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LorenzaccioScène VIII

Scène VIII

Florence. — La grande place ; des tribunes publiques sont remplies de monde.
Des gens du peuple, courant de tous côtés.

Les boules ! les boules ! Il est duc, duc ; les boules ! il est duc.

Les soldats.

Gare, canaille !

Le cardinal Cibo, sur une estrade, à Côme de Médicis.

Seigneur, vous êtes duc de Florence. Avant de recevoir de mes mains la couronne que le pape et César m’ont chargé de vous confier, il m’est ordonné de vous faire jurer quatre choses.

Côme.

Lesquelles, cardinal ?

Le Cardinal.

Faire la justice sans restriction ; ne jamais rien tenter contre l’autorité de Charles-Quint ; venger la mort d’Alexandre, et bien traiter le seigneur Jules et la signora Julia, ses enfants naturels.

Côme.

Comment faut-il que je prononce ce serment ?

Le Cardinal.

Sur l’Évangile.

Il lui présente l’Évangile.

Je le jure à Dieu et à vous, cardinal. Maintenant, donnez-moi la main.

Ils s’avancent vers le peuple. On entend Côme parler dans l’éloignement.
Côme.

« Très nobles et très puissants seigneurs,

« Le remercîment que je veux faire à Vos très illustres et très gracieuses Seigneuries, pour le bienfait si haut que je leur dois, n’est pas autre que l’engagement qui m’est bien doux, à moi si jeune comme je suis, d’avoir toujours devant les yeux, en même temps que la crainte de Dieu, l’honnêteté et la justice, et le dessein de n’offenser personne, ni dans les biens ni dans l’honneur, et, quant au gouvernement des affaires, de ne jamais m’écarter du conseil et du jugement des très prudentes et très judicieuses Seigneuries auxquelles je m’offre en tout, et recommande bien dévotement. »

FIN DE LORENZACCIO



  1. On comprend qu’il s’agit ici d’élections (Voir page 206.)


Alfred de Musset conçut l’idée de ce grand drame et en composa le plan, à Florence, devant les sombres palais des Médicis et des Strozzi, pendant le mois de janvier 1834 ; mais il prit le temps de le laisser mûrir dans sa tête, et ne l’écrivit que huit mois plus tard ; on ne doit pas s’étonner d’y trouver une crudité de langage à laquelle les lecteurs des comédies précédentes n’étaient pas accoutumés. Il s’agissait cette fois de faire une peinture exacte de l’Italie au seizième siècle, et l’on sait que, depuis le règne de Borgia jusqu’à celui de Sixte-Quint, les actes de violence de toutes sortes se commettaient ouvertement et avec impunité. Les premières familles de la noblesse en donnaient l’exemple, et Benvenuto Cellini lui-même, qui n’était pas un grand seigneur, ne dormait jamais de si bon cœur que lorsqu’il avait poignardé ou assommé un de ses ennemis. À moins de ne tenir aucun compte de l’histoire et de la vérité, l’auteur de Lorenzaccio ne pouvait pas faire parler décemment des scélérats tels que Julien Salviati et Alexandre de Médicis. C’est dans les rôles de Philippe Strozzi, de Catherine Ginori et de Marie Soderini qu’on trouve les sentiments tendres et le langage des cœurs nobles et délicats. Quant au personnage de Lorenzo, nous n’hésitons pas à le placer au niveau des plus belles créations de Shakspeare. Ce drame est assurément l’œuvre capitale d’Alfred de Musset, l’expression la plus énergique et la plus virile de son génie.

La longueur de cet ouvrage nous a obligés à le rejeter au second volume du Théâtre, bien qu’il ait été écrit avant Barberine.




  1. On comprend qu’il s’agit ici d’élections (Voir page 206.)


Alfred de Musset conçut l’idée de ce grand drame et en composa le plan, à Florence, devant les sombres palais des Médicis et des Strozzi, pendant le mois de janvier 1834 ; mais il prit le temps de le laisser mûrir dans sa tête, et ne l’écrivit que huit mois plus tard ; on ne doit pas s’étonner d’y trouver une crudité de langage à laquelle les lecteurs des comédies précédentes n’étaient pas accoutumés. Il s’agissait cette fois de faire une peinture exacte de l’Italie au seizième siècle, et l’on sait que, depuis le règne de Borgia jusqu’à celui de Sixte-Quint, les actes de violence de toutes sortes se commettaient ouvertement et avec impunité. Les premières familles de la noblesse en donnaient l’exemple, et Benvenuto Cellini lui-même, qui n’était pas un grand seigneur, ne dormait jamais de si bon cœur que lorsqu’il avait poignardé ou assommé un de ses ennemis. À moins de ne tenir aucun compte de l’histoire et de la vérité, l’auteur de Lorenzaccio ne pouvait pas faire parler décemment des scélérats tels que Julien Salviati et Alexandre de Médicis. C’est dans les rôles de Philippe Strozzi, de Catherine Ginori et de Marie Soderini qu’on trouve les sentiments tendres et le langage des cœurs nobles et délicats. Quant au personnage de Lorenzo, nous n’hésitons pas à le placer au niveau des plus belles créations de Shakspeare. Ce drame est assurément l’œuvre capitale d’Alfred de Musset, l’expression la plus énergique et la plus virile de son génie.

La longueur de cet ouvrage nous a obligés à le rejeter au second volume du Théâtre, bien qu’il ait été écrit avant Barberine.