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L'Arlésienne : Pièce en trois actes et cinq tableauxChapitre 18 / 43

SCÈNE III.

ROSE, BALTHAZAR, L’INNOCENT.

BALTHAZAR, il va vers la bergerie avec l’Innocent.

Viens, Mignot. Nous allons voir s’il reste quelques olives au fond de mon sac. (S’arrêtant en voyant Rose.) Eh bien, maîtresse, l’avez-vous trouvé?

ROSE.

Non! je crois qu’il sera allé manger chez les Giraud.

BALTHAZAR.

Bien possible.

ROSE, prenant l’Innocent par la main.

Allons!... il faut rentrer.

L’INNOCENT, se serrant contre Balthazar.

Non... non... je ne veux pas.

BALTHAZAR.

Laissez-le-moi, maîtresse. Nous sommes là au bord de l’étang, avec le troupeau. Sitôt la nuit venue, le bergerot vous le ramènera.

L’INNOCENT.

Oui... oui... Balthazar.

ROSE.

Il t’aime plus que nous, cet enfant.

BALTHAZAR.

A qui la faute, maîtresse? Pour Innocent qu’il soit, il comprend bien que vous l’avez tous un peu abandonné...

ROSE.

Abandonné! Que veux-tu dire? Est-ce qu’il lui manque quelque chose? Est-ce qu’on n’a pas soin de lui?

BALTHAZAR.

C’est de la tendresse qu’il lui faudrait. Il y a droit au moins autant que l’autre. Je vous l’ai dit souvent, Rose Mamaï...

ROSE.

Trop souvent même, berger...

BALTHAZAR.

Cet enfant est le porte-bonheur de votre maison. Vous devez le chérir doublement, d’abord pour lui, et puis pour tous ceux d’ici qu’il protège.

ROSE.

C’est dommage que tu ne portes pas tonsure, tu prêcherais bien... Adieu; je rentre. (Elle fait quelques pas pour sortir, puis revient vers l’enfant, l’embrasse avec frénésie et s’en va.)

L’INNOCENT.

Comme elle m’a serré fort!

BALTHAZAR.

Pauvre petit! Ce n’est pas pour toi qu’elle t’embrasse.

L’INNOCENT.

J’ai faim, berger.

BALTHAZAR, soucieux, montrant la bergerie.

Entre là, et prends mon sac.

L’INNOCENT, qui est allé ouvrir la porte de la bergerie,
pousse un cri et revient effrayé.

Aïe!

BALTHAZAR.

Quoi donc?

L’INNOCENT.

Il est là!... Fréderi!...

BALTHAZAR.

Fréderi!