Scène première
Les Cadets, puis CYRANO.
C’est affreux !
Oui, plus rien.
Mordious !
Jure en sourdine !
Tu vas les réveiller.
(Aux cadets.)
Chut ! Dormez !
(À le Bret.)
Qui dort dîne !
Quand on a l’insomnie on trouve que c’est peu !
Quelle famine !
Ah ! maugrébis des coups de feu !…
Ils vont me réveiller mes enfants !
Dormez !
Diantre !
Encore ?
Ce n’est rien ! C’est Cyrano qui rentre !
Ventrebieu ! qui va là ?
Bergerac !
Ventrebieu !
Qui va là ?
Bergerac, imbécile !
Ah ! grand Dieu !
Chut !
Blessé ?
Tu sais bien qu’ils ont pris l’habitude
De me manquer tous les matins !
C’est un peu rude,
Pour porter une lettre, à chaque jour levant,
De risquer !
J’ai promis qu’il écrirait souvent !
Il dort. Il est pâli. Si la pauvre petite
Savait qu’il meurt de faim… Mais toujours beau !
Va vite
Dormir !
Ne grogne pas, Le Bret !… Sache ceci :
Pour traverser les rangs espagnols, j’ai choisi
Un endroit où je sais, chaque nuit, qu’ils sont ivres.
Tu devrais bien un jour nous rapporter des vivres.
Il faut être léger pour passer ! — Mais je sais
Qu’il y aura ce soir du nouveau. Les Français
Mangeront ou mourront, — si j’ai bien vu…
Raconte !
Non. Je ne suis pas sûr… vous verrez !…
Quelle honte,
Lorsqu’on est assiégeant, d’être affamé !
Hélas !
Rien de plus compliqué que ce siège d’Arras :
Nous assiégeons Arras, — nous-mêmes, pris au piège,
Le cardinal infant d’Espagne nous assiège…
Quelqu’un devrait venir l’assiéger à son tour.
Je ne ris pas.
Oh ! oh !
Penser que chaque jour
Vous risquez une vie, ingrat, comme la vôtre,
Pour porter…
(Le voyant qui se dirige vers une tente.)
Où vas-tu ?
J’en vais écrire une autre.