Scène IX
avec CARBON et quelques cadets.
Cyrano ?
Qu’est-ce ? Te voilà blême !
Elle ne m’aime plus !
Comment ?
C’est toi qu’elle aime !
Non !
Elle n’aime plus que mon âme !
Non !
Si !
C’est donc bien toi qu’elle aime, — et tu l’aimes aussi !
Moi ?
Je le sais.
C’est vrai.
Comme un fou.
Davantage.
Dis-le-lui !
Non !
Pourquoi ?
Regarde mon visage !
Elle m’aimerait laid !
Elle te l’a dit !
Là !
Ah ! je suis bien content qu’elle t’ait dit cela !
Mais va, va, ne crois pas cette chose insensée !
— Mon Dieu, je suis content qu’elle ait eu la pensée
De la dire, — mais va, ne la prends pas au mot,
Va, ne deviens pas laid : elle m’en voudrait trop !
C’est ce que je veux voir !
Non, non !
Qu’elle choisisse !
Tu vas lui dire tout !
Non, non ! Pas ce supplice.
Je tuerais ton bonheur parce que je suis beau ?
C’est trop injuste !
Et moi, je mettrais au tombeau
Le tien parce que, grâce au hasard qui fait naître,
J’ai le don d’exprimer… ce que tu sens peut-être ?
Dis-lui tout !
Il s’obstine à me tenter, c’est mal !
Je suis las de porter en moi-même un rival !
Christian !
Notre union — sans témoins — clandestine,
— Peut se rompre, — si nous survivons !
Il s’obstine !…
Oui, je veux être aimé moi-même, ou pas du tout !
— Je vais voir ce qu’on fait, tiens ! Je vais jusqu’au bout
Du poste ; je reviens : parle, et qu’elle préfère
L’un de nous deux !
Ce sera toi !
Mais… je l’espère !
Roxane !
Non ! Non !
Quoi ?
Cyrano vous dira
Une chose importante…