Scène première
Fruits en nougat !
Flan !
Paon !
Roinsoles !
Bœuf en daube !
Sur les cuivres, déjà, glisse l’argent de l’aube !
Étouffe en toi le dieu qui chante, Ragueneau !
L’heure du luth viendra, — c’est l’heure du fourneau !
Vous, veuillez m’allonger cette sauce, elle est courte !
De combien ?
De trois pieds.
Hein !
La tarte !
La tourte !
Ma Muse, éloigne-toi, pour que tes yeux charmants
N’aillent pas se rougir au feu de ces sarments !
Vous avez mal placé la fente de ces miches :
Au milieu la césure, — entre les hémistiches !
À ce palais de croûte, il faut, vous, mettre un toit…
Et toi, sur cette broche interminable, toi,
Le modeste poulet et la dinde superbe,
Alterne-les, mon fils, comme le vieux Malherbe
Alternait les grands vers avec les plus petits,
Et fais tourner au feu des strophes de rôtis !
Maître, en pensant à vous, dans le four, j’ai fait cuire
Ceci, qui vous plaira, je l’espère.
Une lyre !
En pâte de brioche.
Avec des fruits confits !
Et les cordes, voyez, en sucre je les fis.
Va boire à ma santé !
(Apercevant Lise qui entre.)
Chut ! ma femme ! Circule,
Et cache cet argent !
(À Lise, lui montrant la lyre d’un air gêné.)
C’est beau ?
C’est ridicule !
Des sacs ?… Bon. Merci.
Ciel ! Mes livres vénérés !
Les vers de mes amis ! déchirés ! démembrés !
Pour en faire des sacs à mettre des croquantes…
Ah ! vous renouvelez Orphée et les bacchantes !
Et n’ai-je pas le droit d’utiliser vraiment
Ce que laissent ici, pour unique paiement,
Vos méchants écriveurs de lignes inégales !
Fourmi !… n’insulte pas ces divines cigales !
Avant de fréquenter ces gens-là, mon ami,
Vous ne m’appeliez pas bacchante, — ni fourmi !
Avec des vers, faire cela !
Pas autre chose.
Que faites-vous, alors, madame, avec la prose ?