Aziyadé (1879), premier roman publié par Pierre Loti et largement autobiographique, raconte la liaison passionnée que noue le narrateur, jeune officier de marine britannique en poste à Constantinople, avec Aziyadé, jeune femme d'un harem turc dont il tombe éperdument amoureux malgré les risques considérables, y compris mortels selon les coutumes locales de l'époque, que cette relation transgressive fait courir aux deux amants, contraints de se retrouver clandestinement au péril de leur vie dans un Istanbul orientaliste dépeint avec une sensualité et une nostalgie mélancolique caractéristiques de toute l'œuvre à venir de Loti. Ce roman, composé de fragments de journal intime entrecoupés de lettres, invente d'emblée la manière si particulière de Loti de mêler exotisme sensuel, mélancolie amoureuse et fascination esthétique pour les civilisations orientales observées de l'intérieur, par un narrateur qui adopte lui-même les usages et jusqu'au costume local pour mieux se fondre dans cette culture qui le fascine et le dépayse profondément de sa propre identité occidentale. Le roman s'achève sur la séparation déchirante des deux amants, le narrateur devant regagner son pays natal tandis qu'Aziyadé, restée à Constantinople, meurt de chagrin peu après son départ, dénouement tragique caractéristique de la sensibilité mélancolique et pessimiste qui traverse toute l'œuvre romanesque de Pierre Loti consacrée aux amours impossibles entre cultures différentes. Par l'invention de cette esthétique orientaliste mélancolique qui fera toute la réputation de son auteur, ce premier roman autobiographique demeure fondateur pour comprendre l'ensemble de l'œuvre exotique de Pierre Loti. Loti publie le roman anonymement en 1879, ne divulguant que plus tard sa paternité, et transpose son propre séjour à Constantinople de 1876 en maquillant jusqu'à la nationalité de son escadre, transformée en flotte britannique, déguisement autobiographique qui ne résiste toutefois guère à une lecture un peu attentive du texte. Ce voile autobiographique à peine dissimulé deviendra la signature durable de toute l'œuvre romanesque ultérieure de Pierre Loti.