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L'Arlésienne : Pièce en trois actes et cinq tableauxChapitre 28 / 43

SCÈNE VI.

LES MÊMES, FRÉDERI.

FRÉDERI.

Tiens! tout le monde est là!... Qu’est-ce qui se passe donc? Qu’est-ce que vous avez?...

ROSE.

Et toi, malheureux enfant, qu’est-ce que tu as?... Pourquoi es-tu si pâle, si brûlant? Tenez! grand-père, regardez-le, ce n’est plus que l’ombre de lui-même...

FRANCET MAMAÏ.

C’est vrai qu’il est bien changé...

FRÉDERI, sourire pâle.

Bah! Je suis un brin malade. Mais ce n’est rien, un peu de fièvre, ça passera. (A Francet.) Vous vouliez me parler, grand-père?...

FRANCET MAMAÏ.

Oui, mon enfant, je voulais te dire... Je... tu... (Bas à Rose.) Dis-lui, toi, Rose; moi, jamais je ne pourrai.

ROSE.

Écoute, mon enfant, nous savons tous que tu as une grande peine, dont tu ne veux pas nous parler. Tu souffres, tu es malheureux... C’est cette femme, n’est-ce pas?

FRÉDERI.

Prenez garde, ma mère... On avait dit qu’on ne prononcerait jamais ce nom-là ici.

ROSE, avec explosion.

Il le faut pourtant bien puisque tu en meurs... puisque tu en veux mourir... Oh! ne mens pas... Je le sais, tu n’as trouvé que ce moyen pour arracher cette passion de ton cœur; c’est de t’en aller de ce monde avec elle... Eh bien! mon fils, ne meurs pas; comme qu’elle soit, cette Arlésienne maudite, prends-la... Nous te la donnons.

FRÉDERI.

Est-ce possible?... ma mère... mais vous n’y songez pas!... Vous savez bien ce que c’est que cette femme...

ROSE.

Puisque tu l’aimes...

FRÉDERI, très-ému.

Ainsi vraiment, ma mère, vous consentiriez?... Et vous, grand-père, qu’est-ce que vous en dites?... Vous rougissez? vous baissez la tête? Ah! le pauvre vieux, comme cela doit lui coûter... Faut-il que vous m’aimiez tous pourtant pour me faire un sacrifice pareil!... Eh bien! non, mille fois non! Je ne l’accepterai pas... Relevez la tête, mes amis, et regardez-moi sans rougir... La femme à qui je donnerai votre nom en sera digne, je vous jure...