Scène IV
[Chez Cœlio.]
CŒLIO, un domestique.
Cœlio.
[Il est en bas, dites-vous ? Qu’il monte. Pourquoi ne le faites-vous pas monter sur-le-champ ?]
- [Entre Octave.]
Eh bien ! mon ami, quelle nouvelle ?
Octave.
Attache ce chiffon à ton bras droit, Cœlio ; prends ta guitare et ton épée. — Tu es l’amant de Marianne.
Cœlio.
Au nom du ciel, ne te ris pas de moi.
Octave.
La nuit est belle ; — la lune va paraître à l’horizon. Marianne est seule, et sa porte est entr’ouverte. Tu es un heureux garçon, Cœlio.
Cœlio.
Est-ce vrai ? — est-ce vrai ? Ou tu es ma vie, Octave, ou tu es sans pitié.
Octave.
Tu n’es pas encore parti ? Je te dis que tout est convenu.7 Une chanson sous sa fenêtre ; [cache-toi un peu le nez dans ton manteau, afin que les espions du mari ne te reconnaissent pas. Sois sans crainte, afin qu’on te craigne ; et si elle résiste, prouve-lui qu’il est un peu tard.]
Cœlio.
Ah ! mon Dieu, le cœur me manque.
Octave.
Et à moi aussi, car je n’ai dîné qu’à moitié. — Pour récompense de mes peines, dis en sortant qu’on me monte à souper.
- Il s’assoit.
[As-tu du tabac turc ? Tu me trouveras probablement ici demain matin.] Allons, mon ami, en route ! tu m’embrasseras en revenant. En route ! en route ! La nuit s’avance.
- Cœlio sort.
Octave, seul.
[Écris sur tes tablettes, Dieu juste, que cette nuit doit m’être comptée dans ton paradis. Est-ce bien vrai que tu as un paradis ?] En vérité, cette femme était belle, et sa petite colère lui allait bien. D’où venait-elle ? c’est ce que j’ignore. Qu’importe comment la bille d’ivoire tombe sur le numéro que nous avons appelé ? Souffler une maîtresse à son ami, c’est une rouerie trop commune pour moi. Marianne, ou toute autre, qu’est-ce que cela me fait ? La véritable affaire est de souper ; il est clair que Cœlio est à jeun. Comme tu m’aurais détesté, Marianne, si je t’avais aimée ! comme tu m’aurais fermé ta porte ! comme ton bélître de mari t’aurait paru un Adonis, un Sylvain, en comparaison de moi ! Où est donc la raison de tout cela ? [pourquoi la fumée de cette pipe va-t-elle à droite plutôt qu’à gauche ? Voilà la raison de tout. — Fou ! trois fois fou à lier, celui qui calcule ses chances, qui met la raison de son côté ! La justice céleste tient une balance dans ses mains. La balance est parfaitement juste, mais tous les poids sont creux. Dans l’un il y a une pistole, dans l’autre un soupir amoureux, dans celui-là une migraine, dans celui-ci il y a le temps qu’il fait, et toutes les actions humaines s’en vont de haut en bas, selon ces poids capricieux.
Un domestique, entrant.
Monsieur, voilà une lettre à votre adresse ; elle est si pressée, que vos gens l’ont apportée ici ; on a recommandé de vous la remettre, en quelque lieu que vous fussiez ce soir.
Octave.
Voyons un peu cela.
- Il lit.
« Ne venez pas ce soir. Mon mari a entouré la maison d’assassins, et vous êtes perdu s’ils vous trouvent.
« Marianne. »
Malheureux que je suis ! qu’ai-je fait ? Mon manteau ! mon chapeau ! Dieu veuille qu’il soit encore temps ! Suivez-moi, vous et tous les domestiques qui sont debout à cette heure. Il s’agit de la vie de votre maître.]
- [Il sort en courant.]
Scène IV
[Chez Cœlio.]
CŒLIO, un domestique.
Cœlio.
[Il est en bas, dites-vous ? Qu’il monte. Pourquoi ne le faites-vous pas monter sur-le-champ ?]
- [Entre Octave.]
Eh bien ! mon ami, quelle nouvelle ?
Octave.
Attache ce chiffon à ton bras droit, Cœlio ; prends ta guitare et ton épée. — Tu es l’amant de Marianne.
Cœlio.
Au nom du ciel, ne te ris pas de moi.
Octave.
La nuit est belle ; — la lune va paraître à l’horizon. Marianne est seule, et sa porte est entr’ouverte. Tu es un heureux garçon, Cœlio.
Cœlio.
Est-ce vrai ? — est-ce vrai ? Ou tu es ma vie, Octave, ou tu es sans pitié.
Octave.
Tu n’es pas encore parti ? Je te dis que tout est convenu.7 Une chanson sous sa fenêtre ; [cache-toi un peu le nez dans ton manteau, afin que les espions du mari ne te reconnaissent pas. Sois sans crainte, afin qu’on te craigne ; et si elle résiste, prouve-lui qu’il est un peu tard.]
Cœlio.
Ah ! mon Dieu, le cœur me manque.
Octave.
Et à moi aussi, car je n’ai dîné qu’à moitié. — Pour récompense de mes peines, dis en sortant qu’on me monte à souper.
- Il s’assoit.
[As-tu du tabac turc ? Tu me trouveras probablement ici demain matin.] Allons, mon ami, en route ! tu m’embrasseras en revenant. En route ! en route ! La nuit s’avance.
- Cœlio sort.
Octave, seul.
[Écris sur tes tablettes, Dieu juste, que cette nuit doit m’être comptée dans ton paradis. Est-ce bien vrai que tu as un paradis ?] En vérité, cette femme était belle, et sa petite colère lui allait bien. D’où venait-elle ? c’est ce que j’ignore. Qu’importe comment la bille d’ivoire tombe sur le numéro que nous avons appelé ? Souffler une maîtresse à son ami, c’est une rouerie trop commune pour moi. Marianne, ou toute autre, qu’est-ce que cela me fait ? La véritable affaire est de souper ; il est clair que Cœlio est à jeun. Comme tu m’aurais détesté, Marianne, si je t’avais aimée ! comme tu m’aurais fermé ta porte ! comme ton bélître de mari t’aurait paru un Adonis, un Sylvain, en comparaison de moi ! Où est donc la raison de tout cela ? [pourquoi la fumée de cette pipe va-t-elle à droite plutôt qu’à gauche ? Voilà la raison de tout. — Fou ! trois fois fou à lier, celui qui calcule ses chances, qui met la raison de son côté ! La justice céleste tient une balance dans ses mains. La balance est parfaitement juste, mais tous les poids sont creux. Dans l’un il y a une pistole, dans l’autre un soupir amoureux, dans celui-là une migraine, dans celui-ci il y a le temps qu’il fait, et toutes les actions humaines s’en vont de haut en bas, selon ces poids capricieux.
Un domestique, entrant.
Monsieur, voilà une lettre à votre adresse ; elle est si pressée, que vos gens l’ont apportée ici ; on a recommandé de vous la remettre, en quelque lieu que vous fussiez ce soir.
Octave.
Voyons un peu cela.
- Il lit.
« Ne venez pas ce soir. Mon mari a entouré la maison d’assassins, et vous êtes perdu s’ils vous trouvent.
« Marianne. »
Malheureux que je suis ! qu’ai-je fait ? Mon manteau ! mon chapeau ! Dieu veuille qu’il soit encore temps ! Suivez-moi, vous et tous les domestiques qui sont debout à cette heure. Il s’agit de la vie de votre maître.]
- [Il sort en courant.]