Aller au contenu principal

Scène IV.

GRIMOALD, RODELINDE, ÉDÜIGE, UNULPHE, Soldat[9].
SOLDAT.

Mais que veut ce soldat ?Vous avertir, Seigneur,
D’un grand malheur ensemble et d’un rare bonheur.
1735Garibalde n’est plus, et l’imposteur infâme
Qui tranche ici du roi lui vient d’arracher l’âme ;
Mais ce même imposteur est en votre pouvoir.

GRIMOALD.

Que dis-tu, malheureux ?

SOLDAT.

Que dis-tu, malheureux ?Ce que vous allez voir.

GRIMOALD.

Ô ciel ! en quel état ma fortune est réduite,
1740S’il ne m’est pas permis de jouir de sa fuite !
Faut-il que de nouveau mon cœur embarrassé
Ne puisse… Mais dis-nous comment tout s’est passé.

SOLDAT.

Le duc, ayant appris quelles intelligences
Déroboient un tel fourbe à vos justes vengeances,
1745L’attendoit à main-forte, et lui fermant le pas :
« À lui seul, nous dit-il ; mais ne le blessons pas.
Réservons tout son sang aux rigueurs des supplices,
Et laissons par pitié fuir ses lâches complices. »
Ceux qui le conduisoient, du grand nombre étonnés,

[8]

1750Et par mes compagnons soudain environnés,
Acceptent la plupart ce qu’on leur facilite,
Et s’écartent sans bruit de ce faux Pertharite.
Lui, que l’ordre reçu nous forçoit d’épargner
Jusqu’à baisser l’épée et le trop dédaigner,
1755S’ouvre en son désespoir parmi nous un passage,
Jusque sur notre chef pousse toute sa rage,
Et lui plonge trois fois un poignard dans le sein,
Avant qu’aucun de nous ait pu voir son dessein.
Nos bras étaient levés pour l’en punir sur l’heure ;
1760Mais le duc par nos mains ne consent pas qu’il meure,
Et son dernier soupir est un ordre nouveau
De garder tout son sang à celle d’un bourreau.
Ainsi ce fugitif retombe dans sa chaîne,
Et vous pouvez, Seigneur, ordonner de sa peine :
Le voici.

GRIMOALD.

1765Le voici.Quel combat pour la seconde fois !