Constantinople (1853) est le récit de voyage que Théophile Gautier tire de son séjour de deux mois dans la capitale ottomane à l'automne 1852, entrepris comme correspondant du journal La Presse dirigé par Émile de Girardin, qui finance l'expédition de l'écrivain et de sa compagne, la cantatrice Ernesta Grisi. À travers trente chapitres, Gautier explore les mosquées, les bazars, les derviches tourneurs, les bains turcs et les palais qui bordent le Bosphore, restituant avec une vivacité picturale caractéristique les images, les sons et les rythmes de la vie ottomane, des nuits du Ramadan aux processions officielles du sultan, dans une prose attentive à l'impression sensorielle immédiate plutôt qu'à l'érudition archéologique savante. Les impressions de voyage paraissent d'abord en feuilleton dans La Presse à partir du 15 avril 1853, avant leur réunion en volume chez Michel Lévy le 31 décembre de la même année ; une excursion complémentaire en Grèce, également prévue, ne verra finalement jamais le jour sous forme de récit de voyage abouti, seuls trois feuilletons isolés en ayant été publiés dans Le Moniteur universel. Cette contrainte de l'écriture au fil des livraisons hebdomadaires du feuilleton, qui impose à Gautier un rythme et une économie narrative proches par certains aspects du genre du guide de voyage, n'empêche pas le texte de rester l'un des témoignages les plus vivants et les plus sensuellement évocateurs de la fascination orientaliste française pour Constantinople au milieu du XIXe siècle. Ce texte reste aujourd'hui l'un des témoignages les plus vivants de l'orientalisme littéraire français du XIXe siècle, complétant utilement les récits de voyage comparables de Nerval ou de Loti sur le même espace ottoman, chacun apportant sa sensibilité propre à cette fascination collective de l'époque pour l'Orient méditerranéen. La disparition du projet de récit grec, réduit à quelques feuilletons épars publiés séparément, illustre les aléas concrets de l'écriture journalistique à la commande, dépendante des contraintes éditoriales et financières bien plus prosaïques que la seule inspiration littéraire.