Scène VI.
Quel revers imprévu ! quel éclat de tonnerre
Jette en moins d’un moment tout mon espoir par terre !
Ce funeste retour, malgré tout mon projet,
Va rendre Grimoald à son premier objet ;
Et s’il traite ce prince en héros magnanime,
N’ayant plus de tyran, je n’ai plus de victime :
Je n’ai rien à venger, et ne puis le trahir[25],
S’il m’ôte les moyens de le faire haïr.
N’importe toutefois, ne perdons pas courage ;
Forçons notre fortune à changer de visage ;
Obstinons Grimoald, par maxime d’État,
À le croire imposteur, ou craindre un attentat ;
Accablons son esprit de terreurs chimériques,
Pour lui faire embrasser des conseils tyranniques ;
De son trop de vertu sachons le dégager,
Et perdons Pertharite afin de le venger.
Peut-être qu’Édüige, à regret plus sévère,
N’osera l’accepter teint du sang de son frère,
Et que l’effet suivra notre prétention
Du côté de l’amour et de l’ambition.
Tâchons, quoi qu’il en soit, d’en achever l’ouvrage ;
Et pour régner un jour mettons tout en usage.
- ↑ « Ces vers forment absolument la même situation que celle d’Andromaque. » (Voltaire.)
- ↑ Mais il faut obéir ; fais-moi venir ton maître. (1653-56)
- ↑ Var. Chacun à ses périls peut croire sa fortune. (1653-56)
- ↑ La pensée est la leçon des éditions de 1653-63. Celles de 1668-92 donnent sa, au lieu de la, ce qui pourrait bien être une faute typographique. Voltaire est revenu à la leçon primitive : la pensée.
- ↑ Var. Prenez-en sa parole, il la garde fort bien,
Et vous promettra tout pour ne vous tenir rien.
ROD. Laissez-m’en, quoi qu’il fasse, ou la gloire ou la honte. (1653-56) - ↑ Conte, compte. C’est l’orthographe constante de Corneille. Nous la conservons à la rime.
- ↑ Tel est le texte de toutes les éditions publiées du vivant de l’auteur. Thomas Corneille, et après lui Voltaire, ont substitué du à de.
- ↑ Les éditions de 1653-56 mettent de plus UNULPHE au nombre des personnages de cette scène.
- ↑ Var. Tes offres n’ont point eu d’exemple jusqu’ici. (1653-63)
- ↑ L’édition de 1682 porte seule : « Qui tranche de tyran. »
- ↑ Var.C’est assez dit : sois-moi juge équitable,
Et me dis si le mien agit en raisonnable. (1653-56) - ↑ Var. Quand j’aurai satisfait tes feux désespérés. (1653-56)
- ↑ Toutes les éditions données du vivant de Corneille portent : « Cet offre, » au masculin. Thomas Corneille, dans l’édition de 1692, et Voltaire donnent le féminin. Nous avons vu plus haut, aux vers 369,589 et 590, et nous retrouverons plus loin, au vers 1555, ce même mot au féminin.
- ↑ Var. Qui le veut immoler à son affection. (1653-56)
- ↑ Voyez ci-après Sertorius, vers 1784, et la note de Voltaire.
- ↑ Var. PERTH. Arrête, Grimoald, Pertharite est vivant.
Ce te doit être assez de porter ma couronne,
Sans me ravir encor ce que l’hymen me donne ;
À quoi que ton amour te puisse disposer,
Commence par ma mort, si tu veux l’épouser.
[ROD. Est-ce donc vous, Seigneur ? et les bruits infidèles.] (1653-56) - ↑ Var. Et ne te mêle pas d’attenter à ma joie. (1653-56)
- ↑ Var. Et ne t’obstine pas à croire mon trépas.
Je ne viens point ici, jaloux de ma couronne,
Soulever mes sujets, me prendre à ta personne,
Me ressaisir d’un sceptre acquis à ta valeur,
Et me venger sur toi de mon trop de malheur.
J’ai cherché vainement dans toutes les provinces
L’appui des potentats et la pitié des princes,
Et dans toutes leurs cours je me suis vu surpris
De n’avoir rencontré qu’un indigne mépris.
Enfin, las de traîner partout mon impuissance,
Sans trouver que foiblesse ou que méconnoissance,
Alarmé d’un amour qu’un faux bruit t’a permis,
Je rentre en mes États, que le ciel t’a soumis ;
Mais j’y rencontre encor des malheurs plus étranges :
Je n’y trouve pour toi qu’estime et que louanges,
Et d’une voix commune on y bénit un roi
Qui fait voir sous mon dais plus de vertu que moi.
Oui, d’un commun accord ces courages infâmes
Me laissent détrôner jusqu’au fond de leurs âmes,
S’imputent à bonheur de vivre sous tes lois,
Et dédaignent pour toi tout le sang de leurs rois.
Je cède à leurs désirs, garde mon diadème,
Comme digne rançon de cette autre moi-même ;
Laisse-moi racheter Rodelinde à ce prix,
Et je vivrai content malgré tant de mépris.
Tu sais qu’elle n’est pas du droit de ta conquête ;
Qu’il faut, pour être à toi, qu’il m’en coûte la tête :
Garde donc de mêler la fureur des tyrans
Aux brillantes vertus des plus grands conquérants ;
Fais voir que ce grand bruit n’est point un artifice,
Que ce n’est point à faux qu’on vante ta justice,
Et donne-moi sujet de ne plus m’indigner
Que mon peuple en ma place aime à te voir régner.
[GRIM. L’artifice grossier n’a rien qui m’épouvante.] (1653-56) - ↑ Var. Quoi ? vous me prenez donc pour un homme attitré ? (1653-56)
- ↑ Var. Non, c’est un imposteur,
Il en a tous les traits, et n’en a pas le cœur ;
Et du moins si c’est lui quand je vois son visage,
Soudain ce n’est plus lui quand j’entends son langage.
Mon époux n’eut jamais le courage abattu
Jusqu’à céder son trône à ta fausse vertu.
S’il avoit approché si près de ta personne,
Il eût déjà repris son sceptre et sa couronne ;
Il se fût fait connoître au bras plus qu’à la voix,
Et t’eût percé cœur déjà plus d’une fois.
Ses discours à son rang font une perfidie…
GRIM. Mais dites-nous enfin… ROD. [Que veux-tu que je die ?]
C’est lui, ce n’est pas lui : c’est ce que tu voudras ;
J’en croirai plus que moi ce que tu résoudras.
Imposteur ou monarque, il est en ta puissance ;
Et puisque à mes yeux même il trahit sa naissance,
Sa vie et son trépas me sont indifférents.
[Achève de te mettre au rang des vrais tyrans.] (1653-56) - ↑ Les anciennes éditions, de 1660-1692, donnent une aide, au féminin. Celle de Voltaire (1764) porte un aide.
- ↑ Var. Ne pensez plus, Seigneur, qu’à punir tant d’audace.
GRIM. Oui, l’échafaud bientôt m’en fera la raison. (1653-56) - ↑ Var. Toi, va voir Édüige, et tâche à tirer d’elle
Dans ces obscurités quelque clarté fidèle. (1653-64) - ↑ Var. Et juge par l’espoir qu’elle aura d’être à moi,
Si c’est un imposteur qu’elle déguise en roi. (1653-56)
Var. Et tire de l’espoir qu’elle aura d’être à moi
Si c’est un imposteur qu’elle déguise en roi. (1660-64) - ↑ Var. Je n’ai rien à venger, et ne le puis trahir. (1653-56)
- ↑ « Ces vers forment absolument la même situation que celle d’Andromaque. » (Voltaire.)
- ↑ Mais il faut obéir ; fais-moi venir ton maître. (1653-56)
- ↑ Var. Chacun à ses périls peut croire sa fortune. (1653-56)
- ↑ La pensée est la leçon des éditions de 1653-63. Celles de 1668-92 donnent sa, au lieu de la, ce qui pourrait bien être une faute typographique. Voltaire est revenu à la leçon primitive : la pensée.
- ↑ Var. Prenez-en sa parole, il la garde fort bien,
Et vous promettra tout pour ne vous tenir rien.
ROD. Laissez-m’en, quoi qu’il fasse, ou la gloire ou la honte. (1653-56) - ↑ Conte, compte. C’est l’orthographe constante de Corneille. Nous la conservons à la rime.
- ↑ Tel est le texte de toutes les éditions publiées du vivant de l’auteur. Thomas Corneille, et après lui Voltaire, ont substitué du à de.
- ↑ Les éditions de 1653-56 mettent de plus UNULPHE au nombre des personnages de cette scène.
- ↑ Var. Tes offres n’ont point eu d’exemple jusqu’ici. (1653-63)
- ↑ L’édition de 1682 porte seule : « Qui tranche de tyran. »
- ↑ Var.C’est assez dit : sois-moi juge équitable,
Et me dis si le mien agit en raisonnable. (1653-56) - ↑ Var. Quand j’aurai satisfait tes feux désespérés. (1653-56)
- ↑ Toutes les éditions données du vivant de Corneille portent : « Cet offre, » au masculin. Thomas Corneille, dans l’édition de 1692, et Voltaire donnent le féminin. Nous avons vu plus haut, aux vers 369,589 et 590, et nous retrouverons plus loin, au vers 1555, ce même mot au féminin.
- ↑ Var. Qui le veut immoler à son affection. (1653-56)
- ↑ Voyez ci-après Sertorius, vers 1784, et la note de Voltaire.
- ↑ Var. PERTH. Arrête, Grimoald, Pertharite est vivant.
Ce te doit être assez de porter ma couronne,
Sans me ravir encor ce que l’hymen me donne ;
À quoi que ton amour te puisse disposer,
Commence par ma mort, si tu veux l’épouser.
[ROD. Est-ce donc vous, Seigneur ? et les bruits infidèles.] (1653-56) - ↑ Var. Et ne te mêle pas d’attenter à ma joie. (1653-56)
- ↑ Var. Et ne t’obstine pas à croire mon trépas.
Je ne viens point ici, jaloux de ma couronne,
Soulever mes sujets, me prendre à ta personne,
Me ressaisir d’un sceptre acquis à ta valeur,
Et me venger sur toi de mon trop de malheur.
J’ai cherché vainement dans toutes les provinces
L’appui des potentats et la pitié des princes,
Et dans toutes leurs cours je me suis vu surpris
De n’avoir rencontré qu’un indigne mépris.
Enfin, las de traîner partout mon impuissance,
Sans trouver que foiblesse ou que méconnoissance,
Alarmé d’un amour qu’un faux bruit t’a permis,
Je rentre en mes États, que le ciel t’a soumis ;
Mais j’y rencontre encor des malheurs plus étranges :
Je n’y trouve pour toi qu’estime et que louanges,
Et d’une voix commune on y bénit un roi
Qui fait voir sous mon dais plus de vertu que moi.
Oui, d’un commun accord ces courages infâmes
Me laissent détrôner jusqu’au fond de leurs âmes,
S’imputent à bonheur de vivre sous tes lois,
Et dédaignent pour toi tout le sang de leurs rois.
Je cède à leurs désirs, garde mon diadème,
Comme digne rançon de cette autre moi-même ;
Laisse-moi racheter Rodelinde à ce prix,
Et je vivrai content malgré tant de mépris.
Tu sais qu’elle n’est pas du droit de ta conquête ;
Qu’il faut, pour être à toi, qu’il m’en coûte la tête :
Garde donc de mêler la fureur des tyrans
Aux brillantes vertus des plus grands conquérants ;
Fais voir que ce grand bruit n’est point un artifice,
Que ce n’est point à faux qu’on vante ta justice,
Et donne-moi sujet de ne plus m’indigner
Que mon peuple en ma place aime à te voir régner.
[GRIM. L’artifice grossier n’a rien qui m’épouvante.] (1653-56) - ↑ Var. Quoi ? vous me prenez donc pour un homme attitré ? (1653-56)
- ↑ Var. Non, c’est un imposteur,
Il en a tous les traits, et n’en a pas le cœur ;
Et du moins si c’est lui quand je vois son visage,
Soudain ce n’est plus lui quand j’entends son langage.
Mon époux n’eut jamais le courage abattu
Jusqu’à céder son trône à ta fausse vertu.
S’il avoit approché si près de ta personne,
Il eût déjà repris son sceptre et sa couronne ;
Il se fût fait connoître au bras plus qu’à la voix,
Et t’eût percé cœur déjà plus d’une fois.
Ses discours à son rang font une perfidie…
GRIM. Mais dites-nous enfin… ROD. [Que veux-tu que je die ?]
C’est lui, ce n’est pas lui : c’est ce que tu voudras ;
J’en croirai plus que moi ce que tu résoudras.
Imposteur ou monarque, il est en ta puissance ;
Et puisque à mes yeux même il trahit sa naissance,
Sa vie et son trépas me sont indifférents.
[Achève de te mettre au rang des vrais tyrans.] (1653-56) - ↑ Les anciennes éditions, de 1660-1692, donnent une aide, au féminin. Celle de Voltaire (1764) porte un aide.
- ↑ Var. Ne pensez plus, Seigneur, qu’à punir tant d’audace.
GRIM. Oui, l’échafaud bientôt m’en fera la raison. (1653-56) - ↑ Var. Toi, va voir Édüige, et tâche à tirer d’elle
Dans ces obscurités quelque clarté fidèle. (1653-64) - ↑ Var. Et juge par l’espoir qu’elle aura d’être à moi,
Si c’est un imposteur qu’elle déguise en roi. (1653-56)
Var. Et tire de l’espoir qu’elle aura d’être à moi
Si c’est un imposteur qu’elle déguise en roi. (1660-64) - ↑ Var. Je n’ai rien à venger, et ne le puis trahir. (1653-56)