XXV. — LA SURPRISE.
« En rentrant au magasin de mademoiselle Francotte, poursuivit Thérèse, je prétextai un violent mal de tête, et demandai la permission de me retirer un instant dans l’arrière-boutique.
J’avais besoin de reprendre mes esprits.
J’étais si pâle, que l’on ne douta point un instant de mon indisposition. Mademoiselle Francotte elle-même voulut me soigner ; mais je la priai de me donner un verre d’eau et de me laisser seule.
Elle fit ce que je demandais.
Une fois seule, je me mis à réfléchir.
Alors, je me rappelai cette lettre apportée au magasin de madame Dubois, en mon absence, par un officier qui ressemblait tellement à M. Henri qu’on l’avait pris pour lui.
Je me rappelai l’exclamation du jeune officier s’écriant :
— Ce n’est pas moi qui m’appelle Henri : c’est mon frère. »
« Je me rappelai, en outre, que Henri, une ou deux fois, m’avait parlé d’un frère jumeau qu’il avait, et qui était tout son portrait ; tellement que, dans leur enfance, les parents des deux enfants, pour les reconnaître, étaient forcés de leur faire mettre des vêtements de couleurs différentes.
Tout s’expliquait, Gratien était venu pour le mariage de Henri, et Henri avait chargé Gratien, son meilleur ami, de porter au magasin la lettre qui avait failli Causer ma mort.
Le mariage fait, Gratien était venu reprendre sa garnison à Chartres. Je l’avais rencontré la veille ; j’avais cru rencontrer Henri ; rien de plus simple que tout cela.
Seulement, pour moi, avec ma disposition de cœur et d’esprit, tout devenait une menacé.
En ce moment, j’entendis se refermer la porte de la rue, et, à travers le double vitrage qui me séparait du magasin, je vis entrer un jeûne officier que je reconnus pour Gratien.
Il venait acheter des gants.
Sans doute, intrigué de l’aventure, il m’avait suivie, ou s’était informé, et l’achat des gants n’était qu’un prétexte pour savoir qui j’étais.
Je m’appuyai toute tremblante sur une commode dont le marbre rafraîchissait mes mains brûlantes. Il resta près d’un quart d’heure dans le magasin sous différents prétextes, et s’en alla en jetant un regard désappointé autour de lui.
Cette station dans le magasin n’étonna point, d’ailleurs, mademoiselle Francotte. Comme nous étions là quatre ou cinq jeunes filles, dont la plus âgée n’avait pas vingt ans, ces messieurs, de là garnison, sous prétexte de commander des chemises ou d’acheter des gants, faisaient de fréquentes visites au magasin. Mademoiselle Francotte y trouvait son compte, et nous recommandait deux choses : bonne mine et doux sourire au magasin, sévérité partout ailleurs.
Maintenant que le jour s’était fait dans mon esprit, je n’avais plus aucune raison de rester dans l’arrière-boutique, je rentrai donc dans le magasin et repris ma place accoutumée au comptoir.
Ces demoiselles parlaient du bel officier qui venait de sortir. C’était la première fois qu’on le voyait chez mademoiselle Francotte, et vous vous figurez bien ce que quatre langues de quinze à dix-huit ans avaient à dire sur un bel officier de vingt ans.
On me plaignit fort de ne pas avoir été là quand il était venu.
Mais on le reverrait bien certainement : il était resté un quart d’heure ; sans doute, en restant un quart d’heure, avait-il une intention.
J’écoutais ce bavardage les yeux fermés, et sans y mêler une parole ; moi seule eusse pu jeter la lumière sur la discussion, mais je n’avais garde.
Le lendemain j’eus à sortir. Ce ne fut qu’en tremblant que je mis le pied dehors. J’avais peur de rencontrer M. Gratien, et, en même temps, je mourais d’envie de le voir ; il n’y avait qu’avec lui que je pouvais parler de Henri, et mon pauvre cœur avait soif de celte joie.
Au reste, à peine avais-je fait cent pas, que je rencontrai le jeune officier.
Je restai clouée à ma place.
Il s’approcha de moi.
— Mademoiselle, me dit-il, veuillez recevoir mes excuses pour la frayeur que nous vous avons causée, mon camarade et moi. Je n’avais pas attendu à aujourd’hui pour vous les faire, et, quand j’ai appris dans quel magasin vous étiez, je me suis empressé de m’y présenter. Mais vous étiez absente, et, dans l’ignorance où j’étais de votre nom et la crainte de commettre une indiscrétion, je n’ai point osé m’informer de vous. Je remercie donc le hasard qui fait que je vous rencontre aujourd’hui, et qui, par conséquent, me permet de vous dire tous les regrets que j’ai éprouvés en voyant la fâcheuse impression que produisait sur vous ma présence. — Monsieur, lui répondis-je, vous vous êtes trompé ; et cette impression, dont vous ignorez la cause réelle, a sa source dans un tout autre sentiment que la répulsion. — Comment ! Mademoiselle, interrompit Gratien, il se pourrait que je fusse assez heureux ?.. »
« Je l’interrompis à mon tour.
— Monsieur, lui dis-je, une explication était nécessaire entre nous. Je ne l’eusse point cherchée ; mais je ne l’éviterai pas. Vous êtes bien M. Gratien d’Elbène, n’est-ce pas ? — Comment savez-vous mon nom ? — Frère de M. Henri d’Elbène ? continuai-je. — Sans doute. — Au moment du mariage de monsieur votre frère avec mademoiselle Adèle de Clermont, vous êtes venu à Paris, n’est-ce pas ? — Oui. — Vous fûtes alors chargé par lui de remettre une lettre à une jeune fille qu’il avait aimée ? — Qu’il aime encore et qu’il aimera toujours, répéta Gratien. — Oh ! m’écriai-je en lui prenant les deux mains et en éclatant en sanglots, dites-vous la vérité ? — Mon Dieu ! fit Gratien, seriez-vous Thérèse ? — Hélas ! Monsieur... — La pauvre enfant qui a voulu se noyer ? — D’où savez-vous cela ? — Par lui. Il l’a appris ; il a été chez madame Dubois ; mais vous étiez partie, et l’on n’a pu lui dire où vous étiez allée, ni ce que vous étiez devenue. Oh ! qu’il va être heureux de savoir que vous vivez toujours et que vous ne le maudissez pas ! — Je l’aimais trop pour le maudire jamais, murmurai-je. — Me permettez-vous de lui donner cette assurance ? — Henri connaît mon cœur, et j’espère qu’il n’en à pas besoin.
— N’importe ! demain, il saura que vous êtes ici, et que j’ai eu le bonheur de vous voir. »
« Je poussai un soupir en essuyant mes larmes.
— Mais vous voir n’est point assez ; c’est vous revoir qu’il me faut. Vous l’aimiez ? — Oh ! de toute mon âme. — Eh bien ! nous parlerons de lui : — Il ne m’est pas plus permis maintenant de parier de lui qu’il ne m’est permis de l’aimer. — Il est toujours permis d’aimer un frère, et de parler d’un frère ; nous parlerons de lui comme d’un frère. — Oh ! ne me tentez pas, lui dis-je ; je n’y suis déjà que trop disposée, mon Dieu ! Laissez-moi, non pas oublier, c’est impossible, mais laissez-moi me taire. — La seule consolation qui reste d’un malheur irréparable, c’est de pleurer et de se plaindre. Plaignez-vous à moi, pleurez avec moi ; je vous dirai combien il vous aimait, combien il a combattu, lutté, souffert ; je vous dirai surtout combien il vous aime encore.
— Oh ! taisez-vous, taisez-vous, lui dis-je en appuyant mes mains sur mes oreilles pour ne pas entendre. — Oui, vous avez raison, dit-il, ce n’est point ici, au milieu de celte rue, que nous pouvons rappeler de pareils souvenirs ; j’aurai l’honneur de me présenter chez vous, et j’espère que vous me ferez la grâce de me recevoir. ».
Et il me salua et s’éloigna avant que je pusse lui répondre.
Je rentrai chez mademoiselle Francotte, toute préoccupée de cette entrevue ; j’étais effrayée moi-même du désir intérieur que j’éprouvais de revoir Gratien pour parler avec lui de Henri ; mais cependant, je comprenais la nécessité de fuir cette irrésistible tentation. Je demandai, en conséquence, à mademoiselle Francotte, si elle ne pouvait point me loger chez elle, offrant, dans ce cas, de faire une diminution sur mes appointements. Par malheur, toute la maison était occupée, et il fut impossible à mademoiselle Francotte de m’accorder ma demande.
J’occupais, dans la rue du Grand-Cerf, une petite chambre au troisième étage, où je me retirais tous les soirs vers neuf heures, c’est-à-dire aussitôt le magasin fermé.
Les dimanches, à partir de midi, j’étais libre.
Comment Gratien était-il parvenu à connaître mon adressé, je n’en sais rien ; mais le même soir, au moment où je rentrais chez moi, je le trouvai dans la rue, à la porte de la maison que j’habitais.
Je vous dis tout, Monsieur, c’est ma confession que vous recevez ; je vous dois donc compte de mes sentiments, de mes pensées même, aussi bien que de mes actions.
Eh bien, ce fut moins avec une impression de crainte qu’avec une sorte de joie, que je reconnus Gratien.
C’est si vrai, que je fis un mouvement pour m’élancer vers lui.
Il le vit, et de ce moment comprit sans doute tout le pouvoir qu’il pouvait prendre sur moi.
D’ailleurs, il débuta par quelques mots qui m’eussent ôté tout mon courage, au cas où j’aurais eu la force de le repousser.
— En vous quittant aujourd’hui, me dit-il, j’ai écrit à Henri ; je lui ai dit que je vous avais vue, que vous l’aimiez toujours. J’aurai une lettre de lui après-demain. — Ah ! Monsieur, lui dis-je sans force aucune contre ces paroles, que voulez-vous de moi en me rappelant de pareils souvenirs et en réveillant un semblable amour ? Vous me perdez. »
Et, m’appuyant à l’angle de la porte, je me mis à pleurer. »
« — Mademoiselle, dit-il, je n’insisterai pas aujourd’hui ; l’état dans lequel je me trouve me fait un devoir d’être discret ; mais, après-demain dimanche, aussitôt le magasin de mademoiselle Francotte fermé, j’aurai l’honneur de me présenter chez vous. — Oh ! Monsieur ! m’écriai-je, que dira-t-on en vous voyant venir chez moi ? Impossible ! impossible ! — Rassurez-vous, Mademoiselle, me dit-il, le hasard fait que notre chef d’escadron demeure dans la même maison que vous. Je suis appelé chez lui presque tous les jours par mon devoir, et, en dehors du devoir, par notre amitié ; il loge au second, vous logez au troisième ; je sors de chez lui, je monte chez vous, personne ne le sait ; on me voit sortir ; je vais chez M. Lingard, ou je viens de faire mon service, personne ne peut trouver à redire à cela. »
Et toujours, sans attendre ma réponse, Gratien me salua respectueusement, et se relira.
Ma nuit fut une longue insomnie, ma journée du lendemain une longue attente.
J’attendis l’heure à laquelle je devais voir Gratien, avec autant d’impatience que j’attendais autrefois celle où je devais voir Henri. Il est vrai que c’était toujours Henri que j’attendais.
A midi dix minutes, j’étais chez moi. A midi et demi, on frappait doucement à ma porte. — A-t-il répondu ? demandai-je à Gratien en lui ouvrant. — Tenez, me dit-il en me présentant une lettre toute dépliée, lisez, et vous verrez si j’ai menti en vous disant qu’il vous aimait toujours. » Je pris avidement la lettre et courus à la fenêtre, moins pour y voir que pour m’isoler.
Pendant que je lisais, j’entendais Black gronder sourdement ; deux ou trois fois je m’interrompis pour le faire taire ; mais, pour la première fois, il ne m’écouta point.
Oui, la lettre, pour mon malheur, était bien telle que me l’avait promise Gratien. Henri m’aimait toujours, il n’aimait que moi, il était malheureux et regrettait de n’avoir pas eu la force de rompre le mariage qui faisait son malheur.
Lorsque j’eus lu et relu la lettre de Henri, je voulus la rendre à Gratien.
« —Oh ! dit-il, gardez-la, Mademoiselle ; celte lettre, en réalité, ne m’est point adressée, mais bien à vous. Qu’en ferais-je ? »
Et il repoussait ma main avec un soupir.
J’appuyai mes lèvres sur la lettre, et la cachai dans ma poitrine.
Gratien restait debout. Je lui fis signe de s’asseoir.
Il comprit alors qu’il n’avait qu’un moyen de prolonger sa visite : c’était de me parler de Henri.
Une heure s’écoula comme une minute ; il y avait parade à deux heures. Gratien me quitta le premier.
Je fus sur le point de lui demander : Quand vous reverrai-je ? » Par bonheur, je me retins.
Gratien parti, je fermai ma porte au verrou, comme si je craignais d’être dérangée, moi qui ne recevais aucune visite, si ce n’est de temps en temps celle d’une des jeunes filles de mademoiselle Francotte.
Une fois seule, je m’assis sur un petit canapé, près de la fenêtre, et, la tête de Black allongée sur mes genoux et me regardant avec ses grands yeux humains, je me remis à lire cette lettre.
Vous comprenez, n’est-ce pas, que ce fut une occupation de toute la journée.
Le lendemain, je ne vis Gratien ni dans la journée, ni le soir.
J’entendis sonner dix heures, onze heures, minuit, sans me coucher.
J’attendais.
Je ne pouvais croire que je resterais toute cette soirée sans parler de Henri.
Je me rejetai sur la lettre, que je lus et relus ; je m’endormis cette lettre sur mon cœur.
Le lendemain, toute la journée se passa sans que j’entrevisse Gratien.
J’espérais, en rentrant, le retrouver à ma porte ; il n’y était pas.
Je remontai chez moi et j’allumai ma bougie.
Pour la centième fois je relisais la lettre de Henri, lorsque j’entendis gronder Black ; je compris, même avant d’avoir entendu le bruit de ses pas, que c’était Gratien qui montait.
Un instant après, on frappait à la porte.
Je criai : Entrez ! » avec une émotion à laquelle Gratien put se méprendre.
— Ah ! lui dis-je, emportée par mon premier mouvement, comment ne vous ai-je pas vu hier ? »
Je n’achevai même point la phrase. Mais, par malheur, elle n’avait pas besoin d’être achevée.
— Je n’ai point osé, répondit Gratien : vous m’aviez manifesté sur la fréquence de mes visites des craintes que j’ai parfaitement comprises, quoiqu’elles fussent exagérées. J’ai voulu vous prouver que je pouvais être dévoué, mais non indiscret. »
« Je baissai les yeux, car je sentis qu’il fallait être moi-même pour bien comprendre le sentiment qui me faisait agir ; mais, en baissant les yeux, je lui fis signe de s’asseoir près de moi.
La soirée dura une seconde ; comme l’avant-veille, Gratien ne me parla que de Henri. Minuit sonna, que je croyais Gratien entré depuis quelques minutes seulement.
Je descendis pour ouvrir moi-même la porte à Gratien. Il n’avait point l’habitude de sortir si tard de chez M. Lingard, et, le lendemain, une question faite aux domestiques pouvait tout révéler.
Comme c’est l’habitude en province, où chaque locataire a sa clef, j’avais la mienne, et je pus mettre Gratien hors de la maison sans qu’il fût ni vu ni entendu de personne.
Maintenant, ce que je viens de vous raconter fut l’histoire de trois mois de ma vie. Le premier mois, je dois rendre justice à Gratien, il ne me parla absolument que de son frère. Le second mois, il hasarda quelques mots sur lui-même.
A ces quelques mots, je le sais bien, j’eusse dû l’arrêter, et, s’il recommençait, lui fermer ma porte ; mais, songez-y bien, j’étais seule, sans personne au monde à qui demander un appui ou un conseil. J’avais autour de moi l’exemple de toutes mes compagnes, sur lesquelles je n’avais aucune supériorité, ni de fortune, ni de position. Ce vague souvenir qui, dans nia jeunesse, brillait encore comme une aube lointaine d’une première enfance joyeuse et brillante, s’effaçait tous les jours un peu plus. Je savais ce que l’on souffre d’amour, et je plaignais Gratien de m’aimer. Vis-à-vis de lui, je me sentais parfaitement sûre de moi ; d’ailleurs, j’avais en Black un gardien incorruptible. Je ne souffrais point, soit chez moi, soit à la promenade, qu’il nous quittât un instant, et je l’eus bientôt dressé à un petit manége qui dérouta tous les plans de Gratien ; mais, un soir, le chien me quitta... »
Le chevalier de La Graverie frissonna ; car il entrevit du premier coup d’œil les conséquences que son rapt allait avoir pour la pauvre jeune fille. Sa main chercha la sienne, il la porta à ses lèvres et la baisa pieusement.
— Continuez, murmura-t-il ; car la jeune fille, étonnée et de son action et de l’expression de son visage, s’était arrêtée et le regardait. — « Eh bien, je vous dirai donc qu’un soir mon chien me quitta. J’étais désolée de la perte de mon chien. Gratien parut partager ma douleur et courut de son côté, à ce qu’il me dit, du moins. Je courus du mien, de façon à mécontenter mademoiselle Francotte ; mais j’aimais mieux risquer de l’irriter et retrouver mon pauvre Black. Il me semblait que j’avais perdu mon gardien, et que, tant que je ne l’aurais pas retrouvé, j’étais sous le poids de quelque malheur inconnu mais imminent.
Un soir, vers six heures, je reçus une lettre d’une écriture inconnue ; elle était signée : Madame Constant.
Elle était conçue en ces termes :
Mademoiselle Thérèse,
On dit que vous avez perdu un chien auquel vous teniez beaucoup, que ce chien est un épagneul noir avec une seule tache blanche à la gorge. Mon mari en a trouvé, voilà tantôt huit jours, un dont le signalement est le même ; Voulez-vous, ce soir, vous assurer si ce chien est bien le vôtre ? Dans ce cas, quelque peine que cela nous fasse de le quitter, nous nous empresserions de le rendre à sa légitime propriétaire.
J’ai l’honneur, etc
Fe CONSTANT.
Rue Saint-Michel, 17, au second.
Je jetai un cri, et, sans donner d’explications à personne, je pris mon châle et mon chapeau, et sortis.
En un instant, je fus rue Saint-Michel ; je montai au second du numéro17, et je sonnai.
Une vieille femme vint ouvrir.
— Madame Constant ? lui demandai-je. — Êtes-vous mademoiselle Thérèse ? — Oui. — Vous venez pour un chien ? — Oui. — Eh bien, entrez dans cette chambre, je vais prévenir Madame. »
« On me fit entrer dans une chambre. J’y étais depuis cinq minutes à peine, qu’une porte s’ouvrit ; le bruit me fit retourner la tête.
Je poussai un cri, un seul :
— Henri !
Et je me jetai dans les bras de celui qui venait d’ouvrir la porte...
Le lendemain matin, j’étais dans ses bras encore ; seulement, j’y étais pleurante et désespérée.
Gratien, comprenant qu’il n’obtiendrait jamais rien de moi et que son frère avait tout mon amour, Gratien que j’avais constamment vu en officier, Gratien avait revêtu les habits de son frère, ceux-là mêmes qu’il portait la dernière fois que je l’avais vu, et m’était apparu sous ces habits.
A sa vue, mes forces m’avaient abandonnée ; mon amour seul était resté en moi et avait disposé de moi.
La ressemblance entre ces deux jumeaux était telle, que j’y avais été trompée. Ce ne fut que le lendemain que Gratien m’avoua tout... »
— Oh ! le misérable ! s’écria le chevalier de La Graverie. — Il n’avait point agi de son propre mouvement, mais d’après les conseils d’un de ses amis, nommé Louville. — Je le connais ! s’écria le chevalier. Continuez, mon enfant, continuez.