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Classiquesen Ligne

§ XXI.—Culture de la canne a sucre.

La culture de la canne à sucre se pratique par deux méthodes différentes: l’une pour les terres nouvellement mises en culture, et l’autre pour celles qui peuvent être travaillées à la charrue.

Première méthode:

Cette première méthode est un des plus puissants moyens pour opérer à peu de frais de grands défrichements. Elle consiste, vers le mois d’octobre, à couper tous les arbres et broussailles qui recouvrent la terre destinée à la plantation. Cette opération doit se faire avec soin, et on ne doit pas négliger, aussitôt qu’un arbre est abattu, de le dégarnir complétement de ses branches; si on attendait quelques jours, le bois se séchant rendrait cette main-d’œuvre plus difficile et plus coûteuse. Quinze jours après que tout le bois a été abattu, on choisit une belle journée, sans vent, et avec un soleil ardent, pour y mettre le feu.

Le lendemain, quand tout est brûlé, moins les arbres d’une certaine dimension, on s’occupe de suite à former un entourage pour garantir la plantation des animaux. Pour construire cet entourage, on se sert des arbres qui n’ont pas été brûlés, et qui recouvrent une partie du sol: les plus gros, qui offriraient beaucoup de difficultés pour être enlevés, restent sur le champ pour être brûlés l’année suivante.

Après que la clôture est terminée, ou pendant le temps qu’on y travaille, on met des ouvriers à préparer le sol pour recevoir le plan des cannes. Chaque ouvrier est muni d’une corde pour tracer des lignes de quatre à cinq pieds de distance les unes des autres, et sur chacune de ces lignes, à trois pieds de distance, il ouvre à la pioche une petite fosse d’un pied et demi de long sur cinq à six pouces de large et au moins six pouces de profondeur. C’est dans ces fosses que l’on place les plants. Avant de faire les trous pour recevoir les plants, il est indispensable de diviser son champ en grands carrés de quatre-vingts à cent mètres sur chaque fosse, et séparés entre eux par des allées d’au moins trois mètres.

Toutes ces opérations terminées, on prépare le plant. C’est l’extrémité des cannes que l’on récolte qui sert de plant. On coupe ces extrémités de dix à douze pouces de long, on les lie en gros paquets comme des asperges, et on les met pendant au moins trois jours à tremper dans une eau, autant que possible, non corrompue.

Après trois jours on les retire de l’eau, on défait les paquets sur les lieux de la plantation, et on les livre aux planteurs. Ceux-ci les dépouillent en partie de leurs feuilles et en placent deux dans chaque fosse, de manière que tout le plant repose parfaitement dans toute sa longueur sur la terre. Si le fond de la fosse n’est pas de niveau, on ajoute un peu de terre, pour que tout le plant porte sur la terre.

Chaque plant doit avoir son extrémité opposée à celui placé dans la même fosse; ensuite on recouvre légèrement avec un peu de terre très-divisée.

Si la plantation était faite dans un temps de grande chaleur, et que la terre fût très-sèche, il serait indispensable, avant de placer le plant dans la fosse, d’y jeter un litre et demi ou deux litres d’eau.

Lorsque la plantation est finie, l’on n’y touche plus jusqu’à ce que la mauvaise herbe commence à se montrer. Il faut alors avoir grand soin de la détruire au fur et à mesure qu’elle pousse, car sans cela elle étoufferait les jeunes cannes. Mais lorsque celles-ci se sont élevées de terre et qu’elles recouvrent tout le sol de leurs longues feuilles, il n’est plus nécessaire de faire de sarclage, ni aucun travail, jusqu’à la récolte.

C’est ordinairement dans le mois de mars, jusqu’à la fin de mai, et même au commencement de juin, que l’on fait les plantations selon la méthode que je viens de décrire.

Dix à douze mois après, la canne est bonne à récolter.

Aussitôt que l’on a coupé toutes celles qui recouvrent un des grands carrés qui forme une des divisions de la plantation, on nettoie avec grand soin toutes les allées qui l’entourent des herbes sèches et des feuilles de cannes qui s’y trouvent; et au moment de la journée où il y a le moins de vent on entoure le carré d’ouvriers avec des branches à la main, et l’on met le feu à l’amas de feuilles qui généralement recouvre le champ d’une épaisseur d’un pied et demi à deux pieds, et dans quelques minutes le feu a tout réduit en cendres.

La précaution que l’on prend de nettoyer les allées et de mettre des ouvriers avec des branches, est nécessaire pour éviter que le feu ne se communique aux autres parties du champ qui n’ont pas encore été récoltées.

Quelques jours après avoir brûlé les feuilles, on passe quelques traits de charrue près des souches, de manière à les dégarnir et rejeter la terre au milieu des rangs.

Cette première fois, le travail de la charrue offre des difficultés et doit se faire avec précaution; car une grande partie des racines des arbres qui ont été coupés pour être remplacés par la canne ne sont pas encore détruites, et le labour, par conséquent, ne se fait que très-difficilement. Si la difficulté était trop grande, il faudrait remplacer la charrue par la pioche, et dégarnir chaque pied en rejetant la terre au milieu des rangs.

Aussitôt que les premières pluies commencent, et que les mauvaises herbes poussent avec les cannes, il faut les détruire, partie avec la charrue, si c’est possible, et partie avec la pioche, si on ne peut pas se servir de la charrue. Cette opération de sarclage se fait ordinairement trois fois dans l’année; à la seconde, on bine légèrement les pieds des cannes, et à la troisième fois, on ajoute encore un peu de terre au pied. Mais cette opération de binage doit varier selon la fertilité du terrain et l’âge de la canne; plus la canne est jeune et le terrain fertile, moins il faut mettre de terre au pied. Je vais expliquer pourquoi:

La canne, à l’inverse des autres plantes, tend toujours à s’élever au-dessus de la terre; c’est-à-dire que si la première année vous l’avez plantée à six pouces au-dessous du sol, à la seconde année elle ne se trouve qu’à trois pouces, à la troisième à la superficie, et à la quatrième tout à fait au-dessus de la terre qui a servi de binage. Ainsi, plus on met de terre, et plus vite elle monte; et l’on perd alors quelques années de récolte.

Dans une terre fertile, il suffit de recouvrir légèrement le pied de la canne pour qu’elle pousse avec vigueur et produise bien; et alors on augmente le binage peu à peu, pour avoir de la même plantation le plus grand nombre de récoltes possible.

A la troisième année, généralement tous les troncs d’arbres et les racines sont détruits, et presque tout le travail peut se faire à la charrue. Seulement on se sert de la pioche pour le binage, qui alors doit être assez fort pour bien recouvrir le pied de la canne à une hauteur de dix à douze pouces.

Voilà à peu près tout ce qu’il est important d’observer pour une plantation par défrichement.

Cependant je dois ajouter une recommandation des plus importantes: c’est de ne jamais planter plus que l’on ne peut entretenir, et si l’on avait commis cette faute, abandonner plutôt une partie de la plantation pour soigner convenablement l’autre, que de mal entretenir le tout.