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§ IV.—Règne végétal.

C’est dans le règne végétal que la nature a déployé aux Philippines toute sa magnificence.

Les hautes montagnes s’étendant du nord au sud dans tout l’archipel, qui, à une époque reculée, ont éprouvé de si grands bouleversements où les feux souterrains ont joué un si grand rôle, sont actuellement le plus grand, le plus puissant auxiliaire qui puisse aider cette luxuriante végétation.

Ainsi que je l’ai fait remarquer lorsque j’ai parlé du climat, ces montagnes divisent l’année en saison des pluies et en saison des sécheresses.

Leurs versants est et ouest, chacun à son tour, pendant six mois, reçoivent abondamment les eaux du ciel.

Les vallées qui se trouvent entre les montagnes, les inégalités du sol, les crevasses, les cratères éteints, sont autant de réservoirs où, pendant ces six mois, se réunissent les eaux pluviales pour s’échapper, pendant la saison des sécheresses, en sources et en ruisseaux limpides qui vont serpenter dans les plaines et y porter la fertilité et l’abondance.

Presque sans exception, toutes les montagnes sont recouvertes d’une forte couche de terre végétale, et revêtues de la plus splendide végétation qu’il y ait au monde.

Sur leurs versants se déroulent d’immenses forêts d’arbres gigantesques de diverses essences, où se mêlent des palmiers, des fougères hautes comme des arbres, des bambous, des rotins, des pandanus et des lianes de mille espèces, qui semblent avoir été créées pour former, d’un arbre à l’autre, des décors de guirlandes de verdure, de fleurs et de fruits.

La nature a pourvu à tout aux Philippines.

Ces hautes montagnes couvertes de bois précieux ont généralement un de leurs versants (celui qui se trouve le plus exposé aux pluies) garni de magnifiques et gras pâturages, où croissent diverses graminées, particulièrement le talaje, espèce de canne à sucre sauvage, le cogon, long et flexible, d’un usage précieux pour la couverture des cases indiennes.

Dans ces beaux pâturages s’engraissent, sans aucun soin, d’innombrables troupeaux de buffles, de bœufs, de chevaux et de timides cerfs, qui, la nuit, sortent en troupes des sombres forêts pour y venir prendre leur pâture.

A l’époque des sécheresses, toutes ces graminées ont atteint une hauteur de six à huit pieds.—Les Indiens prévoyants, pour renouveler l’herbe trop sèche et trop dure, y mettent le feu. D’immenses incendies se déclarent; la flamme, emportée par le vent, détruit tout sur son passage jusqu’à la lisière des bois, où elle s’arrête toujours1. Le sol, mis à nu, paraît brûlé et calciné; mais, trois jours après, la nature a déjà repris ses droits. Il ne reste plus trace de l’incendie, un tapis d’herbe tendre et verdoyante a remplacé les désastres de l’incinération, et offre aux animaux une nourriture abondante et succulente.

Les bois les plus remarquables par leur emploi dans l’industrie sont les suivants:

Le molauin ou molave, vitex (didynamie de Linné). Son bois, de la couleur du buis, est incorruptible et inattaquable par les insectes; il est employé dans toutes les constructions exposées aux intempéries, et particulièrement pour la membrure des vaisseaux.

Le banaba, mouchausia speciosa (polyadelphie de Linné). Le bois, de couleur rose, sert pour toutes espèces de construction, et il donne de belles fleurs couleur violette.

Le palomaria, calophyllum, inophyllum (polyadelphie de Linné), fournit une gomme résine employée dans la médecine indienne; son bois, léger et flexible, est d’une grande solidité, et il est employé particulièrement pour la mâture.

Le mangachapoi, mocanera (polyandrie de Linné), et le guio, de la même espèce, parviennent tous deux à une hauteur prodigieuse. Il n’est pas rare d’en trouver de 30 à 40 mètres sur un équarrissage de 70 à 90 centimètres sur toute leur longueur. Leur bois, compact, serré, et d’une grande solidité, est employé pour les grandes pièces de charpente, et notamment pour la mâture des jonques chinoises.

Le dongon, helicteres apelata (décandrie de Linné), est aussi un arbre gigantesque, dont le bois solide est propre aux constructions.

L’anobin, arctocarpus maxima (monoécie de Linné), acquiert des dimensions colossales; son bois, jaune, léger, et inaltérable dans l’eau, est employé aux constructions navales, et particulièrement pour faire des pirogues. Cet arbre est de la même famille que celui connu sous le nom d’arbre à pain: en faisant des incisions à l’écorce, il en découle une gomme dont les Indiens se servent pour prendre des oiseaux, comme avec la glu.

La narra, ou asana, pterocarpus palidus (diadelphie de Linné). Le bois est semblable à l’acajou pour la couleur. Cet arbre acquiert des dimensions énormes; un seul tronc est souvent employé à faire une embarcation qui peut charger plusieurs tonneaux; il est généralement employé à faire des meubles, et particulièrement des tables d’une seule pièce, qui peuvent contenir vingt et trente couverts.

Le calantas, cedrela odorata (pentandrie de Linné), est une espèce de cèdre dont le bois a la couleur, l’odeur et toutes les propriétés du cèdre du Liban; il est généralement employé pour les constructions navales.

Le baleté, ficus indius (monoécie de Linné), est un arbre dont le bois blanc et spongieux est peu employé; il parvient à une élévation prodigieuse, et son tronc acquiert des dimensions colossales: c’est avec son écorce que les sauvages font leurs vêtements et les cordes de leurs arcs. J’ai déjà parlé de cet arbre dans le cours de mon livre.

Dans les espèces propres à l’ébénisterie, on trouve une grande variété:

L’ébène ordinaire; puis le camagon, ou mabolo, diospyros koki (octandrie de Linné), qui donne un fruit savoureux, de la grosseur et de la couleur de la pêche, et dont le bois est veiné de noir et de blanc.

Le malatapai, diospyros pilosanthera (octandrie de Linné), donne une ébène veinée de noir et de rouge.

Le lanotan, uvaria lanotan (polyandrie de Linné), dont le bois blanc et compacte ressemble beaucoup à l’ivoire.

On trouve aussi aux Philippines des citronniers d’une dimension prodigieuse, ayant plusieurs mètres de circonférence; et enfin pour le commerce une grande variété de bois de teinture.

Il serait trop long de donner ici la nomenclature de tous les arbres qui croissent dans les forêts des Philippines. La province d’Ilocos Nord en produit à elle seule cent seize espèces différentes, toutes utiles et propres à l’industrie.

Auprès de ces arbres gigantesques et dont le bois est précieux, il s’en trouve une multitude qui fournissent aux habitants des fruits savoureux et d’excellents aliments.

Le manguier, manga mangifera india (pentandrie de Linné). Dans aucun pays du monde cet arbre, qui atteint la taille de nos plus grands chênes, ne fournit des fruits aussi savoureux et aussi variés qu’aux Philippines.

Le lanzones, ekebergia de Jus. (ennéandrie de Linné), est un arbre propre aux Philippines; il fournit un excellent fruit, qui a beaucoup de rapport avec le lechi.

Le chicos, achras sapota (hexandrie de Linné), est un arbre dont cinq ou six espèces donnent des fruits délicieux.

Le macupa, eugenia iambos (icosandrie de Linné), produit des fruits d’une belle couleur rose et très-savoureux, ayant l’odeur de la rose.

Le lumboi, calyptrantes jambolana (icosandrie de Linné), se trouve dans toutes les forêts; son fruit, de couleur violette, est rafraîchissant et d’un goût agréable.

Le santol, sandoricum ternatum (décandrie de Linné), est un grand arbre qui donne une prodigieuse abondance de fruits de la grosseur d’une pomme.

Le camias, averrhoa bilimbi (décandrie de Linné), est un arbuste qui produit un gros fruit, remarquable par sa propriété rafraîchissante.

Le tamarinier, le papayer, le goyavier, les diverses espèces d’orangers et citronniers, les pamplemousses, fournissent tous des fruits aussi savoureux que variés, ainsi que les bananiers de tant d’espèces dont j’ai déjà parlé.

Il y a aussi dans les forêts des Philippines une grande variété de palmiers, parmi lesquels on en trouve qui servent d’aliment, tel que celui qui donne le sagou; d’autres, d’où découle une liqueur douce et agréable à boire; et enfin une grande quantité de rotins, dont quelques-uns produisent un fruit agréable au goût et très-rafraîchissant.

Le rima, arctocarpus maxima (monoécie de Linné), connu vulgairement sous le nom d’arbre à pain, est aussi très-abondant aux Philippines.

Les plantes et les arbustes cultivés dans l’île de Luçon, et qui font la richesse du pays, sont:

  • Le caféier,
  • Le cacaotier,
  • L’indigo,
  • Le poivre,
  • Le tabac,
  • Le riz, de diverses espèces;
  • Le froment,
  • Le maïs;
  • Une grande variété de plantes légumineuses;
  • La canne à sucre,
  • L’abaca, espèce de bananier qui croît presque naturellement dans la province d’Albay;
  • Diverses espèces de cotonniers.

J’aurai à entretenir le lecteur de ces diverses plantes lorsque je parlerai de l’agriculture.

On cultive aussi des patates de diverses espèces.

Dans les forêts on trouve plusieurs genres de tubercules très-abondants, et excellents comme nourriture.

Parmi les palmiers de diverses espèces, on trouve celui (dont j’ai déjà parlé) qui produit le sagou, et celui dont la sève, d’une saveur agréable, donne, lorsqu’elle est réduite au feu, une espèce de sucre très-recherchée comme assaisonnement pour le riz.

Un pays aussi riche dans le règne végétal fournit également, à l’état sauvage, les plus belles, les plus brillantes fleurs que l’on puisse voir.