Facino Cane (1836) est une courte nouvelle dans laquelle le narrateur, jeune homme doué d'une curiosité insatiable pour observer et deviner la vie des inconnus croisés dans Paris, fait la rencontre d'un vieux mendiant aveugle nommé Facino Cane, joueur de clarinette dans les noces populaires, qui se révèle être en réalité un ancien noble vénitien déchu, le prince Facino Cane, condamné jadis au bagne après une tentative d'évasion rocambolesque à travers les prisons de Venise. Le vieillard raconte au narrateur, fasciné, comment il a découvert par hasard, lors de son évasion à travers les souterrains de la ville, un fabuleux trésor caché appartenant à l'ancienne République de Venise, trésor qu'il n'a jamais pu récupérer et dont le souvenir obsédant continue de le hanter jusque dans sa misère et sa cécité présentes. Facino Cane supplie littéralement le jeune narrateur de l'accompagner à Venise pour retrouver ce trésor avant sa mort, mais le récit s'achève sans que l'on sache si cette quête impossible aura jamais lieu, laissant planer un doute permanent sur la part de vérité et de fabulation dans le récit du vieil homme. Cette nouvelle brève mais fascinante illustre parfaitement le goût de Balzac pour les destins extraordinaires cachés sous les apparences les plus misérables, et pour le pouvoir de l'observation et de l'imagination comme clés d'accès à des vies entières dissimulées derrière un visage anonyme croisé dans la rue. Publiée d'abord dans la Chronique de Paris le 17 mars 1836, la nouvelle change plusieurs fois de classification au sein de La Comédie humaine, d'abord rangée parmi les Études philosophiques en 1837, brièvement rebaptisée Le Père Canet en 1843, avant de trouver sa place définitive dans les Scènes de la vie parisienne à partir de 1844. Cette instabilité éditoriale, fréquente dans La Comédie humaine, illustre le travail constant de reclassement auquel Balzac soumettait ses propres textes au fil des rééditions successives.