre Mélisande.
MÉLISANDE.
Pelléas?
PELLÉAS.
Mélisande!—Est-ce toi, Mélisande?
MÉLISANDE.
Oui.
PELLÉAS.
Viens ici: ne reste pas au bord du clair de
lune.—Viens ici. Nous avons tant de choses à
nous dire… Viens ici dans l'ombre du tilleul.
MÉLISANDE.
Laisse-moi dans la clarté…
PELLÉAS.
On pourrait nous voir des fenêtres de la tour.
Viens ici; ici, nous n'avons rien à craindre.—Prends
garde; on pourrait nous voir…
MÉLISANDE.
Je veux qu'on me voie…
PELLÉAS.
Qu'as-tu donc?—Tu as pu sortir sans qu'on
s'en soit aperçu?
MÉLISANDE.
Oui; votre frère dormait…
PELLÉAS.
Il est tard.—Dans une heure on fermera les
portes. Il faut prendre garde. Pourquoi es-tu
venue si tard?
MÉLISANDE.
Votre frère avait un mauvais rêve. Et puis ma
robe s'est accrochée aux clous de la porte. Voyez,
elle est déchirée. J'ai perdu tout ce temps et j'ai
couru…
PELLÉAS.
Ma pauvre Mélisande!… J'aurais presque peur
de te toucher… Tu es encore hors d'haleine
comme un oiseau pourchassé… C'est pour moi,
pour moi que tu fais tout cela?… J'entends
battre ton cœur comme si c'était le mien… Viens
ici… plus près, plus près de moi.
MÉLISANDE.
Pourquoi riez-vous?
PELLÉAS.
Je ne ris pas;—ou bien je ris de joie, sans le
savoir… Il y aurait plutôt de quoi pleurer…
MÉLISANDE.
Nous sommes venus ici il y a bien longtemps…
Je me rappelle.
PELLÉAS.
Oui… Il y a de longs mois.—Alors, je ne
savais pas… Sais-tu pourquoi je t'ai demandé de
venir ce soir?
MÉLISANDE.
Non.
PELLÉAS.
C'est peut-être la dernière fois que je te vois…
Il faut que je m'en aille pour toujours…
MÉLISANDE.
Pourquoi dis-tu toujours que tu t'en vas?…
PELLÉAS.
Je dois te dire ce que tu sais déjà!—Tu ne
sais pas ce que je vais te dire?
MÉLISANDE.
Mais non, mais non; je ne sais rien…
PELLÉAS.
Tu ne sais pas pourquoi il faut que je m'éloigne…
Il l'embrasse brusquement. Tu ne sais pas
que c'est parce que je t'aime…
MÉLISANDE, à voix basse.
Je t'aime aussi…
PELLÉAS.
Oh! Qu'as-tu dit, Mélisande! Je ne l'ai presque
pas entendu!… On a brisé la glace avec des
fers rougis!… Tu dis cela d'une voix qui vient
du bout du monde!… Je ne t'ai presque pas
entendue… Tu m'aimes?—Tu m'aimes aussi?…
Depuis quand m'aimes-tu?
MÉLISANDE.
Depuis toujours… Depuis que je t'ai vu…
PELLÉAS.
Oh! comme tu dis cela!… On dirait que ta
voix a passé sur la mer au printemps!… je ne l'ai
jamais entendue jusqu'ici… on dirait qu'il a plu
sur mon cœur! Tu dis cela si franchement!…
Comme un ange qu'on interroge!… Je ne puis
pas le croire, Mélisande!… Pourquoi m'aimerais-tu?—Mais
pourquoi m'aimes-tu!—Est-ce vrai
ce que tu dis?—Tu ne me trompes pas?—Tu
ne mens pas un peu, pour me faire sourire?…
MÉLISANDE.
Non; je ne mens jamais; je ne mens qu'à ton
frère…
PELLÉAS.
Oh! Comme tu dis cela!… Ta voix! ta voix…
Elle est plus fraîche et plus franche que l'eau!…
On dirait de l'eau pure sur mes lèvres!… On dirait
de l'eau pure sur mes mains… Donne-moi,
donne-moi tes mains. Oh! tes mains sont petites!…
Je ne savais pas que tu étais si belle!… Je
n'avais jamais rien vu d'aussi beau, avant toi…
J'étais inquiet, je cherchais partout dans la maison…
Je cherchais partout dans la campagne…
Et je ne trouvais pas la beauté… Et maintenant
je t'ai trouvée!… Je t'ai trouvée!… Je ne crois
pas qu'il y ait sur la terre une femme plus belle!…
Où es-tu?—Je ne t'entends plus respirer…
MÉLISANDE.
C'est que je te regarde…
PELLÉAS.
Pourquoi me regardes-tu si gravement!—Nous
sommes déjà dans l'ombre.—Il fait trop noir
sous cet arbre. Viens dans la lumière. Nous ne
pouvons pas voir combien nous sommes heureux.
Viens, viens; il nous reste si peu de temps…
MÉLISANDE.
Non, non; restons ici… Je suis plus près de toi
dans l'obscurité…
PELLÉAS.
Où sont tes yeux?—Tu ne vas pas me fuir?—Tu
ne songes pas à moi en ce moment.
MÉLISANDE.
Mais si, mais si, je ne songe qu'à toi…
PELLÉAS.
Tu regardais ailleurs…
MÉLISANDE.
Je te voyais ailleurs…
PELLÉAS.
Tu es distraite. Qu'as-tu donc?—Tu ne me
sembles pas heureuse…
MÉLISANDE.
Si, si; je suis heureuse, mais je suis triste…
PELLÉAS.
Quel est ce bruit?—On ferme les portes!…
MÉLISANDE.
Oui, on a fermé les portes…
PELLÉAS.
Nous ne pouvons plus rentrer!—Entends-tu
les verrous?—Écoute! écoute!… les grandes
chaînes!… Il est trop tard, il est trop tard!…
MÉLISANDE.
Tant mieux! Tant mieux!
PELLÉAS.
Tu?… Voilà, voilà!… Ce n'est plus nous qui le
voulons!… Tout est perdu, tout est sauvé! tout
est sauvé ce soir!—Viens! viens… Mon cœur
bat comme un fou jusqu'au fond de ma gorge…
Il l'enlace. Écoute! mon cœur est sur le point de
m'étrangler… Viens! viens!… Ah! qu'il fait beau
dans les ténèbres!…
MÉLISANDE.
Il y a quelqu'un derrière nous!…
PELLÉAS.
Je ne vois personne…
MÉLISANDE.
J'ai entendu du bruit…
PELLÉAS.
Je n'entends que ton cœur dans l'obscurité…
MÉLISANDE.
J'ai entendu craquer les feuilles mortes…
PELLÉAS.
C'est le vent qui s'est tû tout à coup… Il est
tombé pendant que nous nous embrassions…
MÉLISANDE.
Comme nos ombres sont grandes ce soir!…
PELLÉAS.
Elles s'enlacent jusqu'au fond du jardin… Oh!
qu'elles s'embrassent loin de nous!… Regarde!
Regarde!…
MÉLISANDE, d'une voix étouffée.
A-a-h!—Il est derrière un arbre!
PELLÉAS.
Qui?
MÉLISANDE.
Golaud!
PELLÉAS.
Golaud?—où donc?—je ne vois rien…
MÉLISANDE.
Là… au bout de nos ombres…
PELLÉAS.
Oui, oui; je l'ai vu… Ne nous retournons pas
brusquement…
MÉLISANDE.
Il a son épée…
PELLÉAS.
Je n'ai pas la mienne…
MÉLISANDE.
Il a vu que nous nous embrassions…
PELLÉAS.
Il ne sait pas que nous l'avons vu… Ne bouge
pas; ne tourne pas la tête… Il se précipiterait…
Il nous observe… Il est encore immobile… Va-t'en,
va-t'en tout de suite par ici… Je l'attendrai…
Je l'arrêterai…
MÉLISANDE.
Non, non, non!…
PELLÉAS.
Va-t'en! va-t'en! Il a tout vu!… Il nous tuera!…
MÉLISANDE.
Tant mieux! tant mieux! tant mieux!…
PELLÉAS.
Il vient! il vient!… Ta bouche!… Ta bouche!…
MÉLISANDE.
Oui!… Oui!… Oui!…
Ils s'embrassent éperdument.
PELLÉAS.
Oh! oh! Toutes les étoiles tombent…
MÉLISANDE.
Sur moi aussi! sur moi aussi!…
PELLÉAS.
Toutes! toutes! toutes!…
Golaud se précipite sur eux l'épée à la main,
et frappe Pelléas, qui tombe au bord de la
fontaine. Mélisande fuit épouvantée.
MÉLISANDE, fuyant.
Oh! oh! Je n'ai pas de courage!… Je n'ai pas
de courage!…
Golaud la poursuit à travers le bois, en silence.
SCÈNE III
Une fontaine dans le parc.
Entre Pelléas.
PELLÉAS.
C'est le dernier soir… Le dernier soir… Il faut
que tout finisse… J'ai joué comme un enfant
autour d'une chose que je ne soupçonnais pas…
J'ai joué en rêve autour des pièges de la destinée…
Qui est-ce qui m'a réveillé tout à coup? Je
vais fuir en criant de joie et de douleur comme
un aveugle qui fuirait l'incendie de sa maison…
Je vais lui dire que je vais fuir… Il est tard; elle
ne vient pas… Je ferais mieux de m'en aller sans
la revoir… Il faut que je la regarde bien cette
fois-ci… Il y a des choses que je ne me rappelle
plus… on dirait, par moment, qu'il y a plus de
cent ans que je ne l'ai vue… Et je n'ai pas encore
regardé son regard… Il ne me reste rien si je m'en
vais ainsi. Et tous ces souvenirs… c'est comme si
j'emportais un peu d'eau dans un sac de mousseline…
Il faut que je la voie une dernière fois,
jusqu'au fond de son cœur… Il faut que je lui
dise tout ce que je n'ai pas dit…
Entre Mélisande.
MÉLISANDE.
Pelléas?
PELLÉAS.
Mélisande!—Est-ce toi, Mélisande?
MÉLISANDE.
Oui.
PELLÉAS.
Viens ici: ne reste pas au bord du clair de
lune.—Viens ici. Nous avons tant de choses à
nous dire… Viens ici dans l'ombre du tilleul.
MÉLISANDE.
Laisse-moi dans la clarté…
PELLÉAS.
On pourrait nous voir des fenêtres de la tour.
Viens ici; ici, nous n'avons rien à craindre.—Prends
garde; on pourrait nous voir…
MÉLISANDE.
Je veux qu'on me voie…
PELLÉAS.
Qu'as-tu donc?—Tu as pu sortir sans qu'on
s'en soit aperçu?
MÉLISANDE.
Oui; votre frère dormait…
PELLÉAS.
Il est tard.—Dans une heure on fermera les
portes. Il faut prendre garde. Pourquoi es-tu
venue si tard?
MÉLISANDE.
Votre frère avait un mauvais rêve. Et puis ma
robe s'est accrochée aux clous de la porte. Voyez,
elle est déchirée. J'ai perdu tout ce temps et j'ai
couru…
PELLÉAS.
Ma pauvre Mélisande!… J'aurais presque peur
de te toucher… Tu es encore hors d'haleine
comme un oiseau pourchassé… C'est pour moi,
pour moi que tu fais tout cela?… J'entends
battre ton cœur comme si c'était le mien… Viens
ici… plus près, plus près de moi.
MÉLISANDE.
Pourquoi riez-vous?
PELLÉAS.
Je ne ris pas;—ou bien je ris de joie, sans le
savoir… Il y aurait plutôt de quoi pleurer…
MÉLISANDE.
Nous sommes venus ici il y a bien longtemps…
Je me rappelle.
PELLÉAS.
Oui… Il y a de longs mois.—Alors, je ne
savais pas… Sais-tu pourquoi je t'ai demandé de
venir ce soir?
MÉLISANDE.
Non.
PELLÉAS.
C'est peut-être la dernière fois que je te vois…
Il faut que je m'en aille pour toujours…
MÉLISANDE.
Pourquoi dis-tu toujours que tu t'en vas?…
PELLÉAS.
Je dois te dire ce que tu sais déjà!—Tu ne
sais pas ce que je vais te dire?
MÉLISANDE.
Mais non, mais non; je ne sais rien…
PELLÉAS.
Tu ne sais pas pourquoi il faut que je m'éloigne…
Il l'embrasse brusquement. Tu ne sais pas
que c'est parce que je t'aime…
MÉLISANDE, à voix basse.
Je t'aime aussi…
PELLÉAS.
Oh! Qu'as-tu dit, Mélisande! Je ne l'ai presque
pas entendu!… On a brisé la glace avec des
fers rougis!… Tu dis cela d'une voix qui vient
du bout du monde!… Je ne t'ai presque pas
entendue… Tu m'aimes?—Tu m'aimes aussi?…
Depuis quand m'aimes-tu?
MÉLISANDE.
Depuis toujours… Depuis que je t'ai vu…
PELLÉAS.
Oh! comme tu dis cela!… On dirait que ta
voix a passé sur la mer au printemps!… je ne l'ai
jamais entendue jusqu'ici… on dirait qu'il a plu
sur mon cœur! Tu dis cela si franchement!…
Comme un ange qu'on interroge!… Je ne puis
pas le croire, Mélisande!… Pourquoi m'aimerais-tu?—Mais
pourquoi m'aimes-tu!—Est-ce vrai
ce que tu dis?—Tu ne me trompes pas?—Tu
ne mens pas un peu, pour me faire sourire?…
MÉLISANDE.
Non; je ne mens jamais; je ne mens qu'à ton
frère…
PELLÉAS.
Oh! Comme tu dis cela!… Ta voix! ta voix…
Elle est plus fraîche et plus franche que l'eau!…
On dirait de l'eau pure sur mes lèvres!… On dirait
de l'eau pure sur mes mains… Donne-moi,
donne-moi tes mains. Oh! tes mains sont petites!…
Je ne savais pas que tu étais si belle!… Je
n'avais jamais rien vu d'aussi beau, avant toi…
J'étais inquiet, je cherchais partout dans la maison…
Je cherchais partout dans la campagne…
Et je ne trouvais pas la beauté… Et maintenant
je t'ai trouvée!… Je t'ai trouvée!… Je ne crois
pas qu'il y ait sur la terre une femme plus belle!…
Où es-tu?—Je ne t'entends plus respirer…
MÉLISANDE.
C'est que je te regarde…
PELLÉAS.
Pourquoi me regardes-tu si gravement!—Nous
sommes déjà dans l'ombre.—Il fait trop noir
sous cet arbre. Viens dans la lumière. Nous ne
pouvons pas voir combien nous sommes heureux.
Viens, viens; il nous reste si peu de temps…
MÉLISANDE.
Non, non; restons ici… Je suis plus près de toi
dans l'obscurité…
PELLÉAS.
Où sont tes yeux?—Tu ne vas pas me fuir?—Tu
ne songes pas à moi en ce moment.
MÉLISANDE.
Mais si, mais si, je ne songe qu'à toi…
PELLÉAS.
Tu regardais ailleurs…
MÉLISANDE.
Je te voyais ailleurs…
PELLÉAS.
Tu es distraite. Qu'as-tu donc?—Tu ne me
sembles pas heureuse…
MÉLISANDE.
Si, si; je suis heureuse, mais je suis triste…
PELLÉAS.
Quel est ce bruit?—On ferme les portes!…
MÉLISANDE.
Oui, on a fermé les portes…
PELLÉAS.
Nous ne pouvons plus rentrer!—Entends-tu
les verrous?—Écoute! écoute!… les grandes
chaînes!… Il est trop tard, il est trop tard!…
MÉLISANDE.
Tant mieux! Tant mieux!
PELLÉAS.
Tu?… Voilà, voilà!… Ce n'est plus nous qui le
voulons!… Tout est perdu, tout est sauvé! tout
est sauvé ce soir!—Viens! viens… Mon cœur
bat comme un fou jusqu'au fond de ma gorge…
Il l'enlace. Écoute! mon cœur est sur le point de
m'étrangler… Viens! viens!… Ah! qu'il fait beau
dans les ténèbres!…
MÉLISANDE.
Il y a quelqu'un derrière nous!…
PELLÉAS.
Je ne vois personne…
MÉLISANDE.
J'ai entendu du bruit…
PELLÉAS.
Je n'entends que ton cœur dans l'obscurité…
MÉLISANDE.
J'ai entendu craquer les feuilles mortes…
PELLÉAS.
C'est le vent qui s'est tû tout à coup… Il est
tombé pendant que nous nous embrassions…
MÉLISANDE.
Comme nos ombres sont grandes ce soir!…
PELLÉAS.
Elles s'enlacent jusqu'au fond du jardin… Oh!
qu'elles s'embrassent loin de nous!… Regarde!
Regarde!…
MÉLISANDE, d'une voix étouffée.
A-a-h!—Il est derrière un arbre!
PELLÉAS.
Qui?
MÉLISANDE.
Golaud!
PELLÉAS.
Golaud?—où donc?—je ne vois rien…
MÉLISANDE.
Là… au bout de nos ombres…
PELLÉAS.
Oui, oui; je l'ai vu… Ne nous retournons pas
brusquement…
MÉLISANDE.
Il a son épée…
PELLÉAS.
Je n'ai pas la mienne…
MÉLISANDE.
Il a vu que nous nous embrassions…
PELLÉAS.
Il ne sait pas que nous l'avons vu… Ne bouge
pas; ne tourne pas la tête… Il se précipiterait…
Il nous observe… Il est encore immobile… Va-t'en,
va-t'en tout de suite par ici… Je l'attendrai…
Je l'arrêterai…
MÉLISANDE.
Non, non, non!…
PELLÉAS.
Va-t'en! va-t'en! Il a tout vu!… Il nous tuera!…
MÉLISANDE.
Tant mieux! tant mieux! tant mieux!…
PELLÉAS.
Il vient! il vient!… Ta bouche!… Ta bouche!…
MÉLISANDE.
Oui!… Oui!… Oui!…
Ils s'embrassent éperdument.
PELLÉAS.
Oh! oh! Toutes les étoiles tombent…
MÉLISANDE.
Sur moi aussi! sur moi aussi!…
PELLÉAS.
Toutes! toutes! toutes!…
Golaud se précipite sur eux l'épée à la main,
et frappe Pelléas, qui tombe au bord de la
fontaine. Mélisande fuit épouvantée.
MÉLISANDE, fuyant.
Oh! oh! Je n'ai pas de courage!… Je n'ai pas
de courage!…
Golaud la poursuit à travers le bois, en silence.