Scène XI
C’est ici, — je m’obstine —
Magdeleine Robin !
Vous aviez dit : Ro-lin.
Non : Bin. B, i, n, bin !
Qu’est-ce ?
Une lettre.
Hein ?
Oh ! il ne peut s’agir que d’une sainte chose !
C’est un digne seigneur qui…
C’est De Guiche !
Il ose ?…
Oh ! mais il ne va pas m’importuner toujours !
Je t’aime, et si…
« Mademoiselle, les tambours
Battent ; mon régiment boucle sa soubreveste ;
Il part ; moi, l’on me croit déjà parti : je reste.
Je vous désobéis. Je suis dans ce couvent.
Je vais venir, et vous le mande auparavant
Par un religieux simple comme une chèvre
Qui ne peut rien comprendre à ceci. Votre lèvre
M’a trop souri tantôt : j’ai voulu la revoir.
L’audacieux déjà pardonné, je l’espère,
Qui signe votre très… et cætera…»
(Au capucin.)
Mon père,
Voici ce que me dit cette lettre. Écoutez.
« Mademoiselle,
Il faut souscrire aux volontés
Du cardinal, si dur que cela vous puisse être.
C’est la raison pourquoi j’ai fait choix, pour remettre
Ces lignes en vos mains charmantes, d’un très saint,
D’un très intelligent et discret capucin ;
Nous voulons qu’il vous donne, et dans votre demeure,
La bénédiction
nuptiale sur l’heure.
Christian doit en secret devenir votre époux ;
Je vous l’envoie. Il vous déplaît. Résignez-vous.
Songez bien que le ciel bénira votre zèle,
Et tenez pour tout assuré, Mademoiselle,
Le respect de celui qui fut et qui sera
Toujours votre très humble et très… et cætera. »
Digne seigneur !… Je l’avais dit. J’étais sans crainte !
Il ne pouvait s’agir que d’une chose sainte !
N’est-ce pas que je lis très bien les lettres ?
Hum !
Ah !… c’est affreux !
C’est vous ?
C’est moi !
Mais…
Post-scriptum
« Donnez pour le couvent cent vingt pistoles. »
Digne,
Digne seigneur !
Résignez-vous !
Je me résigne !
Vous retenez ici De Guiche ! Il va venir !
Qu’il n’entre pas tant que…
Compris !
(Au capucin.)
Pour les bénir
Il vous faut ?…
Un quart d’heure.
Allez ! moi, je demeure !
Viens !…
(Ils entrent.)