Scène V
Service du Roi ! Vous ?
Mais du seul roi, l’Amour !
Ah ! grand Dieu !
Vous ! Pourquoi ?
C’était trop long, ce siège !
Pourquoi ?…
Je te dirai !
Dieu ! La regarderai-je ?
Vous ne pouvez rester ici !
Mais si ! mais si !
Voulez-vous m’avancer un tambour ?…
Là, merci !
On a tiré sur mon carrosse !
Une patrouille !
— Il a l’air d’être fait avec une citrouille,
N’est-ce pas ? comme dans le conte, et les laquais
Avec des rats.
Bonjour !
(Les regardant tous.)
Vous n’avez pas l’air gais !
— Savez-vous que c’est loin, Arras ?
Cousin, charmée !
Ah çà ! comment ?…
Comment j’ai retrouvé l’armée ?
Oh ! mon Dieu, mon ami, mais c’est tout simple : j’ai
Marché tant que j’ai vu le pays ravagé.
Ah ! ces horreurs, il a fallu que je les visse
Pour y croire ! Messieurs, si c’est là le service
De votre Roi, le mien vaut mieux !
Voyons, c’est fou !
Par où diable avez-vous bien pu passer ?
Par où ?
Par chez les Espagnols.
Ah ! Qu’elles sont malignes !
Comment avez-vous fait pour traverser leurs lignes ?
Cela dut être très difficile !…
Pas trop.
J’ai simplement passé dans mon carrosse, au trot.
Si quelque hidalgo montrait sa mine altière,
Je mettais mon plus beau sourire à la portière,
Et ces messieurs étant, n’en déplaise aux Français,
Les plus galantes gens du monde, — je passais !
Oui, c’est un passeport, certes que ce sourire !
Mais on a fréquemment dû vous sommer de dire
Où vous alliez ainsi, madame ?
Fréquemment.
Alors je répondais : « Je vais voir mon amant. »
— Aussitôt l’Espagnol à l’air le plus féroce
Refermait gravement la porte du carrosse,
D’un geste de la main à faire envie au Roi
Relevait les mousquets déjà pointés sur moi,
Et superbe de grâce, à la fois, et de morgue,
L’ergot tendu sous la dentelle en tuyau d’orgue,
Le feutre au vent pour que la plume palpitât,
S’inclinait en disant : « Passez, señorita ! »
Mais, Roxane…
J’ai dit : mon amant, oui… pardonne !
Tu comprends, si j’avais dit : mon mari, personne
Ne m’eût laissé passer !
Mais…
Qu’avez-vous ?
Il faut
Vous en aller d’ici !
Moi ?
Bien vite !
Au plus tôt !
Oui !
Mais comment ?
C’est que…
Dans trois quarts d’heure…
… ou quatre…
Il vaut mieux…
Vous pourriez…
Je reste. On va se battre.
Oh ! non !
C’est mon mari !
Qu’on me tue avec toi !
Mais quels yeux vous avez !
Je te dirai pourquoi !
C’est un poste terrible !
Hein ! terrible ?
Et la preuve
C’est qu’il nous l’a donné !
Ah ! vous me vouliez veuve ?
Oh ! je vous jure !…
Non ! Je suis folle à présent !
Et je ne m’en vais plus ! D’ailleurs, c’est amusant.
Eh quoi ! la précieuse était une héroïne ?
Monsieur de Bergerac, je suis votre cousine.
Nous vous défendrons bien !
Je le crois, mes amis !
Tout le camp sent l’iris !
Et j’ai justement mis
Un chapeau qui fera très bien dans la bataille !…
Mais peut-être est-il temps que le comte s’en aille :
On pourrait commencer.
Ah ! c’en est trop ! Je vais
Inspecter mes canons, et reviens… Vous avez
Le temps encor : changez d’avis !
Jamais !