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L'Arlésienne : Pièce en trois actes et cinq tableauxChapitre 9 / 43

SCÈNE VI.

LES MÊMES, LE PATRON MARC,
puis FRANCET MAMAÏ.

LE PATRON MARC.

D’abord et d’une, il n’y a plus de patron Marc. Je suis, de cette année, capitaine au cabotage, avec certificats, diplômes et tout le tremblement... Ainsi donc, mon garçon, si ça ne t’écorche pas trop la langue, appelle-moi capitaine. (Se frottant les reins.) Et mène ta carriole un peu plus en douceur.

FRÉDERI.

Oui, capitaine.

LE PATRON MARC.

A la bonne heure. (A Rose.) Bonjour, Rose. (Il l’embrasse. Apercevant Balthazar.) Hé! voilà le vieux père Planète.

BALTHAZAR.

Salut, salut, marinier.

LE PATRON MARC.

Comment, marinier? puisqu’on te dit...

FRANCET MAMAÏ, arrivant.

Hé bé! quelles nouvelles?

LE PATRON MARC.

La nouvelle, maître Francet, c’est qu’il va falloir endosser votre belle jaquette à fleurs et vous en aller à la ville bien vite faire votre demande. On vous attend...

FRANCET MAMAÏ.

Alors, c’est du bon?...

LE PATRON MARC.

Tout ce qu’il y a de meilleur... De braves gens, sans façons, comme vous et moi... et un ratafia!...

ROSE.

Comment! un ratafia?...

LE PATRON MARC.

Oh! divin... c’est la mère qui le fait... une recette de famille... Je n’ai jamais rien bu de pareil...

ROSE.

Tu es donc allé chez eux?

LE PATRON MARC.

Pardié! tu penses qu’en pareille occasion, il ne faut se fier à personne qu’à soi-même... (Montrant ses yeux.) Pas de renseignements qui vaillent deux bonnes lunettes de marine comme celles-là!

FRANCET MAMAÏ.

Ainsi, tu es content?...

LE PATRON MARC.

Vous pouvez vous fier à moi... le père, la mère, la fille... c’est de l’or en barre, comme leur ratafia...

FRANCET MAMAÏ, à Balthazar d’un air triomphant.

Hein?... tu vois...

LE PATRON MARC.

Maintenant, j’espère que vous allez m’expédier cela promptement...

FRÉDERI.

Je crois bien.

LE PATRON MARC.

D’abord, moi, je ne bouge pas d’ici que la noce ne soit faite. J’ai mis la Belle Arsène au radoub pour quinze jours; et pendant qu’on accordera les violons, j’irai dire deux mots aux bécassines. Pan! pan!

BALTHAZAR, d’un ton goguenard.

Tu sais, marinier, si tu as besoin de quelqu’un pour porter ta carnassière...

LE PATRON MARC.

Merci, merci, père Planète... J’ai amené mon équipage.

ROSE, effrayée.

Ton équipage!... Ah! bon Dieu!...

FRÉDERI, riant.

Oh! n’ayez pas peur, mère... il n’est pas bien nombreux l’équipage du capitaine; tenez, le voilà...