Scène II.
RODELINDE, ÉDÜIGE.
ÉDÜIGE.
Votre félicité sera mal assurée
Dessus un fondement de si peu de durée.
Vous avez toutefois de si puissants appas…
RODELINDE.
810Je sais quelques secrets que vous ne savez pas ;
Et si j’ai moins que vous d’attraits et de mérite,
J’ai des moyens plus sûrs d’empêcher qu’on me quitte.
ÉDÜIGE.
RODELINDE.
Mon exemple…Souffrez que je n’en craigne rien,
Et par votre malheur ne jugez pas du mien.
815Chacun à ses périls peut suivre sa fortune[3],
Et j’ai quelques soucis que l’exemple importune.
ÉDÜIGE.
Ce n’est pas mon dessein de vous importuner.
RODELINDE.
Ce n’est pas mon dessein aussi de vous gêner ;
Mais votre jalousie un peu trop inquiète
820Se donne malgré moi cette gêne secrète.
ÉDÜIGE.
Je ne suis point jalouse, et l’infidélité…
RODELINDE.
Eh bien ! soit jalousie ou curiosité,
Depuis quand sommes-nous en telle intelligence
Que tout mon cœur vous doive entière confidence ?
ÉDÜIGE.
825Je n’en prétends aucune, et c’est assez pour moi
D’avoir bien entendu comme il accepte un roi.
RODELINDE.
On n’entend pas toujours ce qu’on croit bien entendre.
ÉDÜIGE.
De vrai, dans un discours difficile à comprendre,
Je ne devine point, et n’en ai pas l’esprit ;
830Mais l’esprit n’a que faire où l’oreille suffit.
RODELINDE.
Il faudroit que l’oreille entendît la pensée[4].
ÉDÜIGE.
J’entends assez la vôtre : on vous aura forcée ;
On vous aura fait peur, ou de la mort d’un fils,
Ou de ce qu’un tyran se croit être permis,
835Et l’on fera courir quelque mauvaise excuse
Dont la cour s’éblouisse et le peuple s’abuse.
Mais cependant ce cœur que vous m’abandonniez…
RODELINDE.
Il n’est pas temps encore que vous vous en plaigniez :
Comme il m’a fait des lois, j’ai des lois à lui faire.
ÉDÜIGE.
840Il les acceptera pour ne vous pas déplaire ;
Prenez-en sa parole, il sait bien la garder[5].
RODELINDE.
Pour remonter au trône on peut tout hasarder.
Laissez-m’en, quoi qu’il fasse, ou la gloire ou la honte,
Puisque ce n’est qu’à moi que j’en dois rendre conte[6].
845Si votre cœur souffroit ce que souffre le mien,
Vous ne vous plairiez pas en un tel entretien ;
Et votre âme à ce prix voyant un diadème,
Voudroit en liberté se consulter soi-même.
ÉDÜIGE.
Je demande pardon si je vous fais souffrir,
850Et vais me retirer pour ne vous plus aigrir.
RODELINDE.
Allez, et demeurez dans cette erreur confuse :
Vous ne méritez pas que je vous désabuse.
ÉDÜIGE.
Ce cher amant sans moi vous entretiendra mieux,
Et je n’ai plus besoin de[7] rapport de mes yeux.
Scène II.
RODELINDE, ÉDÜIGE.
ÉDÜIGE.
Votre félicité sera mal assurée
Dessus un fondement de si peu de durée.
Vous avez toutefois de si puissants appas…
RODELINDE.
810Je sais quelques secrets que vous ne savez pas ;
Et si j’ai moins que vous d’attraits et de mérite,
J’ai des moyens plus sûrs d’empêcher qu’on me quitte.
ÉDÜIGE.
RODELINDE.
Mon exemple…Souffrez que je n’en craigne rien,
Et par votre malheur ne jugez pas du mien.
815Chacun à ses périls peut suivre sa fortune[3],
Et j’ai quelques soucis que l’exemple importune.
ÉDÜIGE.
Ce n’est pas mon dessein de vous importuner.
RODELINDE.
Ce n’est pas mon dessein aussi de vous gêner ;
Mais votre jalousie un peu trop inquiète
820Se donne malgré moi cette gêne secrète.
ÉDÜIGE.
Je ne suis point jalouse, et l’infidélité…
RODELINDE.
Eh bien ! soit jalousie ou curiosité,
Depuis quand sommes-nous en telle intelligence
Que tout mon cœur vous doive entière confidence ?
ÉDÜIGE.
825Je n’en prétends aucune, et c’est assez pour moi
D’avoir bien entendu comme il accepte un roi.
RODELINDE.
On n’entend pas toujours ce qu’on croit bien entendre.
ÉDÜIGE.
De vrai, dans un discours difficile à comprendre,
Je ne devine point, et n’en ai pas l’esprit ;
830Mais l’esprit n’a que faire où l’oreille suffit.
RODELINDE.
Il faudroit que l’oreille entendît la pensée[4].
ÉDÜIGE.
J’entends assez la vôtre : on vous aura forcée ;
On vous aura fait peur, ou de la mort d’un fils,
Ou de ce qu’un tyran se croit être permis,
835Et l’on fera courir quelque mauvaise excuse
Dont la cour s’éblouisse et le peuple s’abuse.
Mais cependant ce cœur que vous m’abandonniez…
RODELINDE.
Il n’est pas temps encore que vous vous en plaigniez :
Comme il m’a fait des lois, j’ai des lois à lui faire.
ÉDÜIGE.
840Il les acceptera pour ne vous pas déplaire ;
Prenez-en sa parole, il sait bien la garder[5].
RODELINDE.
Pour remonter au trône on peut tout hasarder.
Laissez-m’en, quoi qu’il fasse, ou la gloire ou la honte,
Puisque ce n’est qu’à moi que j’en dois rendre conte[6].
845Si votre cœur souffroit ce que souffre le mien,
Vous ne vous plairiez pas en un tel entretien ;
Et votre âme à ce prix voyant un diadème,
Voudroit en liberté se consulter soi-même.
ÉDÜIGE.
Je demande pardon si je vous fais souffrir,
850Et vais me retirer pour ne vous plus aigrir.
RODELINDE.
Allez, et demeurez dans cette erreur confuse :
Vous ne méritez pas que je vous désabuse.
ÉDÜIGE.
Ce cher amant sans moi vous entretiendra mieux,
Et je n’ai plus besoin de[7] rapport de mes yeux.