I.
Avec, peut-être même avant la gloire de l’acteur, la gloire de l’homme politique est à la fois la plus retentissante et la plus directe, la plus prodigieusement enivrante qui soit. Il était donc tout naturel de voir les « gens du monde » désirer d’y participer et qu’après la comédie de société nous ayons le parlementarisme de salon – ou de conférence, où des jeunes gens avides – et exempts – d’honneurs ou au moins de fonctions publiques, se donneraient la joie de voter des lois, de constituer, de renverser des cabinets, d’être enfin hommes politiques par plaisir, comme ils seront demain cochers amateurs, et de conduire chacun à son tour dans la voie de son rêve, le mail de l’État. Ils connaîtront les joies de l’homme politique, celles de l’acteur aussi qui, bourgeois paisible ce matin, sera, ce soir, au Châtelet, général en chef, mais sans armée, éloquent et inobéi, qui piquera fièrement les flancs d’un cheval de cirque avec des éperons en papier d’argent. Mais dans une assemblée parlementaire fictive, la part d’illusion qui entre forcément dans ce pouvoir de chacun et dans la joie de tous, se tourne aisément en symbole, et le spectateur impartial qui entend proposer par un gouvernement sans réalité, voit voter par une Chambre chimérique des lois que personne ne songe à exécuter, se demande s’il ne s’est pas trompé de porte et s’il n’est pas en face du vrai Parlement. Et de l’excès du rêve, du débordement de l’impossible, naît une très suffisante réalité.