SCÈNE II.
LES MÊMES, LE PATRON MARC
et L’ÉQUIPAGE.
Le patron Marc s’est avancé sur le balcon. Il est endimanché, gilet de soie, casquette dorée à larges galons, cravate de soie, chemise à jabot.
MARC, à Balthazar qui boit.
Hé! là-bas, père Balthazar, ménageons-nous, ça porte à la tête, cette boisson-là...
BALTHAZAR.
Voyez-vous maître Olibrius qui fait le fier là-haut, parce qu’il a une casquette neuve, qui reluit comme le bassin d’un barbier... Tu n’es donc pas à la messe, mauvais chrétien, un jour comme aujourd’hui?
MARC, descendant.
Grand merci... Il faut aller la chercher trop loin, la messe, dans ce pays de sauvages... Et je me souviens de la carriole... (Regardant autour de lui.) Oh! oh! j’espère que nous voilà pavoisés... Qu’est-ce que vous ferez donc le jour des noces, si vous en faites tant pour les accordailles?...
UN VALET.
Mais ce n’est pas seulement les accordailles aujourd’hui, c’est aussi la Saint-Éloi, la fête du labourage.
LE PATRON.
C’est donc cela qu’on entend ronfler les tambourins.
LE VALET.
Mais oui, les confrères de saint Éloi s’en vont de ferme en ferme en dansant la farandole. Nous les aurons avant ce soir à Castelet.
MARC.
Ah çà, est-ce que le jour de saint Éloi la messe serait plus longue que les autres dimanches?... Nos gens n’en finissent pas d’arriver...
LA SERVANTE.
Ils auront bien sûr fait le tour par Saint-Louis pour prendre la mère Renaud.
MARC.
Tiens, au fait... nous allons donc la voir, cette brave vieille... A propos, père Planète, est-ce que ce n’est pas une de tes anciennes?...
BALTHAZAR.
Tais-toi, marinier.
MARC, riant.
Hé! hé! il paraît que du temps du père Renaud... (Les valets rient.)
BALTHAZAR.
Tais-toi, marinier.
MARC.
Vous avez, comme on dit, glané du blé de lune ensemble.
BALTHAZAR, se levant, pâle, d’une voix terrible.
Marinier!... (Le patron recule, effrayé. — Les valets s’arrêtent de rire. — Balthazar les regarde tous un moment.) De ce vieux fou de Balthazar et de ses planètes, riez-en tant que vous voudrez... Mais cette histoire-là, c’est sacré!... Je défends qu’on y touche...
MARC.
C’est bon, c’est bon, on n’a pas voulu te fâcher, que diable!
LES VALETS.
Mais non, père Balthazar, vous savez bien... (Ils l’entourent. — Il se rassied tout tremblant.)
MARC, bas à l’équipage.
Je n’ai jamais vu une maison pareille pour prendre les histoires de femmes au sérieux. C’est comme l’autre avec son Arlésienne. Il semblait tant que c’était fini, qu’il n’y avait plus d’espoir. Et puis maintenant...
LES VALETS, courant au fond.
Les voilà! les voilà!...
BALTHAZAR, très-ému.
Oh! mon Dieu! (Il va se mettre à l’écart dans un coin.)