CLXXII
Denise à Philippe.
Samedi, 4 février.
Philippe, mon Philippe, je ne peux plus! Je ne peux plus vous voir, vous entendre, vous coudoyer. J'ai des frissons, des flux de sang au cœur à m'en évanouir quand vous me regardez; ma chair crie vers vous, affamée de vous, folle de votre chair.
On me trouve changée; je ne change pas, je meurs d'amour... Qu'importe le monde, qu'importe la faute, qu'importe tout, je vous aime! Dussé-je en mourir, prenez-moi. Mon âme, mes pensées sont tumultueuses, je ne sais plus qui je suis ni ce que je deviens... je n'ai plus de pudeur, je ne suis plus qu'une hallucinée de tendresse.
Je vis, à côté de ma vie, une vie factice d'amour; elle me brise et m'affole. Vous êtes le rêve de mes jours et de mes nuits; ce rêve mystérieux et réel me tue. Je ne sais plus si c'est vous que j'aime ou l'idéal d'un amour que je cherche en vous.
Votre charme m'enveloppe comme un halo. Je pourrais, misérable, chanter—non, cela se pleure:—«Il y a un secret, Valérian, que je veux te dire: j'ai pour amant un ange de Dieu qui, avec une extrême jalousie veille sur mon corps[4].»
Je vis poursuivie d'imaginaires baisers, ils me crucifient... et je connais l'épouvantable misère de ceux qui aiment et doivent vivre sans amour.
Ayez pitié de ce mal! il broie ma chair et m'ensanglante le cœur.