Pourquoi nous ne publions que des œuvres du domaine public
Chaque livre publié sur Classiques en Ligne répond à une seule règle, sans exception : son auteur doit être mort depuis plus de soixante-dix ans — et, quand il s'agit d'une traduction, son traducteur aussi. C'est la définition légale du domaine public en France, et c'est la seule ligne rouge que nous ne franchissons jamais. Ce choix n'est pas qu'une contrainte juridique : c'est tout notre projet.
Le domaine public, une richesse plutôt qu'un vide juridique
On présente parfois le domaine public comme un simple entrepôt de textes trop vieux pour intéresser qui que ce soit commercialement. C'est l'inverse : il s'agit du patrimoine littéraire que des générations de lecteurs ont déjà choisi de faire vivre. Rabelais, Molière, Rousseau, Balzac, Dostoïevski en traduction, Jane Austen, Marc Aurèle — aucun de ces auteurs n'a besoin qu'on lui demande la permission pour être lu, cité, republié ou étudié. Le domaine public n'appauvrit personne : il rend simplement collectif ce qui, de toute façon, appartient déjà à l'histoire littéraire commune.
Republier ces textes gratuitement n'est donc pas un contournement du droit d'auteur — c'est son aboutissement normal, celui que la loi a prévu dès l'origine pour que les œuvres, passé un certain délai, reviennent à tous.
Une méthode transparente, du texte à la source
Concrètement, chaque livre de notre catalogue provient de fonds publics ou associatifs eux-mêmes engagés dans la conservation patrimoniale : Gallica (Bibliothèque nationale de France), Wikisource, le Projet Gutenberg. Nous vérifions systématiquement la date de mort de l'auteur et, le cas échéant, celle du traducteur, avant toute publication. Rien n'est débroché, numérisé puis jeté dans un silo fermé : le fichier numérique est l'aboutissement, pas une étape intermédiaire vers la destruction de l'original.
C'est très exactement l'inverse de la logique qu'on a vue récemment à l'œuvre chez certaines entreprises d'intelligence artificielle, qui achètent des livres, les scannent, puis détruisent l'exemplaire papier une fois son contenu absorbé par un système d'entraînement fermé — une pratique que nous décrivons plus en détail dans notre article sur l'affaire Anthropic. Le contraste nous semble utile à poser : d'un côté, un texte capturé pour un usage privé et un objet physique qui disparaît ; de l'autre, un texte déjà libre de droits, republié en clair, sans rien retirer à personne.
Ce que l'IA pourrait vraiment apporter à la conservation
Nous ne sommes pas hostiles à l'intelligence artificielle : nous en utilisons nous-mêmes pour une partie de notre travail éditorial. La question n'est pas l'outil, mais ce qu'on lui fait faire. Appliquée à un corpus déjà dans le domaine public, l'IA peut être une aide précieuse et directe à la conservation plutôt qu'une menace pour elle :
- Nettoyer d'anciennes numérisations : corriger automatiquement les erreurs de reconnaissance optique de caractères (OCR) qui défigurent encore beaucoup de scans anciens de Gallica ou d'Internet Archive, sans toucher au texte original.
- Améliorer l'accessibilité : générer des versions audio de qualité pour des lecteurs malvoyants ou empêchés de lire, à partir de textes que plus aucun ayant droit ne peut restreindre.
- Faciliter la découverte : relier entre elles des œuvres et des autrices ou auteurs proches par leur époque, leur mouvement littéraire ou leurs thèmes — une recommandation que nous proposons déjà sur chaque page auteur de ce site.
- Traduire et faire circuler : proposer, pour des œuvres du domaine public jamais traduites en français ou dans une langue régionale, des premières versions qu'un travail humain de relecture peut ensuite affiner.
Dans chacun de ces usages, l'IA travaille sur un texte déjà libre, sans se substituer à personne ni priver quiconque d'un revenu : elle prolonge un patrimoine commun au lieu de l'enclore.
Une ambition modeste, mais tenue
Nous n'avons pas la prétention de reconstruire la bibliothèque d'Alexandrie. Notre ambition est plus simple, et nous préférons la tenir plutôt que l'annoncer trop fort : rendre accessibles, gratuitement et durablement, les grandes œuvres tombées dans le domaine public, pour les lecteurs, les enseignants comme pour quiconque cherche à découvrir la littérature francophone et mondiale. Chaque époque a dû réinventer la manière de transmettre son patrimoine écrit ; nous essayons, à notre échelle, de le faire avec les outils du numérique — sans jamais devoir détruire quoi que ce soit pour y parvenir.
Retrouvez l'ensemble des œuvres et autrices ou auteurs déjà republiés dans notre catalogue complet.