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Les Caprices de Marianne (Charpentier, 1888)Chapitre 10 / 11

Scène V

[Le jardin de Claudio.] — Il est nuit.
CLAUDIO, deux spadassins, TIBIA.
Claudio.

Laissez-le entrer, et jetez-vous sur lui dès qu’il sera parvenu à ce bosquet.

Tibia.

Et s’il entre par l’autre côté ?

Claudio.

Alors, attendez-le au coin du mur.

Un spadassin.

Oui, monsieur.

Tibia.

Le voilà qui arrive. Tenez, monsieur, voyez comme son ombre est grande ! c’est un homme d’une belle stature.

Claudio.

Retirons-nous à l’écart, et frappons quand il en sera temps.

Entre Cœlio.
Cœlio, frappant à la jalousie.

Marianne ! Marianne ! êtes-vous là ?

Marianne, paraissant à la fenêtre.

Fuyez, Octave ; vous n’avez donc pas reçu ma lettre ?

Cœlio.

Seigneur mon Dieu ! quel nom ai-je entendu ?

Marianne.

La maison est entourée d’assassins ; mon mari [vous a vu entrer ce soir ; il] a écouté notre conversation, et votre mort est certaine, si vous restez une minute encore.

Cœlio.

Est-ce un rêve ? suis-je Cœlio ?

Marianne.

Octave, Octave ! au nom du ciel, ne vous arrêtez pas ! Puisse-t-il être encore temps de vous échapper ! Demain, trouvez-vous, à midi, dans un confessionnal de l’église, j’y serai.

La jalousie se referme.
Cœlio.

Ô mort ! puisque tu es là, viens donc à mon secours. Octave, traître Octave ! puisse mon sang retomber sur toi ! [Puisque tu savais quel sort m’attendait ici, et que tu m’y as envoyé à ta place, tu seras satisfait dans ton désir. Ô mort ! je t’ouvre les bras ; voici le terme de mes maux.]

Il sort. — On entend des cris étouffés et un bruit éloigné dans le jardin.
Octave, en dehors.

Ouvrez, ou j’enfonce les portes !

Claudio, ouvrant, son épée sous le bras.

Que voulez-vous ?

Octave.

Où est Cœlio ?

Claudio.

Je ne pense pas que son habitude soit de coucher dans cette maison.

Octave.

Si tu l’as assassiné, Claudio, prends garde à toi ; je te tordrai le cou de ces mains que voilà.

Claudio.

Êtes-vous fou ou somnambule ?

[Octave.

Ne l’es-tu pas toi-même, pour te promener à cette heure, ton épée sous le bras ?]

Claudio.

Cherchez dans ce jardin, si bon vous semble ; je n’y ai vu entrer personne ; et si quelqu’un l’a voulu faire, il me semble que j’avais le droit de ne pas lui ouvrir.

[Octave, à ses gens.

Venez, et cherchez partout !]

Claudio, bas à Tibia.

Tout est-il fini comme je l’ai ordonné ?

Tibia.

Oui, monsieur ; soyez en repos, ils peuvent chercher tant qu’ils voudront.

Tous sortent.