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Jules César : tragédie en cinq actesChapitre 17 / 18

UNE AUTRE PARTIE DU CHAMP DE BATAILLE

(Alarme. Entrent en combattant des soldats des deux armées; puis BRUTUS, le jeune CATON, LUCILIUS et d’autres.)

 

BRUTUS.

Cependant, compatriotes, cependant tenez la tête haute !

CATON.

Quel cœur dégénéré ne le ferait pas ? Qui veut venir avec moi ? Je proclamerai mon nom sur le champ de bataille : ah ! je suis le fils de Marcus Caton, ennemi des tyrans, et ami de mon pays; ah ! je suis le fils de Marcus Caton.

(Il charge l’ennemi.)

BRUTUS.

Et moi, je suis Brutus, Marcus Brutus; Brutus, l’ami de mon pays; reconnaissez-moi pour Brutus !

(Il sort, en chargeant l’ennemi. Le jeune CATON est écrasé et tombe.)

LUCILIUS.

0 jeune et noble Caton, es-tu tombé ? Eh bien, maintenant tu meurs aussi bravement que Titinius : et on peut t’honorer comme le fils de Caton.

PREMIER SOLDAT.

Rends-toi, ou tu meurs.

LUCILIUS.

Je ne me rends que pour mourir : voilà tout cela pour que tu veuilles me tuer tout de suite.

(Lui offrant de l’argent.)

Tue Brutus, et sois honoré par sa mort.

PREMIER SOLDAT.

Nous ne le devons pas. Un noble prisonnier !

SECOND SOLDAT.

Place, holà ! Dites à Antoine que Brutus est pris.

PREMIER SOLDAT.

Je vais dire la nouvelle : voici venir le général.

(Entre ANTOINE.)

Brutus est pris, Brutus est pris, seigneur.

ANTOINE.

Où est-il ?

LUCILIUS.

En sûreté, Antoine; Brutus est assez en sûreté. J’ose t’assurer qu’aucun ennemi ne prendra jamais vivant le noble Brutus : que les dieux le préservent d’une si grande honte. Quand vous le trouverez ou en vie, ou mort, vous le trouverez semblable à Brutus, semblable à lui-même.

ANTOINE.

Ce n’est pas Brutus, ami; mais, je vous assure, une prise non moins importante : gardez cet homme en sûreté, prodiguez-lui tous les égards. J’aimerais mieux avoir de tels hommes pour amis que pour ennemis. Allez en avant, et voyez si Brutus est vivant ou mort; puis revenez nous dire sous la tente d’Octave, comment tout s’est passé.

(Ils sortent.)