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Ainsi Parlait ZarathoustraAPPENDICE

Ainsi Parlait Zarathoustra
Chapitre 85 / 87

APPENDICE


Les fragments qui suivent sont empruntés aux Oeuvres posthumes de Frédéric Nietzsche et peuvent aider à la compréhension d'Ainsi parlait Zarathoustra. Le philosophe lui-même semble avoir eu l'intention d'écrire un jour un glossaire à cet ouvrage, mais il ne parvint jamais à mettre son projet à exécution. Plusieurs notes tracées sur ses carnets, au hasard de l'inspiration, sont de simples résumés ou des aide-mémoire, par quoi il entendait fixer le sens de tel ou tel chapitre. D'autres, au contraire, donnent véritablement des éclaircissements et seront, pour le lecteur attentif, d'un secours précieux. Tels qu'ils se présentent ici et malgré leur caractère inachevé, ces quatre-vingt-deux aphorismes permettront en tous les cas de jeter un coup d'oeil dans le laboratoire intellectuel de Nietzsche. - H.A.

1.


Tous les buts sont détruits: les évaluations se tournent les unes contre les autres;
on appelle bon celui qui suit son coeur, mais aussi celui qui n'obéit qu'à son devoir;
on appelle bon l'homme doux, conciliant, mais aussi l'homme brave inflexible, sévère;
on appelle bon celui qui n'exerce aucune contrainte sur lui-même, mais aussi le héros de la domination de soi;
on appelle bon l'ami absolu de la vérité, mais aussi l'homme rempli de piété qui transfigure les choses;
on appelle bon celui qui s'obéit à lui-même, mais aussi l'homme pieux;
on appelle bon l'homme distingué et noble, mais aussi celui qui ne méprise ni ne regarde de haut;
on appelle bon l'homme charitable qui évite la lutte, mais aussi celui qui est avide de combats de victoires;
on appelle bon celui qui veut toujours être le premier, mais aussi celui qui ne veut être avantagé au détriment de personne.


2.


Nous avons en nous une force énorme de sentiments moraux, mais aucun but qui pourrait les satisfaire tous. Ces sentiments se contredisent les uns les autres: ils ont pour origine des tables de valeurs différentes.
Il y a une force morale prodigieuse, mais il n'y a plus de but, où toute la force pourrait être utilisée.


3.


Tous les buts sont détruits. Il faut que les hommes s'en assignent un. C'était une erreur de croire qu'ils en possèdent un: ils se les ont tout donnés. Mais les conditions premières pour tous les buts d'autrefois sont aujourd'hui détruites.
La science montre le cours à suivre, mais non pas le but: elle pose cependant les conditions premières auxquelles le nouveau but devra correspondre.


4.


La profonde stérilité du dix-neuvième siècle.
Je n'ai jamais rencontré d'homme qui eût vraiment apporté un nouvel idéal. C'est le caractère de la musique allemande qui m'a le plus longtemps induit à espérer. Un type plus fort, où nos forces seraient liées synthétiquement - ce fut là ma croyance.
A première vue tout est décadence. Il faut diriger la destruction de telle sorte qu'elle rende possible, aux plus forts, une nouvelle forme de l'existence.


5.


La dissolution de la morale conduit, dans ses conséquences pratiques, à l'individu atomique et aussi à la division de l'individu en multiplicités - fluctuation absolue.
C'est pourquoi, plus que jamais, un but est nécessaire et un amour, un nouvel amour.


6.


"Aussi longtemps que votre morale était suspendue au-dessus de ma tête, je respirais comme quelqu'un qui étouffe. Dès lors, il me fallut étrangler ce serpent. Je voulais vivre, c'est pourquoi je devais mourir."


7.


Tant que l'on devra encore agir, par conséquent tant que l'on commandera, il n'y aura pas encore de synthèse (la suppression de l'homme moral). Ne pas pouvoir faire autrement. Les instincts et la raison qui commande ne sauraient autrement aller au delà du but.
Jouir de soi-même dans l'action.


8.


Tous, ils ne veulent pas porter le fardeau de ce qui n'est pas commandé; mais ils font ce qu'il y a de plus difficile, lorsque tu le leur commandes.


9.


Surmonter le passé en nous-mêmes: combiner à nouveau les instincts et les diriger tous ensembles vers un seul but: - cela est extrêmement difficile! Il n'y a pas que les mauvais instincts qu'il faut surmonter, - il faut aussi faire table rase de ce que l'on appelle les bons instincts, afin de les sanctifier à nouveau!


10.


Il ne faut pas faire de bonds dans la vertu! Mais il faut que chacun suive un chemin différent! Pourtant chacun ne doit pas vouloir parvenir au plus haut! Par contre, chacun peut servir de pont et d'enseignement pour les autres!


11.


Pour la bonne volonté d'aider, de compatir, de se soumettre, de renoncer aux attaques personnelles, les hommes insignifiants et superficiels deviendront peut-être pour l'oeil quelque chose de supportable: il ne faut à aucun prix leur ôter l'idée que cette volonté est "la vertu même".


12.


L'homme rend précieuse une action: mais comment une action rendrait-elle précieux un homme?


13.


La morale est affaire de ceux qui ne peuvent se libérer d'elle: c'est pourquoi elle fait partie pour ceux-là des "conditions d'existence". On ne peut pas réfuter des conditions d'existence: on peut seulement... ne pas les posséder.


14.


S'il était vrai que la vie ne vaut pas d'être affirmée, l'homme moral abuserait de son prochain, précisément par son oubli de soi et par ses vertus secourables - et cela à son bénéfice personnel.


15.


"Aime ton prochain" - cela veut dire avant tout: "ne t'occupe pas de ton prochain!" - Et c'est précisément ce côté de la vertu qui est le plus difficile.


16.


L'homme mauvais considéré comme un parasite. Dans la vie nous ne devons pas seulement être des jouisseurs: cela manque de noblesse.


17.


C'est le sentiment noble qui nous interdit de n'être que des jouisseurs de la vie. Ce sentiment se révolte contre toute espèce d'hédonisme. Nous devons nous acquitter de quelque chose en retour. - Mais la croyance fondamentale de la masse, c'est qu'il faut vivre pour rien, - c'est là sa vulgarité.


18.


Pour l'homme bas les évaluations contraires sont applicables: il importe de lui implanter les vertus. Il faut l'arracher à la vie par des commandements absolus, par de terribles tyrans.


19.


Revendication: la nouvelle loi doit pouvoir être accomplie - et de son accomplissement doit sortir l'anéantissement et la loi supérieure. Zarathoustra se pose en face de la loi, en supprimant la "loi des lois", la morale.
Les lois considérées comme épines dorsales. Il faut travailler aux lois et en créer, en les exécutant. Jusqu'à présent c'était l'instinct d'esclavage qui faisait obéir aux lois.


20.


La victoire sur soi-même chez Zarathoustra doit servir d'exemple à la victoire sur soi-même dans l'humanité - en faveur du surhumain. C'est en vue de cela que la victoire sur la morale est nécessaire.


21.


Type du législateur, son évolution et ses souffrances. Quel sens cela a-t-il, d'une façon générale, d'édicter des lois?
Zarathoustra est le héraut qui appelle beaucoup de législateurs.


22.