Scène VI.
PERTHARITE, RODELINDE, UNULPHE
UNULPHE.
Madame, achevez promptement :
Le Roi, de plus en plus se rendant intraitable,
Mande vers lui ce prince, ou faux, ou véritable.
PERTHARITE.
Adieu, puisqu’il le faut ; et croyez qu’un époux
A tous les sentiments qu’il doit avoir de vous[24].
Il voit tout votre amour et tout votre mérite ;
Et mourant sans regret, à regret il vous quitte.
RODELINDE.
Adieu, puisqu’on m’y force ; et recevez ma foi
Que l’on me verra digne et de vous et de moi.
PERTHARITE.
Ne vous exposez point au même précipice.
RODELINDE.
Le ciel hait les tyrans, et nous fera justice.
PERTHARITE.
Hélas ! s’il étoit juste, il vous auroit donné
Un plus puissant monarque, ou moins infortuné.
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
- ↑ Var. Seigneur, ou je m’abuse en cette occasion,
Ou ce retour soudain n’est qu’une illusion. (1653-56) - ↑ Var. [Et leur inimitié s’accorde à vous jouer.]
GRIM. Duc, je n’en doute plus ; mais je ne puis comprendre
De quel front l’imposteur en mes mains se vient rendre.
Si sous la ressemblance et le nom de son roi
Il avoit soulevé le peuple contre moi,
Et qu’il eût ménagé si bien ses artifices
Qu’il eût pu par la fuite éviter les supplices,
Qu’il fût en mon pouvoir par un coup de malheur,
Son espoir auroit eu du moins quelque couleur ;
Mais se livrer lui-même et sans rien entreprendre !
Duc, encore une fois, je ne le puis comprendre :
C’est être bien stupide ou bien désespéré,
Que de chercher soi-même un trépas assuré.
GARIB. Édüige, Seigneur, n’a pris soin de l’instruire
Que pour vous dégager, et non pour vous détruire ;
C’est son ambition qui vous veut pour époux,
Et ne vous veut que roi pour régner avec vous.
Il lui suffit qu’il parle, et qu’il vous embarrasse ;
Et quant à lui, Seigneur, il est sûr de sa grâce ;
[Car soit que ses discours puissent vous émouvoir.] (1653-56) - ↑ Où mon cœur se laisse aller, que mon cœur se permet. Voyez le Lexique, et tome I, p. 208.
- ↑ Var. Et lui prête la main pour se tirer des fers. (1653-56)
- ↑ Var. Duc, ne t’y force plus, et me rends ma parole. (1653-56)
- ↑ Var. Eût pu dans son amour suivre mes sentiments. (1653-56)
- ↑ Var. Jusqu’à faire sortir des ombres des tombeaux. (1653-56)
- ↑ Var. Il ne m’a point surpris quand il s’est présenté. (1653-56)
- ↑ Thomas Corneille (1692) et Voltaire ont ajouté un : « Agis comme un tyran. »
- ↑ Var. La reine qui me brave et qui par grandeur d’âme
Veut être tout ensemble et n’être pas sa femme. (1653-56) - ↑ Var. Je n’en crains plus les feux. (1653-56)
- ↑ Var. Je te veux faire grâce : avoue et me confesse. (1653-56)
- ↑ Var. Le bruit de tes vertus est ce qui m’a séduit,
Et je ne connois point ici d’autre faux bruit.
Partout on te publie et juste, et magnanime,
Et cet abus t’amène une grande victime. (1653-56) - ↑ Var. Connoîtront par ma mort qu’ils n’adoroient en toi
Que de fausses couleurs qui te peignoient en roi. (1653-56) - ↑ Var. [Car puisqu’enfin tu veux la vérité sincère,]
Mon cœur désabusé n’est plus ce qu’il étoit ;
Il ne voit plus en toi ce qu’il y respectoit :
Au lieu d’un grand héros qu’il crut voir en ma place,
Il n’y voit qu’un tyran plein de rage et d’audace,
Qui ne laisse à ce cœur former d’autres souhaits
Que d’en pouvoir bientôt délivrer mes sujets.
[Crains-moi, si je t’échappe ; et sois sûr de ta perte.] (1653-56) - ↑ Var. Je connois mon époux à ces illustres marques :
C’est lui, c’est le vrai sang de nos premiers monarques ;
C’est… GRIM. C’est à présent lui, quand il est mieux instruit
À montrer plus d’orgueil et faire plus de bruit !
Dans l’inégalité qui sort de votre bouche,
Quel de vos sentiments voulez-vous qui me touche ?
Ce n’est pas lui, c’est lui, c’est ce que vous voudrez,
Mais je n’en croirai pas ce que vous résoudrez,
Si par son propre aveu la fourbe reconnue
Ne détrompe à mes yeux la populace émue :
Pensez-y bien, Madame, et dans ce même lieu
Dites-lui, s’il n’avoue, un éternel adieu.
[Laissons-les seuls, Unulphe, et demeure à la porte ;]
Qu’aucun sans mon congé n’entre ici, ni n’en sorte.
SCÈNE V.
PERTHARITE, RODELINDE.
ROD. Le coup qui te menace est sensible pour moi ;
Mais n’attends point de pleurs, puisque tu meurs en roi.
Mon amour généreux hait ces molles bassesses
[Où d’un sexe craintif descendent les foiblesses.]
Dedans ce cœur de femme il a su s’affermir :
Je la suis pour t’aimer, et non pas pour gémir ;
Et ma douleur, pressée avecque violence,
[Se résout toute entière en ardeur de vengeance,]
Et n’arrête mes yeux sur ton funeste sort
Que pour sauver ta vie, ou pour venger ta mort. (1653-56) - ↑ Var. Où tous mes alliés me refusent leur bras. (1660-64)
- ↑ Var. Est-ce là donc le prix de cette résistance
Que pour ton ombre seule a rendu ma constance ?
Quand je t’ai cru sans vie, et qu’un si grand vainqueur. (1653-56) - ↑ Var. [De monter au plus haut de la félicité.]
Je le vois sans regret, et j’y cours sans murmure.
Vous m’avez la première accusé d’imposture :
Votre amant vous en croit, et ce n’est qu’après vous
Qu’il prononce l’arrêt d’un malheureux époux.
ROD. Quoi ? j’aurois pu t’aimer, j’aurois pu te connoître,
Te voyant accepter mon tyran pour ton maître !
Qui peut céder un trône à son usurpateur,
S’il se dit encor roi, n’est qu’un lâche imposteur ;
Et j’en désavouerois mille fois ton visage,
Si tu n’avois changé de cœur et de langage.
Mais puisqu’enfin le ciel daigne t’inspirer mieux,
Que d’autres sentiments me donnent d’autres yeux…
PERTH. Vous me reconnoissez quand j’achève de vivre,
Et que de mes malheurs ce tyran vous délivre.
ROD. Ah ! Seigneur. PERTH. Ah ! Madame, étoit-ce lâcheté
De lui céder pour vous un droit qui m’est resté ?
J’aurois plus fait encore, et vous voyant captive,
J’aurois même cédé la puissance effective,
Et pour vous racheter je serois descendu
D’un trône encor plus haut que celui qui m’est dû.
Ne vous figurez plus qu’un mari qui vous aime,
Vous voyant dans les fers, soit maître de soi-même,
Ce généreux vainqueur, à vos pieds abattu,
Renonce bien pour vous à toute sa vertu.
[D’un conquérant si grand et d’un héros si rare]
Vous en faites vous seule un tyran, un barbare ;
[Il l’est, mais seulement pour vaincre vos refus.
Soyez à lui, Madame, il ne le sera plus ;]
Vous lui rendrez sa gloire, et vous verrez finie
Avecque vos mépris toute sa tyrannie.
Ainsi de votre amour le souverain bonheur
Coûte au vaincu la vie, au conquérant l’honneur ;
Mais je tiens cette vie heureusement perdue,
Puisque… (1653-56) - ↑ Var. Pour briller avec gloire, il lui faut mon trépas. (1660-64)
- ↑ Var. N’achève pas un discours qui me tue. (1653-63)
- ↑ Var. Et ne me force pas à mourir de douleur. (1653-60)
- ↑ Var. Jusqu’à baiser la main fumante de ton sang !
Ah ! tu me connois mieux, cher époux, ou peut-être,
Pour t’avoir méconnu, tu me veux méconnoître.
Mais c’est trop te venger d’un premier mouvement
Que ma gloire (a)… (1653-56)
(a) La scène finit là dans les éditions indiquées. - ↑ Var. N’a que les sentiments qu’il doit avoir de vous. (1653-56)
- ↑ Var. Seigneur, ou je m’abuse en cette occasion,
Ou ce retour soudain n’est qu’une illusion. (1653-56) - ↑ Var. [Et leur inimitié s’accorde à vous jouer.]
GRIM. Duc, je n’en doute plus ; mais je ne puis comprendre
De quel front l’imposteur en mes mains se vient rendre.
Si sous la ressemblance et le nom de son roi
Il avoit soulevé le peuple contre moi,
Et qu’il eût ménagé si bien ses artifices
Qu’il eût pu par la fuite éviter les supplices,
Qu’il fût en mon pouvoir par un coup de malheur,
Son espoir auroit eu du moins quelque couleur ;
Mais se livrer lui-même et sans rien entreprendre !
Duc, encore une fois, je ne le puis comprendre :
C’est être bien stupide ou bien désespéré,
Que de chercher soi-même un trépas assuré.
GARIB. Édüige, Seigneur, n’a pris soin de l’instruire
Que pour vous dégager, et non pour vous détruire ;
C’est son ambition qui vous veut pour époux,
Et ne vous veut que roi pour régner avec vous.
Il lui suffit qu’il parle, et qu’il vous embarrasse ;
Et quant à lui, Seigneur, il est sûr de sa grâce ;
[Car soit que ses discours puissent vous émouvoir.] (1653-56) - ↑ Où mon cœur se laisse aller, que mon cœur se permet. Voyez le Lexique, et tome I, p. 208.
- ↑ Var. Et lui prête la main pour se tirer des fers. (1653-56)
- ↑ Var. Duc, ne t’y force plus, et me rends ma parole. (1653-56)
- ↑ Var. Eût pu dans son amour suivre mes sentiments. (1653-56)
- ↑ Var. Jusqu’à faire sortir des ombres des tombeaux. (1653-56)
- ↑ Var. Il ne m’a point surpris quand il s’est présenté. (1653-56)
- ↑ Thomas Corneille (1692) et Voltaire ont ajouté un : « Agis comme un tyran. »
- ↑ Var. La reine qui me brave et qui par grandeur d’âme
Veut être tout ensemble et n’être pas sa femme. (1653-56) - ↑ Var. Je n’en crains plus les feux. (1653-56)
- ↑ Var. Je te veux faire grâce : avoue et me confesse. (1653-56)
- ↑ Var. Le bruit de tes vertus est ce qui m’a séduit,
Et je ne connois point ici d’autre faux bruit.
Partout on te publie et juste, et magnanime,
Et cet abus t’amène une grande victime. (1653-56) - ↑ Var. Connoîtront par ma mort qu’ils n’adoroient en toi
Que de fausses couleurs qui te peignoient en roi. (1653-56) - ↑ Var. [Car puisqu’enfin tu veux la vérité sincère,]
Mon cœur désabusé n’est plus ce qu’il étoit ;
Il ne voit plus en toi ce qu’il y respectoit :
Au lieu d’un grand héros qu’il crut voir en ma place,
Il n’y voit qu’un tyran plein de rage et d’audace,
Qui ne laisse à ce cœur former d’autres souhaits
Que d’en pouvoir bientôt délivrer mes sujets.
[Crains-moi, si je t’échappe ; et sois sûr de ta perte.] (1653-56) - ↑ Var. Je connois mon époux à ces illustres marques :
C’est lui, c’est le vrai sang de nos premiers monarques ;
C’est… GRIM. C’est à présent lui, quand il est mieux instruit
À montrer plus d’orgueil et faire plus de bruit !
Dans l’inégalité qui sort de votre bouche,
Quel de vos sentiments voulez-vous qui me touche ?
Ce n’est pas lui, c’est lui, c’est ce que vous voudrez,
Mais je n’en croirai pas ce que vous résoudrez,
Si par son propre aveu la fourbe reconnue
Ne détrompe à mes yeux la populace émue :
Pensez-y bien, Madame, et dans ce même lieu
Dites-lui, s’il n’avoue, un éternel adieu.
[Laissons-les seuls, Unulphe, et demeure à la porte ;]
Qu’aucun sans mon congé n’entre ici, ni n’en sorte.
SCÈNE V.
PERTHARITE, RODELINDE.
ROD. Le coup qui te menace est sensible pour moi ;
Mais n’attends point de pleurs, puisque tu meurs en roi.
Mon amour généreux hait ces molles bassesses
[Où d’un sexe craintif descendent les foiblesses.]
Dedans ce cœur de femme il a su s’affermir :
Je la suis pour t’aimer, et non pas pour gémir ;
Et ma douleur, pressée avecque violence,
[Se résout toute entière en ardeur de vengeance,]
Et n’arrête mes yeux sur ton funeste sort
Que pour sauver ta vie, ou pour venger ta mort. (1653-56) - ↑ Var. Où tous mes alliés me refusent leur bras. (1660-64)
- ↑ Var. Est-ce là donc le prix de cette résistance
Que pour ton ombre seule a rendu ma constance ?
Quand je t’ai cru sans vie, et qu’un si grand vainqueur. (1653-56) - ↑ Var. [De monter au plus haut de la félicité.]
Je le vois sans regret, et j’y cours sans murmure.
Vous m’avez la première accusé d’imposture :
Votre amant vous en croit, et ce n’est qu’après vous
Qu’il prononce l’arrêt d’un malheureux époux.
ROD. Quoi ? j’aurois pu t’aimer, j’aurois pu te connoître,
Te voyant accepter mon tyran pour ton maître !
Qui peut céder un trône à son usurpateur,
S’il se dit encor roi, n’est qu’un lâche imposteur ;
Et j’en désavouerois mille fois ton visage,
Si tu n’avois changé de cœur et de langage.
Mais puisqu’enfin le ciel daigne t’inspirer mieux,
Que d’autres sentiments me donnent d’autres yeux…
PERTH. Vous me reconnoissez quand j’achève de vivre,
Et que de mes malheurs ce tyran vous délivre.
ROD. Ah ! Seigneur. PERTH. Ah ! Madame, étoit-ce lâcheté
De lui céder pour vous un droit qui m’est resté ?
J’aurois plus fait encore, et vous voyant captive,
J’aurois même cédé la puissance effective,
Et pour vous racheter je serois descendu
D’un trône encor plus haut que celui qui m’est dû.
Ne vous figurez plus qu’un mari qui vous aime,
Vous voyant dans les fers, soit maître de soi-même,
Ce généreux vainqueur, à vos pieds abattu,
Renonce bien pour vous à toute sa vertu.
[D’un conquérant si grand et d’un héros si rare]
Vous en faites vous seule un tyran, un barbare ;
[Il l’est, mais seulement pour vaincre vos refus.
Soyez à lui, Madame, il ne le sera plus ;]
Vous lui rendrez sa gloire, et vous verrez finie
Avecque vos mépris toute sa tyrannie.
Ainsi de votre amour le souverain bonheur
Coûte au vaincu la vie, au conquérant l’honneur ;
Mais je tiens cette vie heureusement perdue,
Puisque… (1653-56) - ↑ Var. Pour briller avec gloire, il lui faut mon trépas. (1660-64)
- ↑ Var. N’achève pas un discours qui me tue. (1653-63)
- ↑ Var. Et ne me force pas à mourir de douleur. (1653-60)
- ↑ Var. Jusqu’à baiser la main fumante de ton sang !
Ah ! tu me connois mieux, cher époux, ou peut-être,
Pour t’avoir méconnu, tu me veux méconnoître.
Mais c’est trop te venger d’un premier mouvement
Que ma gloire (a)… (1653-56)
(a) La scène finit là dans les éditions indiquées. - ↑ Var. N’a que les sentiments qu’il doit avoir de vous. (1653-56)