Contes du lundi (1873), recueil de nouvelles qu'Alphonse Daudet publie initialement dans la presse parisienne chaque lundi d'où le titre du recueil, rassemble des textes majoritairement inspirés par le traumatisme collectif encore récent de la défaite française de 1870 face à la Prusse et de la perte douloureuse de l'Alsace-Lorraine, dont le plus célèbre, La Dernière Classe, raconte avec une émotion patriotique poignante la dernière leçon de français dispensée par un instituteur alsacien la veille de l'annexion allemande de la région, texte devenu un classique scolaire incontournable sur l'attachement à la langue française comme ciment de l'identité nationale menacée. Daudet y mêle, aux côtés de ces textes patriotiques directement liés au traumatisme de la défaite de 1870, d'autres nouvelles de tonalités diverses, satiriques, pittoresques ou sentimentales, qui témoignent de la virtuosité de l'auteur dans le genre bref de la nouvelle, capable de restituer en quelques pages seulement une émotion ou une situation sociale avec une efficacité narrative remarquable et un sens aigu du détail signifiant qui fait mouche instantanément chez le lecteur. Ce recueil, qui installe durablement, à travers La Dernière Classe notamment, une mémoire collective et scolaire de la défaite de 1870 et de la perte de l'Alsace-Lorraine dans l'imaginaire national français jusqu'à la Première Guerre mondiale et la récupération de ces territoires, illustre l'engagement patriotique sincère de Daudet consécutif à cette défaite nationale vécue comme un traumatisme profond par toute sa génération. Par la postérité scolaire considérable de plusieurs de ses textes patriotiques, ce recueil demeure une référence incontournable sur la mémoire de la défaite de 1870 dans la littérature française. Daudet publie ce recueil la même année que celle où il achève également Fromont jeune et Risler aîné, témoignant de l'intense activité littéraire qui suit sa consécration comme l'un des grands prosateurs de la Troisième République naissante.