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Ruy Blas : drame en cinq actes (Édition originale)SCÈNE DEUXIÈME. RUY BLAS, LA REINE.

Ruy Blas : drame en cinq actes (Édition originale)
Chapitre 31 / 34

SCÈNE DEUXIÈME.   RUY BLAS, LA REINE.

LA REINE, entrant.

Don César !

RUY BLAS, se retournant avec un mouvement d’épouvante, et fermant précipitamment la robe qui cache sa livrée.

Dieu ! c’est elle ! — Au piége horrible

Elle est prise !

Haut.

Madame !...

LA REINE.

Eh bien, quel cri d’effroi !

César....

RUY BLAS.

Qui vous a dit de venir ici ?

LA REINE.

Toi.

RUY BLAS.

Moi ? – Comment ?

LA REINE.

J’ai reçu de vous....

RUY BLAS, haletant.

Parlez donc vite !

LA REINE.

Une lettre.

RUY BLAS.

De moi ?

LA REINE.

De votre main écrite.

RUY BLAS.

Mais c’est à se brier le front contre le mur !

Mais je n’ai pas écrit, pardieu ! j’en suis bien sûr !

LA REINE, tirant de sa poitrine un billet qu’elle lui présente.

Lisez donc.

Ruy Blas prend la lettre avec emportement, sse penche vers la lampe et lit.

RUY BLAS, lisant.

« Un danger terrible est sur ma tête.

« Ma reine seule peut conjurer la tempête....

Il regarde la lettre avec stupeur, comme ne pouvant aller plus loin.

LA REINE, continuant et lui montrant du doigt la ligne qu’elle lit.

« En venant me trouver ce soit dans ma maison.

« Sinon, je suis perdu.

RUY BLAS, d’une voix éteinte.

Ho ! quelle trahison !

Ce billet !

LA REINE, continuant de lire.

« Par la porte au bas de l’avenue,

Vous entrerez la nuit sans être reconnue.

Quelqu’un de dévoué vous ouvrira. »

RUY BLAS, à part.

J’avais

Oublié ce billet.

A la reine, d’une voix terrible.

Allez-vous-en !

LA REINE.

Je vais

M’en aller, don César. O mon Dieu, que vous êtes

Méchant ! qu’ai-je donc fait ?

RUY BLAS.

O ciel ! ce que vous faites ?

Vous vous perdez !

LA REINE.

Comment ?

RUY BLAS.

Je ne puis l’expliquer.

Fuyez vite.

LA REINE.

J’ai même, et pour ne rien manquer,

Eu le soin d’envoyer ce matin un duègne....

RUY BLAS.

Dieu ! – mais à chaque instant, comme d’un cœur qui saigne,

Je sens que votre vie à flots coule et s’en va.

Partez !

LA REINE, comme frappée d’une idée subite.

Le dévoûment que mon amour rêva

M’inspire. Vous touchez à quelque instant funeste.

Vous voulez m’écarter de vos dangers ! – Je reste.

RUY BLAS.

Ah ! Voilà, par exemple, une idée ! ô mon Dieu !

Rester à pareille heure et dans un pareil lieu !

LA REINE.

La lettre est bien de vous. Ainsi...

RUY BLAS, levant les bras au ciel avec désespoir.

Bonté divine !

LA REINE.

Vous voulez m’éloigner.

RUY BLAS, lui prenant les mains.

Comprenez !

LA REINE.

Je devine.

Dans le premier moment vous m’écrivez, et puis...

RUY BLAS.

Je ne t’ai pas écrit. Je suis un démo. Fuis !

Mais c’est toi, pauvre enfant, qui te prends dans un piége !

Mais c’est vrai ! mais l’enfer de tous côtés t’assiége !

Pour te persuader je ne trouve donc rien ?

Écoute, comprends donc, je t’aime, tu sais bien.

Pour sauver ton esprit de ce qu’il imagine,

Je voudrais arracher mon cœur de ma poitrine

Oh ! je t’aime. Va-t’en !

LA REINE.

Don César...

RUY BLAS.

Oh ! va-t’en !

– Mais j’y songe, on a dû t’ouvrir ?

LA REINE.

Mais oui.

RUY BLAS.

Satan !

Qui ?

LA REINE.

Quelqu’un de masqué, caché par la muraille.

RUY BLAS.

Masqué ! Qu’a dit cet homme ? est-il de haute taille ?

Cet homme, quel est-il ? Mais parle donc ! j’attends !

un homme en noir et masqué parait à la porte

L’HOMME MASQUÉ.

C’est moi !

Il ôte son masque. C’est don Salluste. La reine et Ruy Blas le reconnaissent avec terreur.