XXII. — OU BLACK CONDUIT LE CHEVALIER.
Comme il connaissait à peu près la direction qu’il devait prendre, le chevalier ne perdit point de temps à chercher son chemin.
Tout au contraire s’élança-t-il sans hésitation et marcha si rapidement, qu’en tournant la cathédrale, il aperçut Black à cent pas devant lui, dans la direction dé l’Ane-qui-Veille, et l’appela ; mais, en vrai chien de Jean de Nivelles, comprenant que l’on était à sa poursuite, Black enfila la rue des Changes, et M. de La Graverie ne le revit plus qu’en arrivant au faubourg de la Grappe, où, sans qu’il en connût le numéro, il savait que demeurait l’ancienne maîtresse de l’épagneul.
Il est vrai qu’arrivé là le chevalier le vit de si près, qu’il eut un instant l’espoir de s’en emparer.
Soit que le chien ne voulût point être entièrement perdu de vue par le chevalier, soit que celui-ci ne connût pas aussi bien qu’un bourgeois de Chartres le dédale des rues où Black semblait s’être égaré, tant est-il qu’il le revit haletant, mais cependant ayant encore assez de forces pour lui échapper.
En effet, au moment où M. de La Graverie étendait la main pour le saisir par le magnifique collier qu’il lui avait fait faire, Black fit un bond de côté, et se jeta dans l’allée de la troisième maison à gauche du faubourg.
Cette allée était étroite, humide, saie et obscure.
Et cependant le chevalier n’hésita point à y suivre son ingrat pensionnaire.
Il ne se demanda même point ce qu’il répondrait dans le cas où l’animal le conduirait en face de la jeune fille à laquelle il avait été dérobé.
Après avoir tâtonné pendant quelque temps dans le sombre cloaque, le chevalier finit par mettre la main sur une corde.
Cette corde, tendue là pour remplacer une rampe, indiquait un escalier.
Le chevalier de La Graverie en chercha les marches du pied, et ayant trouvé la première, guidé par une faible lueur qu’il entrevoyait au-dessus de sa tête, à travers un mauvais vitrage couvert de poussière et où les carreaux manquants étaient remplacés par des feuilles de papier huilé, il commença d’escalader l’escalier.
Il parvint au premier étage.
Toutes les portes du premier étage étaient fermées.
Le chevalier écouta.
On n’entendait aucun bruit sortir des chambres ; il était clair que ce n’était point là que le chien s’était arrêté.
Le chevalier rattrapa la corde et continua son ascension.
A partir du premier étage, l’escalier se rétrécissait ; ce qui n’empêcha point le chevalier d’atteindre au second.
Comme au premier étage, le chevalier écouta.
Le second étage était tout aussi muet que le premier.
A partir du second étage, et pour arriver plus haut, comme ces femmes de Virgile dont le corps finissait en poisson, l’escalier du faubourg de la Grappe finissait en échelle.
M. de La Graverie commença de craindre que le chien n’eût profité d’une issue que lui n’aurait pas vue, pour s’échapper de la maison et pour pénétrer dans une cour.
Mais en ce moment il entendit retentir au-dessus de sa tête ce hurlement triste et prolongé par lequel les chiens, selon une croyance très-répandue, annoncent la mort de leur maître.
Ce cri lugubre dans cette maison sombre, qui semblait déserte, glaça le sang du chevalier dans ses veines ; ses cheveux se dressèrent sur sa tête, et il sentit une sueur glacée baigner son front.
Mais il pensa presque aussitôt que Black arrivait à la porte de sa maîtresse, et, trouvant celte porte fermée, lui adressait à travers la porte cet appel désespéré.
Selon toute probabilité, dans cette hypothèse, la jeune fille n’était point chez elle.
Le chevalier joindrait donc Black à la porte, et, bloqué dans un corridor étroit, Black était obligé de se rendre.
Cette idée redonna du courage au chevalier.
Il se cramponna donc aux barreaux de l’échelle et tenta l’escalade.
Cela lui rappela ce jour de désespoir où, au lieu de monter à une échelle, il descendait avec ses draps.
Une fois arrivé là, sa pensée fit un pas de plus : il se souvint de Mathilde, et, si racorni que fût son cœur à cet endroit, il poussa un soupir.
Mais, tout en soupirant, il continua de monter.
Lorsqu’il eut monté une vingtaine d’échelons, il se trouva lé corps à moitié passé dans une trappe.
Cette trappe donnait dans un petit galetas où il faisait complétement noir.
Ce galetas, au premier abord, paraissait vide comme le resté de la maison, et cependant il n’y avait point à douter que ce fût là qu’avait abouti la course de l’animal.
En effet, le chevalier avait à peine posé le pied sur le plancher de la chambré, que l’animal était venu à lui et l’avait caressé avec une expression de tendresse que le chevalier ne se rappelait point lui avoir jamais vue.
Mais, dès que le chevalier avait étendu la main de son côté comme pour lui indiquer ce qu’il avait à faire, Black s’était éloigné vivement et était allé se coucher au pied d’un grabat que l’on distinguait vaguement dans l’obscurité.
Le grabat était placé dans un angle, le long des tuiles, de sorte qu’il échappait au faible rayon de lumière qui pénétrait dans ce réduit par une étroite lucarne.
Rien ne remuait, rien ne bougeait dans cette espèce de grenier.
— Y a-t-il quelqu’un ici ? demanda le chevalier. Personne ne répondit ; seulement3 Black vint une seconde fois se frotter a ses jambes.
En ce moment, le chevalier s’aperçut que l’atmosphère du grenier était chargée d’un odeur âcre et pénétrante qui le saisissait à la gorge. Ses craintes lui revinrent ; il voulut fuir et appela Black.
Black jeta un second hurlement plus sinistre que le premier, et se cacha sous le lit.
Le chevalier ne pouvait se décider à abandonner Black...
Il chercha de la lumières
En cherchant, son pied se heurta contre un réchaud de fer et le renversa.
Presque en même temps, ses doigts rencontraient un briquet phosphorique.
En un instant il eut du feu.
Il alluma une lampe qu’il aperçut sur une chaise. Puis il s’approcha du grabat.
Sur ce grabat, il vit une femme couchée.
La figure de cette femme ou plutôt de cette jeune fille était violette ; ses lèvres étaient noires ; une sueur abondante avait collé ses cheveux le long de ses tempes ; ses dents étaient serrées les unes contre les autres.
Tout le corps semblait déjà roidi par le froid de la mort et ne remuait plus ?
On ne s’apercevait que l’âme n’avait point encore quitté la moribonde qu’au frémissement de ses paupières bleuâtres : et au faible souffle qui s’échappait de sa bouche contractée, et qui prouvait qu’elle n’en avait point encore fini avec la douleur.
Dans ce demi-cadavres, M. de La Graverie reconnut la jeune fille qu’il avait poursuivie un dimanche de l’automne précédent, celle enfin à laquelle il avait dérobé Black.
Il lui parle ; mais la jeune fille était trop faible pour lui répondre.
Cependant elle l’entendit ; car elle rouvrit la paupière, tourna vers lui ses yeux hagards et lui tendit la main.
Le chevalier de La Graverie, touché d’une profonde pitié, à laquelle commençait de se mêler un peu de remords, prit cette main.
Elle était glacée.
— Mon Dieu ! mon Dieu ! dit-il parlant tout haut comme c’était son habitude, je ne puis cependant pas laisser mourir cette malheureuse créature, et, puisque j’ai traversé la ville sans chapeau pour courir après Black, je puis bien la traverser dans le même état pour aller chercher M. Robert.
Le chevalier ne connaissait pas M. Robert ; mais il savait que M. Robert était le médecin en renom de Chartres.
— Je lui dois bien cela, je lui dois bien cela, répétait le chevalier tout en la regardant, et en remarquant une seconde fois, comme il avait fait la première, la ressemblance singulière qu’il y avait entre Mathilde et cette jeune fille quand Mathilde avait le même âge.
OU BLACK CONDUIT LE CHEVALIER.
Et, laissant la mourante à la garde de Black, M. de La Graverie descendit l’échelle plus vite qu’il ne l’avait montée, quoiqu’elle fût plus facile à monter qu’à descendre.
Le médecin était sorti ; le chevalier laissa chez lui l’adresse de la jeune fille avec des détails qui permettaient au médecin d’arriver auprès d’elle sans autre renseignement...
Puis lui-même revint tout courant au faubourg de la Grappe. Il retrouva le galetas dans l’état où il l’avait laissé ; seulement Black, pour combattre ce froid de glace auquel était en proie sa jeune maîtresse, était monté sur le lit et s’était couché sur les pieds de la malade.
En l’apercevant qui faisait de son mieux pour réchauffer Thérèse, M. de La Graverie eut une idée : c’était d’aider le chien de tout son pouvoir dans la tâche que celui-ci avait entreprise.
Il releva le fourneau, ramassa tous les morceaux de charbon qu’il trouva épars sur le carreau, et essaya de rallumer le feu.
Nous devons avouer que le pauvre chevalier s’acquittait dé ces soins avec plus de bonne volonté que d’adressé.
Il s’apercevait lui-même de sa mauvaise grâce, et il ne fallait pas moins que le cri de son bon cœur et l’exemple de Black pour le décider à l’émulation.
Mais le chevalier n’accomplissait pas sans grommeler ce qu’il regardait comme un devoir. Aussi selon son habitude, disait-il à demi voix :
— Ce diable de chien ! il avait bien besoin de se sauver ; que lui fallait-il donc de plus ? Il était bien nourri, il couchait sur une bette peau de loup, moelleuse et douce à plaisir ; quelle singulière idée a-t-il eue de regretter celte effroyable taudis ! Ah ! j’avais bien raison de maudire et de fuir toute espèce d’attachement. Sans celui que tu as conservé pour ta maîtresse ; sot animal... et en disant cela il regardait Black avec une inexprimable tendresse... nous serions à cette heure bien tranquilles, bien heureux dans notre petit jardin ; tu jouerais sur les herbes de la pelouses et moi je taillerais mes rosiers-noisettes qui en but grand besoin... Et cet infernal charbon qui ne s’allume pas ! il ne s’allumera jamais, sac à papier ! Si encore j’avais pu trouver quelqu’un dans la maison, j’eusse fait soigner cette jeune fille. L’agent m’aurait épargné cette corvée ; j’en eusse donné de grand cœur autant qu’on m’en aurait demandé. Voyons, franchement, cela ne serait-il pas revenu au même ? — Non, chevalier, dit une voix derrière Dieudonné, non, cela ne serait pas revenu au même, et vous vous en apercevrez si nous avons le bonheur de sauver la malade à laquelle vous vous intéressez. — Ah ! c’est vous, docteur ! dit le chevalier, qui avait tressailli aux premières paroles prononcées par la voix, mais qui, s’était retourné avait reconnu la figure douce et grave du médecin ; c’est que, voyez-vous, je puis vous avouer cela, à vous, j’ai horreur des, malades et grand’peur des maladies. — Votre mérite et là satisfaction de votre conscience n’en seront que plus grands, répondit le médecin ; puis, croyez-le bien, on s’habitue à tout et vous n’en aurez pas soigné une dizaine comme celle-là que vous ne voudrez pas d’un autre métier. Ah çà ! où est la malade ? — Ici, dit le chevalier en montrant le lit. Le docteur s’avança vers la jeune fille ; mais Black, en voyant cet inconnu s’approcher de sa jeune maîtresse, poussa un aboi menaçant.
— Eh bien, Black, et bien, mon garçon, dit le chevalier, qu’est-ce que cela signifie ?
Et il fit taire le chien en le caressant.
Le docteur prit la lampe et promena une lueur vacillante sur le visage de la malade.
— Ah ! ah ! dit-il, je m’en doutais bien ; mais je ne croyais pas le cas si grave. — Qu’est-ce donc ? demanda le chevalier. — Ce que c’est ? C’est le choléra-morbus, le vrai choléra-morbus, le choléra asiatique dans toute sa hideuse énergie ! — Sac à papier ! s’écria le chevalier.
Et il courut du côté dé l’échelle.
Mais, avant d’être arrivé à la trappe, les jambes lui avaient manqué, et il était tombé sur un escabeau.
— Eh bien, qu’avez-vous donc, chevalier ? demanda le docteur. — Le choléra-morbus, répétait celui-ci auquel l’haleine manquait pour respirer et la force pour se lever, le choléra-morbus ! Mais le choléra-morbus est contagieux, docteur ! — Les uns disent endémique, les autres contagieux ; nous ne sommes point d’accord là-dessus. — Mais votre avis, là-dessus ? demanda Dieudonné. — Mon avis, à moi, c’est qu’il est contagieux, répondit le docteur ; mais nous n’avons pas à nous préoccuper de cela pour le moment. — Comment ! nous n’avons pas à nous préoccuper de cela ? Mais je vous prie de croire, docteur, que je ne me préoccupe pas d’autre chose.
Et, en effet, le chevalier était pâle comme un mort ; de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front ; ses dents s’entre-choquaient.
— Allons donc, dit le docteur, vous, si brave quand il s’agit de la fièvre jaune vous auriez peur du choléra, chevalier ! — De la fièvre jaune ! balbutia Dieudonné ; comment savez-vous que je suis bravé quand il s’agit de la fièvre jaune ? — Bon ! répondit le docteur ; ne vous ai-je pas vu à l’œuvre ? — Quand cela ? demanda le chevalier d’un air effaré. — Mais, quand vous avez soigné votre ami, le pauvre capitaine Dumesnil, à Pape-iti, est-ce que je n’étais pas là ? — Là, vous ? vous étiez là ? fil le chevalier tout étourdi. — Je comprends ; vous ne reconnaissez pas le jeune docteur du Dauphin ; j’avais vingt-six ans, j’en ai quarante et un. Quatorze ou quinze ans changent fort un homme ; vous aussi, chevalier, vous vous êtes arrondi. — Tiens, tiens, tiens ! fit le chevalier ; comment ! c’est vous, docteur ? — Oui, c’est moi ; j’ai quitté le service et me suis établi à Chartres.... Deux montagnes ne se rencontrent pas, chevalier ; mais deux hommes se rencontrent, et la preuve, c’est que nous voilà tous deux au lit d’un autre malade qui ne vaut guère mieux que le pauvre capitaine. — Mais le choléra, docteur, le choléra. — C’est le cousin germain de la fièvre jaune, de la peste noire, du vomito-negro, n’ayez pas plus peur de lui que vous n’avez eu peur de l’autre ; tout cela est de la famille des chiens enragés, qui ne mordent que ceux qui se sauvent. Du courage, morbleu ! Voilà un morceau de ruban ronge que je vois à votre boutonnière et qui prouve que vous avez été au feu ; rappelez-vous vos beaux jours de vieux militaire, et marchons au choléra comme vous marchiez au feu. — Mais, balbutia le vieux soldat, ne pensez-vous point, docteur, que nous nous exposons à un danger inutile, et croyez-vous que nous ayons quelque chance de sauver cette malheureuse fille ?
Piqué dans son amour-propre, le chevalier, comme on voit, se résignait à parler au pluriel.
-Peu de chance, j’en conviens, reprit le docteur ; la malade est déjà dans la période algide : les ongles noircissent, les yeux se creusent, les extrémités sont froides, je parierais que la langue est déjà glacée. Mais qu’importe ! elle vit ; il faut combattre la camarde. J’ai l’habitude, vous le savez, de ne point lâcher pied devant elle ; je suis de la race des bouledogues, chevalier : tant qu’il me reste un morceau entre les dents, je tiens bon ; mais nous avons déjà perdu trop de temps. A l’œuvre !
Le chevalier, sous l’impression de la terreur que lui avait causée le mot choléra, fut d’abord à peu près inutile au médecin ; par bonheur, le docteur qui s’était douté, d’après les quelques mots dits par le chevalier à son domestique, qu’il s’agissait d’une attaque de choléra, avait pris dans sa pharmacie de l’éther et du vératrum, les deux médicaments à l’aide desquels il combattait le choléra. Le pauvre Dieudonné allait dans la chambre comme s’il eût perdu l’esprit ; mais, à la longue, le calme et la conscience avec lesquels l’homme de l’art approchait de la malade, respirait son souffle, la palpait, apaisèrent ses appréhensions, amoindrirent sa frayeur.
Son affection pour le pauvre chien avait déjà battu en brèche le sentiment d’égoïsme qu’il avait installé dans son cœur ; son orgueil mis en jeu et surtout la pitié pour les souffrances de la malade achevèrent d’en triompher peu à peu. A son tour, il s’approcha du grabat de la mourante, et il aida le docteur à placer autour d’elle les briques que ce dernier avait arrachées au mur pour les chauffer.
L’épagneul comprit sans doute le but des soins que l’on rendait à sa maîtresse ; il sauta au bas du lit pour laisser le champ libre aux deux hommes et vint lécher les mains du chevalier.
Ce signe de reconnaissance loucha vivement Dieudonné ; les hallucinations de métempsycose lui revinrent à l’esprit, et il s’écria avec enthousiasme :
— Sois tranquille, mon pauvre Dumesnil, nous la sauverons !
Le docteur était trop occupé de la malade pour faire attention aux paroles singulières que le chevalier adressait au chien noir ; il n’en comprit que le sens général.
— Oui, dit-il, chevalier, espérons ! voici les extrémités qui se réchauffent ; mais, si elle en réchappe, ce sera bien à vous qu’elle le devra. — Vraiment ! s’écria le chevalier. — Pardieu ! Mais il ne faut pas laisser votre œuvre incomplète ; je vous demande pardon de vous envoyer en course, chevalier. — Oh ! disposez de moi, — Vous comprenez que ma présence à moi est nécessaire ici. — Sac à papier ! je crois bien que je le comprends !
Le docteur tira un petit carnet de sa poche, écrivit quelques lignes au crayon sur une feuille qu’il déchira.
— Courez chez le pharmacien, chevalier, et rapportez-moi cette ordonnance. — Tout ce que vous voudrez, docteur, pourvu que je la sauve, s’écria le chevalier entrant à corps perdu dans la lutte et brûlant ses vaisseaux.
Le chevalier ne fut pas plus de dix minutes pour aller et venir, et, lorsqu’il rentra dans le grenier, il trouva au docteur un air souriant qui le paya largement de ses peines,
— Cela va donc mieux ? s’écria le chevalier en s’approchant du lit pour regarder la malade, dont le visage avait effectivement perdu la teinte cadavéreuse. — Oui, cela va mieux, chevalier, et, si Dieu nous aide, j’espère que Mademoiselle, dans trois mois, nous donnera un petit poupon qui vous ressemblera comme deux gouttes d’eau. — A moi ! à moi ! Mademoiselle, un enfant ? — Ah ! c’est que vous êtes un gaillard, chevalier ; j’ai su de vos nouvelles à Pape-iti : la belle. Mahaouni m’en a donné. — Docteur, je vous jure !.. — Allons, chevalier, allons, ne faites pas le discret avec moi ; tôt ou tard, il eût bien fallu me le dire ; mon métier n’est-il pas de faciliter à l’homme l’entrée dans la vie, tout comme de l’aider à en sortir ? — Mais, encore une fois, docteur, qui peut vous faire penser ?.., — Ceci, mordieu ! dît le docteur en tendant au chevalier une alliance en or qu’il prit au doigt de la malade toujours inerte, ceci que, cédant à un mouvement de curiosité, j’ai eu, pendant votre absence, l’idée d’ouvrir et d’examiner ; ne vous défendez donc plus de votre paternité, cher Monsieur ; votre secret est en bonnes mains : un médecin est obligé à plus de discrétion encore qu’un confesseur.
Le chevalier, stupéfait, croyant rêver, prit la bague, la sépara en introduisant l’ongle de son pouce au milieu de la circonférence ; et, la bague ouverte, il lut :
Dieudonné de La Graverie, — Mathilde de Florsheim.
Son émotion fut si forte, qu’il tomba à genoux, sanglotant et priant à la fois.