Je ne connais rien à votre lettre, sinon la peine qu’elle me cause. Qu’est-ce que M. de Valmont vous a donc mandé, & qu’est-ce qui a pu vous faire croire que je ne vous aimais plus? Cela serait peut-être bien heureux pour moi, car sûrement j’en serais moins tourmentée; & il est bien dur, quand je vous aime comme je fais, de voir que vous croyez toujours que j’ai tort, & qu’au lieu de me consoler, ce soit de vous que me viennent toujours les peines qui me font le plus de chagrin. Vous croyez que je vous trompe, & que je vous dis ce qui n’est pas! vous avez là une jolie idée de moi? Mais quand je serais menteuse, comme vous me le reprochez, quel intérêt y aurais-je? Assurément, si je ne vous aimais plus, je n’aurais qu’à le dire, & tout le monde m’en louerait; mais, par malheur, c’est plus fort que moi; & il faut que ce soit pour quelqu’un qui ne m’en a pas d’obligation du tout!
Qu’est-ce que j’ai donc fait pour vous tant fâcher? Je n’ai pas osé prendre une clef, parce que je craignais que maman ne s’en aperçût, & que cela ne me causât encore du chagrin, & à vous aussi à cause de moi; & puis encore, parce qu’il me semble que c’est mal fait. Mais ce n’était que M. de Valmont qui m’en avait parlé; je ne pouvais pas savoir si vous le vouliez ou non, puisque vous n’en saviez rien. A présent que je sais que vous le désirez, est-ce que je refuse de la prendre, cette clef? je la prendrai dès demain; & puis nous verrons ce que vous aurez encore à dire.
M. de Valmont a beau être votre ami; je crois que je vous aime bien autant qu’il peut vous aimer, pour le moins; & cependant c’est toujours lui qui a raison, & moi j’ai toujours tort. Je vous assure que je suis bien fâchée. Ça vous est bien égal, parce que vous savez que je m’apaise tout de suite; mais à présent que j’aurai la clef, je pourrai vous voir quand je voudrai; & je vous assure que je ne voudrai pas, quand vous agirez comme ça. J’aime encore mieux avoir du chagrin qui me vienne de moi, que s’il me venait de vous: voyez ce que vous voulez faire.
Si vous vouliez, nous nous aimerions tant! & au moins n’aurions-nous de peines que celles qu’on nous fait! Je vous assure bien que si j’étais maîtresse, vous n’auriez jamais à vous plaindre de moi; mais si vous ne me croyez pas, nous serons toujours bien malheureux, & ce ne sera pas ma faute. J’espère que bientôt nous pourrons nous voir, & qu’alors nous n’aurons plus d’occasions de nous chagriner comme à présent.
Si j’avais pu prévoir ça, j’aurais pris cette clef tout de suite; mais, en vérité, je croyais bien faire. Ne m’en voulez donc pas, je vous en prie. Ne soyez plus triste, & aimez-moi toujours autant que je vous aime: alors je serai bien contente. Adieu, mon cher ami.
Du château de… 28 septembre 17…
Lettre XCIV
Cécile Volanges au chevalier Danceny.
Je ne connais rien à votre lettre, sinon la peine qu’elle me cause. Qu’est-ce que M. de Valmont vous a donc mandé, & qu’est-ce qui a pu vous faire croire que je ne vous aimais plus? Cela serait peut-être bien heureux pour moi, car sûrement j’en serais moins tourmentée; & il est bien dur, quand je vous aime comme je fais, de voir que vous croyez toujours que j’ai tort, & qu’au lieu de me consoler, ce soit de vous que me viennent toujours les peines qui me font le plus de chagrin. Vous croyez que je vous trompe, & que je vous dis ce qui n’est pas! vous avez là une jolie idée de moi? Mais quand je serais menteuse, comme vous me le reprochez, quel intérêt y aurais-je? Assurément, si je ne vous aimais plus, je n’aurais qu’à le dire, & tout le monde m’en louerait; mais, par malheur, c’est plus fort que moi; & il faut que ce soit pour quelqu’un qui ne m’en a pas d’obligation du tout!
Qu’est-ce que j’ai donc fait pour vous tant fâcher? Je n’ai pas osé prendre une clef, parce que je craignais que maman ne s’en aperçût, & que cela ne me causât encore du chagrin, & à vous aussi à cause de moi; & puis encore, parce qu’il me semble que c’est mal fait. Mais ce n’était que M. de Valmont qui m’en avait parlé; je ne pouvais pas savoir si vous le vouliez ou non, puisque vous n’en saviez rien. A présent que je sais que vous le désirez, est-ce que je refuse de la prendre, cette clef? je la prendrai dès demain; & puis nous verrons ce que vous aurez encore à dire.
M. de Valmont a beau être votre ami; je crois que je vous aime bien autant qu’il peut vous aimer, pour le moins; & cependant c’est toujours lui qui a raison, & moi j’ai toujours tort. Je vous assure que je suis bien fâchée. Ça vous est bien égal, parce que vous savez que je m’apaise tout de suite; mais à présent que j’aurai la clef, je pourrai vous voir quand je voudrai; & je vous assure que je ne voudrai pas, quand vous agirez comme ça. J’aime encore mieux avoir du chagrin qui me vienne de moi, que s’il me venait de vous: voyez ce que vous voulez faire.
Si vous vouliez, nous nous aimerions tant! & au moins n’aurions-nous de peines que celles qu’on nous fait! Je vous assure bien que si j’étais maîtresse, vous n’auriez jamais à vous plaindre de moi; mais si vous ne me croyez pas, nous serons toujours bien malheureux, & ce ne sera pas ma faute. J’espère que bientôt nous pourrons nous voir, & qu’alors nous n’aurons plus d’occasions de nous chagriner comme à présent.
Si j’avais pu prévoir ça, j’aurais pris cette clef tout de suite; mais, en vérité, je croyais bien faire. Ne m’en voulez donc pas, je vous en prie. Ne soyez plus triste, & aimez-moi toujours autant que je vous aime: alors je serai bien contente. Adieu, mon cher ami.