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Les contemplations. Aujourd'huiChapitre 83 / 115

I

Esprit mystérieux qui, le doigt sur ta bouche,

Passes... ne t’en va pas ! parle à l’homme farouche

Ivre d’ombre et d’immensité,

Parle-moi, toi, front blanc qui dans ma nuit te penches ;

Réponds-moi, toi qui luis et marches sous les branches,

Comme un souffle de la clarté !

Est-ce toi que chez moi minuit parfois apporte ?

Est-ce toi qui heurtais l’autre nuit à ma porte,

Pendant que je ne dormais pas ?

C’est donc vers moi que vient lentement ta lumière ?

La pierre de mon seuil peut- être est la première

Des sombres marches du trépas.

Peut-être qu’à ma porte ouvrant sur l’ombre immense,

L’invisible escalier des ténèbres commence ;

Peut-être, ô pâles échappés,

Quand vous montez du fond de l’horreur sépulcrale,

O morts, quand vous sortez de la froide spirale,

Est-ce chez moi que vous frappez !

Car la maison d’exil, mêlée aux catacombes,

Est adossée au mur de la ville des tombes.

Le proscrit est celui qui sort ;

Il flotte submergé comme la nef qui sombre ;

Le jour le voit à peine et dit : Quelle est cette ombre ?

Et la nuit dit : Quel est ce mort ?

Sois la bienvenue, ombre ! ô ma sœur ! ô figure

Qui me fais signe alors que sur l’énigme obscure

Je me penche, sinistre et seul ; :

Et qui viens, m’effrayant de ta lueur sublime,

Essuyer sur mon front la sueur de l’abîme

Avec un pan de ton linceul ! ;