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Philoctète : Le traité du Narcisse. La tentation…Chapitre 7 / 19

SCÈNE III

ULYSSE et NÉOPTOLÈME

ULYSSE

Viens-je à temps ? Qu’a-t-il dit ? As-tu bien parlé, mon élève ?

NÉOPTOLÈME

Grâce à toi, mieux que lui. Mais qu’importe ? — Ulysse… il m’a donné son arc à tendre !…

ULYSSE

Son arc ! quelle plaisanterie ! — Et que ne l’as-tu donc gardé, fils d’Achille ?

NÉOPTOLÈME

Que vaut un arc sans flèches ? Tandis que j’avais l’arc, il retenait les flèches prudemment.

ULYSSE

L’habile ami !… Se doute-t-il, crois-tu ? Que disait-il ?

NÉOPTOLÈME

Oh ! rien, ou presque !

ULYSSE

Et t’a-t-il récité de nouveau sa vertu ?

NÉOPTOLÈME

Lui qui parlait si bien naguère, dès mes questions, il s’est tu.

ULYSSE

Tu vois !…

NÉOPTOLÈME

Et quand j’ai demandé à quoi l’on peut se dévouer, qui ne soit pas toujours la Grèce, il m’a dit…

ULYSSE

Il t’a dit ?…

NÉOPTOLÈME

Qu’il ne savait pas. Et quand j’ai dit que les dieux mêmes, ainsi que tu m’avais appris, s’y soumettaient, il a répondu : C’est alors qu’au-dessus des dieux, il y a…

ULYSSE

Quoi ?

NÉOPTOLÈME

Il m’a dit qu’il ne savait pas.

ULYSSE

Eh ! tu vois bien, Néoptolème !…

NÉOPTOLÈME

Non, Ulysse, il me semble que je le comprends, à présent.

ULYSSE

Que tu comprends quoi ?

NÉOPTOLÈME

Quelque chose. Car enfin, dans cette île si solitaire, quand nous n’étions pas là, à quoi se dévouait Philoctète ?

ULYSSE

Mais, tu l’as dit : à rien. A quoi sert la vertu solitaire ? Malgré tout ce qu’il croit, elle s’exhalait sans emploi. A quoi servent toutes ses phrases, belles tant qu’il voudra… T’a-t-il convaincu ? — Ni moi non plus.

S’il vit ainsi, seul dans cette île, je te l’ai bien prouvé, c’était pour délivrer l’armée de ses gémissements et de sa puanteur ; c’est là son premier dévouement, c’est là sa vertu, quoi qu’il dise. Sa seconde vertu, ce sera, s’il est si vertueux, de se bien consoler, quand il aura perdu son arc, en songeant que c’est pour la Grèce. Quel autre dévouement s’imagine, qui ne soit pas pour la patrie ? Il attendait vois-tu, que nous vinssions l’offrir… Mais, comme il pourrait refuser, mieux nous vaut forcer sa vertu, lui imposer le sacrifice — et je crois plus prudent de l’endormir. Vois ce flacon…

NÉOPTOLÈME

Ah ! ne parle pas trop, Ulysse… Philoctète, lui se taisait.

ULYSSE

C’est qu’il n’avait plus rien à dire.

NÉOPTOLÈME

Et c’est pour cela qu’il pleurait ?

ULYSSE

Il pleurait de s’être trompé.

NÉOPTOLÈME

Non, c’est à cause de moi qu’il pleurait.

ULYSSE (souriant.)

De toi ?… Ce qu’on commence par sottise, par orgueil on l’appelle vertu.

NÉOPTOLÈME (éclate en sanglots.)

Ulysse ! tu ne comprends pas Philoctète…