De l'Amour (1822) est l'essai dans lequel Stendhal entreprend d'analyser avec une méthode quasi scientifique, empruntée en partie au vocabulaire de la minéralogie, les mécanismes psychologiques de la passion amoureuse, développant notamment sa théorie restée célèbre de la « cristallisation », processus par lequel l'esprit amoureux pare l'être aimé de perfections imaginaires qu'il ne possède pas nécessairement, à l'image d'un rameau dépouillé plongé dans les mines de sel de Salzbourg qui se couvre en quelques mois de cristaux étincelants qui le transfigurent entièrement. Rédigé dans la foulée d'une passion malheureuse et non partagée que Stendhal éprouve lui-même pour une femme milanaise, Métilde Dembowski, cet essai mêle observation autobiographique à peine déguisée, anecdotes empruntées à ses voyages en Italie et théorisation systématique des différents types d'amour, de l'amour-passion le plus absolu à l'amour-goût plus superficiel et mondain, en passant par l'amour physique et l'amour-vanité purement social. L'ouvrage, publié initialement dans une indifférence quasi totale du public et de la critique, ce qui affecta profondément Stendhal qui espérait pourtant beaucoup de ce texte auquel il tenait particulièrement, ne sera véritablement reconnu et apprécié que bien après la mort de l'auteur, notamment par les psychologues et écrivains ultérieurs qui saluent sa finesse d'analyse précurseur de la psychologie moderne des sentiments. Ce texte reste aujourd'hui l'une des analyses les plus originales et les plus durablement influentes jamais consacrées aux mécanismes psychologiques du sentiment amoureux dans la littérature française.